Football argentin : passion et démesure

Nicolas Deltort (ActuFoot06, N°200 SPÉCIAL ARGENTINE – 31 mars 2006 & magazine StadionWelt, Allemagne – septembre 2006)
Dossier 10 pages (StadionWelt)
Dossier 10 pages, StadionWelt – photos N. Deltort

Il est bien connu qu’en Amérique du sud le football est une religion et il est souvent difficile de contrôler le fanatisme des supporters. L’Argentine est le parfait théâtre d’un folklore, où tous les acteurs ont leur nom de scène, et qui fait battre le cœur de tout un peuple. Son addiction pour son sport favori n’a pas fléchie malgré la récente crise de 2001 qui a fait du pays le plus riche du continent, un nouveau pensionnaire du Tiers-monde. Les stades ne désemplissent pas et les supporters y offrent un spectacle unique au monde. Voici le portrait d’un championnat haut en couleur, où la violence est malheureusement parfois présente. Un cocktail explosif !

Le football gaucho pourrait simplement se résumer ainsi : il est l’image de deux courants footballistiques qui divisent la nation depuis près de 20 ans et dont les pères spirituels se nomment Menotti et Bilardo. Menotistas ou Bilardistas ? En d’autres termes : adeptes du beau jeu ou de l’anti-football où seule la victoire est belle ? Quelles que soient les époques, le football argentin a été un mix de ces deux expressions de jeu reflétant les origines du peuple argentin : la technique et le football spectacle sont typiquement sud-américains, le jeu dur et la malice puisent certainement leurs sources dans l’origine italienne de beaucoup de ses citoyens.

Comme dans beaucoup de pays, le football a été amené ici grâce aux membres d’équipages de bateaux anglais, ceci au milieu du 19e siècle. Le premier match entre  » casquette blanches  » et  » casquettes colorées  » eu lieu en 1867.

Des Clubs mythiques

Le premier club ayant vu le jour fut Gimnasia La Plata en 1887, et c’est aussi la plus vielle institution sportive d’Amérique du Sud. Ce club, où joua le jeune Delio Onnis avant son arrivée en France, ne compte pourtant aucun titre à son actif. Il a encore une fois termina deuxième du dernier championnat et il fait figure de « Poulidor » face aux institutions majeures du Fútbol de Primera. Il est commun de parler des Cinq Grands du championnat. Boca et River sont les plus prestigieux de part leurs succès et leur popularité à travers le pays. River se considère El Más Grande (1) du fait qu’il soit le club argentin ayant gagné le plus de championnats (32 au total, NDLR). La rivalité fratricide entre les deux clubs porteños est d’autant plus grande qu’elle est souvent présentée comme opposant deux classes sociales distinctes. Elle tient en halène tout le pays durant les 365 jours de l’année dont le point d’orgue est le Superclásico, match durant lequel l’ambiance est supposée être la meilleure au monde. Independiente, Racing et San Lorenzo sont aussi considérés comme des Grands de part la présence de leurs nombreux supporters à travers tout le pays. À Avellaneda, quartier de Buenos Aires, la rivalité est tout aussi énorme entre Les Diablos Rojos d’Independiente et le Racing Club. Outre la promiscuité de ces deux clubs – les stades n’étant séparés que d’une 50aine de mètres, leurs origines pourraient expliquer cette « guerre de cent ans ». Independiente décida des couleurs de son maillot suite à la tournée du club anglais de Nottingham Forrest en Argentine, tandis que le Racing trouva son nom après qu’un de ses fondateurs ait lu le journal français  » L’Auto  » (celui-ci mentionnait une victoire du Racing Club de France en couverture). Les deux d’Avellaneda présentent une tradition d’équipes jouant bien au football et une histoire riche en titres. Aujourd’hui, le Racing est toujours surnommé L’Acadèmia, grâce à la qualité des équipes qu’il a sorties dans les années 1940. Mais le véritable apôtre du beau jeu en Argentine est bel et bien Independiente. Même si le Racing peut se targuer d’être le premier club argentin devenu champion du monde en 1968, la tradition de Buen juego (2) permit à Independiente de rester longtemps le « Roi des Coupes » et d’acquérir son autre surnom : « L’Orgueil national ». Le Real Madrid, Milan et plus récemment Boca, ont cependant dépassé les Diables au nombre de trophées internationaux remportés. Le dernier des Grands est San Lorenzo, surnommé Le Corbeau en référence aux couleurs vestimentaires de son fondateur, El Padre San Lorenzo. Le club accumula les titres, notamment grâce à une fameuse équipe, El Ciclón, mais, désormais, les azulgrana ne dévastent plus grand chose sur leur passage et leurs résultats ne sont pas à la hauteur de l’histoire du club.

Si l’on ne supporte pas un de ces Grands, il y a de forte chance que le supporter s’attache à son équipe locale, évoluant dans son barrio. Buenos Aires a ainsi vu naître beaucoup d’autres équipes de quartier comme Lanús, Banfield, Quilmes, Arsenal de Sarandí, Argentinos Juniors ou encore Vélez Sársfield. Deux de ces clubs ont un profil particulièrement intéressant. Argentinos Juniors a en effet des allures d’AJ Auxerre car le club est considéré comme la véritable école du football gaucho. El Bicho (surnom de l’AAAJ) a ainsi sorti les Maradona, Redondo, Riquelme, Sorín et Cambiasso. Quant à Vélez, l’ancien club de Omar Da Fonseca, ce club est souvent mentionné comme le sixième Grand du pays. Son énorme succès sous l’ère Carlos Bianchi y a grandement contribué dans les années 1990. En effet, celles-ci virent le club tout gagner sur le plan national et international. Mais Vélez gardera toujours sont statu de club de barrio, car il ne compte que peu de supporters en dehors du quartier de Vélez Sársfield (nom de l’homme de loi qui mit en place le code civil argentin).

Hors de la capitale, les clubs les plus importants se trouvent dans les grandes villes de La Plata, Rosario, Santa Fé et Córdoba. Ces villes, très fútboléra, sont le théâtre d’une rivalité d’autant plus épicée que la suprématie ne s’y joue souvent qu’entre deux équipes, contrairement à Buenos Aires et ses vingt clubs (dont dix en 1ère division). Lors du dernier tournoi Apertura de 2004, les habitants de la Plata ne dormaient plus. L’excitation d’un possible premier titre pour les fans de Gimnasia était à son paroxysme, de même que la peur chez les fans d’Estudiantes, malades du succès de leur ennemi juré. Gimnasia a finalement perdu le titre face à Boca. Tous les Pincharattas, supporters d’Estudiantes, sortirent alors dans la rue pour célébrer comme un jour de victoire historique !

Histoires de Paternité

Les défaites des uns peuvent donc être source de malin plaisir chez les autres, car il existe aussi une histoire de Parternidad (paternité), très importante entre les divers clubs. Les médias ne manquent pas de faire le décompte des victoires et défaites entre clubs, et ils génèrent ainsi une hiérarchie Père/Fils entre les diverses équipes. Boca, qui dans son histoire a plus souvent gagné que perdu contre River, peut ainsi se venter d’être le Papa des Millonarios. Ce décompte présente surtout une grande importance chez les supporters, qui ont ainsi l’occasion (ou pas) de toiser leurs adversaires. Et notamment à l’approche de Noël quand un championnat gagné devient « le cadeau de Papa (Noël) » ironiquement dédié en chanson à tous les Fils du championnat. A ce petit jeu là, San Lorenzo, qui est le Grand à n’avoir jamais gagné la Copa Libertadores (4), peut tout de même se venter d’être le seul club à détenir la Paternité sur Boca. Le clásico San Lorenzo-Boca conserve ainsi toute sa saveur et il fait figure de match de l’année pour les fans du Corbeau, même quand les deux équipes ne luttent pas pour l’obtention du titre.

Un système de championnats favorisant les Grands

Le football argentin sacre deux champions chaque année depuis 1990 et ceci à la fin de matchs allers (Tournoi d’Ouverture, aout à décembre) et retours (Tournoi de Clôture, février à juin). Cette particularité vient du désir de la Fédération argentine de football de donner aux gros clubs davantage de chances d’obtenir un sacre pouvant génèrer des gains non négligeables. Afin d’avoir un championnat en bonne santé, il est nécessaire de s’assurer de celle des Grands… L’AFA est même allé encore plus loin en instaurant un système de descente en 2e division assurant aux ténors du championnat d’être à l’abri du Descenso (5) sauf catastrophes répétées sur plusieurs tournois. En effet, seulement trois équipes sont reléguées chaque année et selon un calcul de la moyenne de points engrangés par chaque club durant une période de trois ans. Ainsi, si il est possible qu’un Grand ait une  » année sans « , il est fort peu probable que cela se reproduise deux ou trois années de suite. Cette mesure fut prise après que le Racing ait été relégué en 1983. Une véritable catastrophe sportive et économique pour le club et le championnat lui-même qui ne pouvait plus jouir, ni des grand derbies impliquant le Racing, ni des affluences assurées par ces clásicos rapportant de juteux droits TV et ventes accrues de journaux et tout ce qui a attrait au marketing.

Stades et supporters

Quand on pense au football argentin, les noms de stades mythiques viennent à l’esprit : la Bombonera et le Monumental (surnoms mieux connus que l’appellation officielle des stades de Boca et River). Si le Cilendro de Racing a des allures de petit Maracana, le plus bel écrin  est certainement celui de Vélez. Sa réputation de bastion imprenable acquise dans les années 1920 lui valut l’appellation El Fortín (Le Bunker). Les supporters des différent clubs ont aussi leur sobriquets : ceux de Boca sont  » Les Bouseux « , à cause de l’odeur nauséabonde du port de La Boca qui inonde tout le quartier.  » Les Poules Mouillées  » est celui des fans de River. Ceux-ci paient ainsi le prix de la période de leur histoire durant laquelle leur équipe ne cessait de perdre contre Boca par manque de courage lors de parties très engagées. Il y a par ailleurs des appellations spécifiques pour chaque groupe majeur de fans formant la hinchada des équipes, ceux qui mettent le feu à la Populaire ; et dont certains sont les parfois violents barras bravas. A Boca, c’est La 12, ou le 12e homme, River a ses Saoulards des Gradins, Gimnasia sa 22, San Lorenzo sa Gloriosa, Rosario Central ses Guerreros et Racing sa Guardia Imperial pour ne nommer qu’eux. Chaque barra brava a son leader et compte 200 à 300 membres pour les grands clubs. Il est de notoriété publique que les dirigeants payent ces groupes de supporters pour venir mettre l’ambiance. Si tel n’était pas le cas les barras les menaceraient, ainsi que leur famille… A chaque match, ils peuvent recevoir jusqu’à 15000 pesos (3000 euros, NDLR) qu’ils se répartissent entre eux en plus des tickets gratuits qu’ils revendent au marché noir dans la rue. Un vrai business.

Carnaval toda la vida

Un jour de match, le gros de la foule arrive bien 2h avant le coup d’envoi afin de trouver une place décente. Quant aux tambours de la barra, ils ne raisonnent sous la tribune que peu avant la rencontre, et les « durs » ne font leur entrée (très remarquée) que juste avant le coup d’envoi ou même après. Tel un escadron entrant au rythme des grosses caisses, drapeaux et parapluies à bout de bras, donnant ainsi l’impression d’assister à un bataillon allant au champ de guerre. Ce spectacle donne la chair de poule ! A l’entrée des joueurs, le spectacle est grandiose. C’est le rite des papelitos, féerie de petits papiers lancés dans le ciel agrémentée de bombes agricoles, et de fumigènes servant de cotillons alors que la barra met la musique. Une fois en place au milieu de la tribune, sagement abandonnée par le reste de la foule, la barra enclenche sa magie de chants incessants. Plus ingénieux et plus beaux les uns que les autres. Les mélodies sont souvent tirées d’anciennes marches politiques ou de chansons à succès. Chacune peut durer de dix à vingt minutes, et à ce jeu là, les meilleurs du pays sont certainement les hinchas de Boca et du Racing. Ils n’arrêtent pas une seconde même si leur équipe perd ! C’est une question de fierté et de standing à confirmer chaque dimanche. Les joueurs eux-mêmes ne s’y trompent pas. Ariel Ortega qui a joué dans beaucoup de championnats européens affirme que  » ce spectacle est unique au monde « . D’autres joueurs ont même voulu expérimenter la ferveur de la Popular (6). Cavenaghi, ex-idole de River, profita en 2004 de la trêve du championnat russe où il évolue, pour venir voir jouer son ex club depuis les gradins. Son entrée, sur les épaules du leader de la barra, fit la une de tous les journaux argentins. Maradona lui même se mêla à La 12, fanatique qu’il est du Boca Juniors. Gaston Sessa, actuel gardien de Vélez et fan de Gimnasia, ne manque pas de venir voir le derby contre Estudiantes derrière les cages, même si son club Vélozo joue le lendemain ! Les parents n’hésitent pas à amener leurs enfants, à porter leur bébé sur les épaules, peu importe le risque que cela encours. Peu surprenant alors que les supporters, interrogés sur les raisons de leur appartenance à un club, répondent :  » C’est de naissance «  ou  » C’est héréditaire «  ! Certains fans qui n’ont pas les moyens de se payer une place ou un déplacement, préfèrent se priver de manger pour aller à la cancha (7). L’an dernier, un hincha de Gimnasia a même couru pendant 8h jusqu’au stade Monumental afin de ne pas manquer un match important de son équipe face à River !

Durant la rencontre, le spectacle s’en retrouve ainsi souvent meilleur dans les tribunes que sur le terrain. Avec les chaleurs d’été, les pompiers n’hésitent pas à arroser abondamment les spectateurs au moyen de grosses lances à eaux avant et même pendant le match. Et le plaisir se prolonge souvent après le coup de sifflet final. En effet, les supporters visiteurs devant être évacués avant les locaux, les premiers prennent un malin plaisir à rester jusqu’à 20 ou 30 min après le coup de sifflet final pour chanter et chambrer les second à coup de  » Venez nous chercher si vous voulez rentrer à la maison ! « 

Amitiés et suspicions de corruption

En Argentine, même si l’on n’aime pas le football, il est socialement obligatoire de supporter un club si l’on ne veut pas passer pour un marginal. Vous pouvez par contre aimer deux équipes car il existe des pactes d’amitié entre différents groupes de supporters : entre ceux de Racing et Gimnasia ou ceux de Newell’s et Independiente par exemple. Généralement, ces amitiés naissent d’une haine viscérale envers un ennemi commun. Les fans de Boca, qui sont supposés représenter  » La Moitié plus Un  » (8) de la population totale argentine, déclarent ne pas avoir besoin d’Amistades (9). Mais c’est surtout lié au fait qu’ils sont détestés par l’autre moitié du pays ! Ces amitiés entre supporters suscitent régulièrement des suspicions d’arrangement de matchs en fin de championnat, et cela du fait de cette amitié entre clubs via leurs fans. En 2004, la barra de Independiente est allée à l’entraînement de ses joueurs afin de virulemment leur suggérer de perdre leur dernière rencontre face à Newell’s afin que ceux-ci soient assurés d’être champions. Independiente gagna tout de même ce match, faisant ainsi taire les mauvaises langues, et Newell’s sortit malgré tout champion. Mais cela ne calme pas certains supporters qui pensent que tout est arrangé et surtout corrompu par les Grands qui peuvent se permettre d’acheter les matchs face aux petits clubs en les inciter à tout donner lors d’un match contre un rival direct. Lors d’une émission TV traitant le problème des Amistades et de la corruption, une vielle supportrice résuma la situation :  » Vous me demandez si nous les Argentins sommes honnêtes ? Dois-je vous répondre honnêtement ?… «  Le doute plane.

Le problème de la violence

A l’heure où le débat sur le racisme fait rage dans le monde du football, l’Argentine peut se targuer de ne pas compter ce problème dans ses stades. Point de cri de singe, les immigrants italiens n’ont pas amené avec eux les convictions fascistes affichées dans certains stades de la Botte. Lors de rares actes xénophobes, l’AFA n’a pas attendu les mesures de la FIFA pour prendre les devants. Comme lors d’un match à Córdoba en 2005 où l’exhibition de drapeaux fascistes par certains supporters de Talleres amena l’arbitre à arrêter immédiatement la rencontre. L’AFA déduit par la suite des points au club local.

Durant la sévère dictature des années 1970-1980, il était de toute façon peu recommandé d’étaler son opinion politique sur la place publique. D’ailleurs, à cette époque là, le football argentin n’était pas sujet aux problèmes de violence comme il l’est aujourd’hui. Les bagarres existaient bel et bien, mais les échauffourées se réglaient à la main, et discrètement pour ne pas risquer un séjour en prison particulièrement désagréable durant les turbulences militaires. L’apparition de la démocratie entraîna aussi l’emergeance de sérieux problèmes autours du football. Les durs de la barra, derrière qui, jadis, il était possible de se protéger en cas de problème, n’étaient plus intéressés par ce rôle de protecteur, mais bien plus par l’argent qu’ils pouvaient faire dans les stades et alentours. C’est ainsi que le trafic de narcotiques y devint monnaie courante. Les grandes bâches furent interdites dans les stades afin d’empêcher les barras d’y dissimuler la drogue et de s’adonner à leur trafic dessous les voiles déployées sur la tribune. Mais le pire reste les terribles affrontements entre différentes barras comme en 1999 lors d’un match amical Boca-Chacarita. La barra de Boca entra dans la tribune « visiteurs » de Chacarita et ses capos ruèrent de coups le chef de la barra adverse pendant que les joueurs sur le terrain les suppliaient d’arrêter ce carnage. Un vrai scandale. Mais l’histoire n’était pas finie puisque en 2003, Chacarita était de retour à la Bombonera et, en représaille, ses fans jetèrent toute sorte de projectiles aux supporters des latérales boquenses. Quand La 12 s’en rendit compte, ses barras bravas firent le tour du stade pour rentrer à nouveau dans la tribune des visiteurs. Une personne leur ouvrit secrètement les portes… La bagarre fit un mort et le championnat fut arrêté trois semaines. La police retrouva des armes chez le chef de La 12, Rafael Di Zeo, et tous les leaders de la barra de Boca furent emprisonnés. Mais libérés quelques mois après ! Di Zeo fut de retour dans les stades seulement un an après ces violences et aujourd’hui il est toujours sous le coup de deux cas de justice.

La police a un mal fou à gérer ces débordements et, parfois, semble même fermer les yeux. Les chefs des barras font généralement ce qu’ils veulent, comme dernièrement lors de la finale de Copa Sudamericana opposant Boca aux Pumas de Mexico. Des supporters de Boca sans ticket semèrent le trouble pour rentrer à l’intérieur du stade. La police, débordée, était alors contente de voir arriver « Zorro » Rafael Di Zeo, encore lui, venu mettre de l’ordre et décider qui rentrait et qui ne rentrait pas. Les télévisions nationales filmèrent la scène.

La police peut aussi perdre totalement le contrôle, comme en 1995 à la fin du match Nueva Chicago-Estudiantes. Les locaux étaient venus chercher la bagarre à ceux d’Estudiantes. La police montée voulu s’interposer, mais imaginez la tête des visiteurs quand ils virent surgir des locaux ayant dépossédé les policiers de leur monture ! C’est aussi cela le football en Argentine, une violence exacerbée par les barra bravas. Ceux de Boca et de River font le décompte des morts dans chaque camps… Ou quand le sport devient barbarie sociale.

Une génération de joueurs plein d’avenir

Même si l’on peut dénoncer certains travers du football argentin, on ne peut qu’être admiratif devant le nombre de joueurs talentueux que le pays a sorti depuis des générations. Nous avons tous cette image de joueurs aux cheveux longs, n’hésitant pas à mettre le pied. Les connaisseurs se rappelle peut être de Bilardo en son temps de joueur, lui qui utilisait une aguille pour piquer ses adversaires qu’il avait au marquage. La quasi majorité des stars argentines est sortie des quartiers pauvres et les argentins transférés en Europe ne déçoivent que rarement grâce à leur garra (mentalité d’accrocheur) ainsi que leur faculté de pouvoir tout affronter. Les anciens se rappellent du Matador Kempes, du Kaiser Passarella, du Príncipe Redondo, ou de  » Batigol « . Aujourd’hui, la confirmation de certains joueurs a éclaté aux yeux du grand public lors des derniers Jeux Olympiques. El Apache Tevez a éclaboussé de sa classe la compétition et il exerce désormais son talent au Brésil. Mais il existe aussi une génération encore plus jeune et extrêmement talentueuse, celle de Messi le Barcelonais ou du moins médiatisé Agüero. Le petit et électrique numéro 10 d’Independiente, est la véritable star du championnat argentin. Surnommé El Kun, il débutât à 15 ans en équipe première, un an plus tôt que Maradona à Argentinos Juniors ! Lors du clásico face à Racing en 2004, Agüero rentra dans le cœur de tous les Argentins en marquant un but digne du second de Maradona face à l’Angleterre en 1986. Mais son talent ne se résume pas à ce seul but ; l’opinion publique juge que cela serait un crime de ne pas l’amener au prochain Mondial d’Allemagne, ce qui correspondrait au même cas de figure qu’en 1978 quand Menotti préféra se passer des talents du jeune Maradona. Celui-ci voit d’ailleurs en Agüero son possible successeur, au même rang que Messi. Mais il convient d’être prudent, car, souvent, les médias et le peuple argentin, orphelins depuis la retraite de leur Dieu, se sont enflammés au premier talent prometteur. Si les Saviola, Aimar, D’Alessandro ou autre Riquelme n’ont pas réussi à s’élever au rang de véritable star, nous pouvons au contraire parier sur Messi et Aguëro pour embraser la planète football dans les années à venir. Par ailleurs, Boca est en passe d’assembler une véritable dream team comme à l’époque dorée de Carlos Bianchi, et ceci notamment grâce au talent de ses jeunes révélations Gago et Palacio. Si le premier présente le style de jeu et les qualités d’un Redondo, le second rappelle un certain Caniggia. Par ailleurs, il ne faut pas oublier les promesses du milieu défensif Mascherano, ex-River et actuellement partenaire blessé de Tevez au Corenthians du Brésil. Nous pouvons aussi citer les milieux Cabrera et Licht de Gimnasia LP, les attaquants Escudero de Vélez, Lavesci et Barrientos de San Lorenzo. Comme défenseur, seul le latéral Aguirre de Lanús semble prometteur et la seule zone d’ombre qui plane sur le futur de la selección, est belle est bien sa défense. Les remplaçants de qualité pour les vieillissant Ayala et Samuel ne sont pas légion. L’Argentine a les ressources pour assembler une équipe pouvant s’inscrire dans les annales du football mondial, mais il lui faudra d’abord se pencher sur le problème de son arrière garde.

Enfer ou paradis ? A vous de choisir…

Le football argentin serait la scène idéale d’un film de Quentin Tarantino. Les guides touristiques ne s’y trompent pas et jugent immanquable un match de football local. Le spectacle et le folklore proposés sont ahurissants. S’il est légitime de déplorer ses écarts, on ne peut pas occulter le fait que ce sport offre des émotions et des joies immenses à un peuple pouvant, et devant, se priver de beaucoup de choses mais pas de son football. Il le vit avec une ferveur et un amour que peu de chose au monde peuvent se venter de générer. Alors oui, si vous voulez regarder derrière la féerie de ce véritable feu d’artifice, vous pouvez ne jamais vouloir mettre les pieds dans un stade argentin. Au cas contraire, si vous êtes à la recherche d’aventure et de sensations fortes, votre destination s’appelle : Fútbol de Primera !

(1) Le plus grand

(2) Beau jeu

(3) Piqueurs de rats (en référence aux étudiants en médecines qui ont fondé le club)

(4) Équivalent de La Ligue des Champions

(5) La relégation

(6) La populaire, le virage

(7) Le stade

(8)  » La Mitad mas Uno  »

(9) Pacte d’amitié

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