Louis Nicollin : « On est des crêpes ! »

Nicolas Deltort (INTERVIEW football, ActuFoot34 – 11 mai 2007)

 

Loulou dans son bureau du Mas Saint-Gabriel (photo N. Deltort)

Loulou dans son bureau du Mas Saint-Gabriel (photo N. Deltort)

 C’est un Louis Nicollin aussi bien lassé que révolté que nous avons rencontré dans son bureau du Mas Gabriel. Son équipe menacée de descente en National en fin de saison, il annonce beaucoup de changements si par malheur rétrogradation. Il parle d’énorme gâchis, tout en espérant que le nouveau coach Courbis effectue des miracles lors des quatre dernières journées de championnat….  

Président, pourrions-nous faire un point sur cette saison à quatre journées de la fin ?

J’en ai plein le cul du foot, j’en ai marre! Il reste quatre journées, puis on verra. Depuis octobre je savais que nous faisions fausse route. C’est moi le fautif et puis c’est tout. Jamais je n’aurais du prendre l’entraîneur que j’ai pris (Jean-François Domergue, NDLR), ni certains joueurs. C’est comme ça, j’ai peut être été têtu de ne pas virer Domergue plus tôt dans la saison, mais je pense que, dans la vie, il faut que les gens payent pour ce qu’ils font. Malheureusement on s’en ait séparé de lui qu’à quelques journées de la fin. Je n’étais pas pour, car j’aurais aimé qu’il soit là jusqu’au bout.

Qu’est-ce qui vous a finalement décidé au moment de trancher ?

Mon fils, avec Michel Mézy, m’ont convaincu. Si on s’en sort, tant mieux, sinon, quelque part, le vrai responsable ne va pas payer, c’est tout.

Cela vous tenait tant à cœur que cela que Domergue paye, au point de mettre en péril la survie de l’équipe ?

Ah oui, oui, oui! Parce c’est grave. Je pense qu’il va y avoir beaucoup de mecs au chômage, le club ne va pratiquement plus exister et je trouve ça scandaleux.

Vous pensez réellement que l’entraîneur a été le seul responsable de ce gâchis?

Quand on va à la guerre, il y a un adjudant et un capitaine. Ils partent tous les deux, et s’ils se font flinguer c’est leur faute, non?

Quelque part, personne n’a jamais réellement pensé que cela soit possible d’en être là au moment du sprint final du championnat. C’est peut être cela qui a couté cher…

Ah mais bien sûr! Jamais les joueurs n’y ont pensé, eux.

Puisque vous parlez des joueurs, quelle est leur implication dans tout ça ?

Les joueurs, les joueurs…Ceux sont des pions. Les entraîneurs, je ne crois pas en ces mecs-là. Si tu as onze bon types sur le terrain, ils n’ont pas besoin d’entraîneur. Mais malheureusement en L1 ou en L2, tu n’as pas toujours les onze meilleurs joueurs de ballon.

A l’occasion de certains matches de Coupe, la saison dernière et cette année, on a senti de la qualité dans le groupe, peut-être plus adaptée à l’étage supérieur qu’aux dures luttes de la L2. Qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’ils se subliment pour les grands matches. Après, qu’ils aient un jeu plus adapté à la L1, je vais vous dire la vérité, j’en ai rien à branler. C’est un calvaire d’aller voir les matches, un calvaire ! Les gens, ils payent leur place, d’accord, mais ils ne sont pas obligé de venir. Par contre, moi, je suis obligé et ça, ça me fait chier.

On sent de la lassitude chez vous envers cette équipe, pensez-vous un jour en arriver à lâcher complètement le club?

Je veux bien le lâcher mais je crois qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui se précipitent au portillon. Le club a une histoire, faite par Gasset et Louis Nicollin. On a gravis les échelons mais je ne sais pas si, finalement, Montpellier l’a mérité. Les élus l’ont méritée car ils nous ont toujours aidé. Mais après, le reste…Quand tu vois qu’il y a 4000 personnes qui viennent au stade en L2…

On ne peut pas nier que la qualité de jeu proposée à la Mosson a certainement dû refroidir plus d’un supporter…

Nîmes qui fait sept à huit milles en National, excusez-moi, mais c’est une sacrée qualité de jeu là-bas ! C’est pas pareil, ils aiment le foot à Nîmes ! Il n’y a pas de culture football ici, ni même de culture rugby. S’ils ne gonflent pas le nombre de spectateurs, ils font 3000 au MHRC. Il ne faut pas prendre les gens pour des canards boiteux, on sait combien il contient Sabathé. Moi, j’ai connu de la chaleur et de l’engouement à Montpellier pour le Volley Ball qui a été champion de France. Puis avec La Paillade, c’est vrai qu’on a quand même eu de l’engouement à une certaine époque.

Lors des belles heures du club, la troisième place obtenue en Ligue 1 en 1987, mais aussi la Coupe de France, la Coupe des Coupes…

Tout ça, il serait impensable de le refaire aujourd’hui. Financièrement, c’est impossible.

N’est-ce pas ce qui vous a fait perdre votre engouement au final ?

Non, ce n’est pas ça qui me fait perdre la foi, du tout. J’aimerais remonter en L1, mais je sais très bien que cela serait pour lutter pour la quatorzième ou quinzième place. Qu’est-ce que vous croyez ? Metz, ils vont lutter pour ne pas redescendre l’an prochain. Le Mans et Valencienne, c’est pareil. Après il y a juste Lyon qui est au-dessus, puis Bordeaux, Lens, PSG et Marseille qui peuvent aussi avoir de l’ambition. Et encore…

La formation peut tout de même faire gagner des titres. Comme à Auxerre…

C’est fini Auxerre! Pour moi, les jeunes, ce n’est plus un gage de réussite. Maintenant, ils ne restent plus dans l’équipe à long terme. La culture du maillot, ça fait déjà quatre ou cinq ans que ça n’existe plus, même si cela n’est pas toujours vrai en L2. En tout cas, en L1, c’est bel est bien fini.

Durant la pré-saison, on prônait un retour à l’esprit Pailladin et aux couleurs originelles (rouge et blanc, NDLR) pour aider le club à retrouver la L1…

Ça a été une belle parole… A part chez les équipes de jeunes ou cela s’est ressenti.

On sent bien un ras le bol chez vous…

Non ce n’est pas un ras le bol, c’est une constatation. Moi je veux bien payer en L2 mais si on descend, c’est fini. En L2 tu es toujours dans l’élite du football, ce n’est pas grave. Mais là, en National… Il n’y aura plus de centre de formation à Montpellier, plus rien. Ça va voltiger. Et c’est malheureux pour certains, qui font du bon boulot en nous faisant finir troisième ou quatrième club français en matière de formation encore en fin de saison. La Gambardella a été en 8e de finale, battue par Auxerre, le probable vainqueur, toutes les équipes de jeunes sont premières dans leur catégories. Des sélectionnés, on en a plus que l’an dernier où nous avions fini troisième club en nombre de jeune en équipe de France. Les filles vont être vice-championnes de France et en finale de Coupe. Ca compte des points tout ça. C’est un énorme gâchis ! Les gens, ils commencent à fouetter, et je les comprends. Il y a même des joueurs qui ne trouveront certainement plus jamais de club. Mais c’est la vie.

Une descente en National signifierait-elle la mort du club?

Moi, personnellement, je ne mettrai plus de sous, c’est clair et net ! Et je ne vois pas alors comment le club pourrait vivre…

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné chez l’équipe première?

Equipe première…Equipe première…pfff. Je pense qu’il y a des joueurs qui sont nuls et qui n’ont pas du tout leur place dans cette équipe. Puis certains n’étaient pas à leur place sur le terrain. Je l’ai souvent dit, Carotti milieu de terrain, il faut être fou ! Vous me direz, il n’est pas meilleur en libéro, mais ce n’est pas grave, ça été fait et c’est comme ça. Les joueurs se sont battu mais ils n’y arrivent pas. Quand tu n’en as pas dans le ventre… Depuis le mois d’octobre je le sais de toute façon. Parce qu’on est des crêpes, on n’est pas bon. Le football, ce n’est pas sorcier. A Metz, ils jouent avec cinq défenseurs. Ils gagnent 1-0 et ils se démerdent. La L1, si tu la veux, il faut jouer avec cinq défenseurs et ne pas avec quatre crêpes devant son gardien. Ça fait trois ans qu’on galère.

En ce qui concerne la tactique adoptée par l’entraîneur sur le terrain, vous n’avez jamais été tenté d’apporter votre grain de sel ?

Cela n’a jamais été ma tasse de thé de faire l’équipe. Le président, c’est le grand patron, mais l’entraîneur, c’est le chef de l’équipe. Si cela m’arrive de vouloir le faire, je préviens à l’avance si on peut m’écouter. Et si ce n’est pas le cas, je ne dis rien.

C’est malheureux quand même d’en être là aujourd’hui…

Non, c’est la fin d’un cycle et puis voilà. Et Nîmes, tu crois qu’ils n’ont pas été malheureux avec la grande équipe que c’était. Là où ils déconnent, désormais, c’est qu’ils ne profitent pas de notre faiblesse pour remonter en Ligue 2 !

Des mauvaise langues disent, qu’au moins, en cas de descente en National, le MHSC jouerait deux derbies contre les Gardois mais aussi le FC Sète …

Mais je m’en bat les couilles, je ne m’intéresse pas du tout à eux. Je souhaitent même qu’ils gagnent, et que nous aussi. J’en ai rien à foutre d’éventuels derbies que tu perdras de toutes façons. Car eux, ils y a un moment qu’ils sont en National et ils savent ce que c’est. 

Etes-vous sûr que, cette saison, le problème n’a pas été autre que footballistique?

Physiquement et moralement, c’est clair que les joueurs n’ont pas été là. Je me rappelle d’un match contre Ajaccio à la maison où l’on menait puis, eux, ont passé la vitesse supérieure. Ils nous ont cloués sur place ! Ca se voyait. La préparation physique a donc été ratée, je pense. J’ai des docteurs qui me mettent au courant, et certains gars ne sont pas au mieux de leur condition. Il y a des signaux d’alarme qui ont du être tirés et depuis quinze jours, ça va un petit peu mieux.

Le recrutement de l’été dernier, ou à la trêve, n’a pas été très satisfaisant…

Alors là, je ne m’en suis pas du tout occupé. Les nouveaux sont des braves garçons, et à mon avis, ils sont plus forts que ceux qu’on avait. Mais bon, on a eu des blessures. Cela a été mal géré, il me semble, car des gars qui n’ont pas joué depuis six mois, c’est un peu une connerie de les prendre. De toute façon, le recrutement, si ça marche, les joueurs sont des idoles, sinon on est des cons.

Il y avait beaucoup de monde pour le premier entraînement de Courbis à Grammont…

Cela m’a fait rire…

Vous aussi vous assistez aux entraînements depuis quelques temps. Est-ce pour mieux voir ce qui ne tourne pas rond?

Je n’y suis pas beaucoup allé cette année, cela ne m’intéresse pas. Les joueurs, je les vois aux matches et ça me suffit. Leur demander ce qui va, ou ne va pas, c’est leur vie ça. Tu sais, quand tu commandes cinq milles personnes, tu connais les hommes.

Comment percevez-vous la prise en main du groupe par Roland Courbis ?

C’est un regret de ne pas l’avoir pris avant. Maintenant, c’est facile de dire ça. Je pense qu’il est venu car il est copain avec Mézy et car il me connait bien, c’est tout.

 

A-t’il le sentiment qu’il peut sauver l’équipe?

Ah mais il se démerde. C’est pas moi qui vais les gagner ces matches, je ne peux pas jouer! Comme il dit, là on est dans la nasse mais si ça se trouve tu te maintiens et treize mois plus tard tu remontes en L1. C’est possible, le football ça va très vite. On a encore cette toute petite chance, elle est infime mais on en a une.

On l’a vu prendre les joueurs un par un avant le premier entraînement, en votre compagnie, celle de votre fils et de Michel Mézy. Le but de cette démarche était-il de responsabiliser tout le monde une bonne fois pour toute ?

Roland se démerde avec mon fils et Michel, je vous ai dit ! Moi, je suis venu car, quelque part,  il le fallait vis à vis de ces derniers. Autrement, je n’ai plus rien à voir avec ces joueurs. Je préfère rester chez moi, je vous le dit de suite. Ces types risquent de mettre trente mecs au chômage, et c’est grave. Moi, je serais ces derniers, je me révolterais et je leurs casserais la gueule.

Comment sentez-vous ces derniers matches de la saison ?

Je serai aux matches, ça me fait chier, mais j’irai jusqu’au bout. Quand tu n’es pas capable de battre la réserve de Châteauroux, je ne vois pas comment on peut s’en sortir. Moi je ne sais pas, tu n’as pas l’impression que tu joues ta survie sur ce match. Cela a été d’une tristesse! Maintenant, j’espère que Courbis fera des miracles. Ce match à Créteil, il ne faut pas le rater, interdiction de perdre, sinon je ne vois pas ce que tu peux espérer. À moins que Niort et Brest ne gagnent pas dans le même temps.

Après Créteil, le MHSC joue des équipes qui n’ont plus rien à jouer. Un motif d’espoir ?

Le Havre et Grenoble n’ont plus rien à espérer. Ajaccio, comme c’est l’équipe de Courbis, on a les trois points. C’est trop facile, hein?! Non, rien n’est joué d’avance dans le foot. Mais on ne va pas non plus jouer le Bayern Munich ou l’AC Milan quand même. Il ne faut pas nous prendre pour des cons ! Si on veut se maintenir, il faut gagner, et ce n’est pas impossible. Oh, faut pas pousser! Personnellement, je suis décontracté. Je suis prêt pour le National. Si on se maintient, tout ira bien.

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