Luc Villalonga : l’éternel capitaine du RCOA

Nicolas Deltort (PORTRAIT football, ActuFoot34, nov 2007)

Le capitaine agathois lors du derby face au MHSC II à la Mosson (photo N. Deltort)

Le capitaine agathois lors du derby face au MHSC II à la Mosson (photo N. Deltort)

Nous entamons dans ce numéro d’ActuFoot34 une série de portraits de joueurs emblématiques du football amateur héraultais. A 37 ans, Luc Villalonga va conclure, cette saison, une carrière de deux décennies. Il représente l’âme et le talent d’une équipe du RCO Agde, toujours au top de la hiérarchie départementale.


« Ce n’est pas un simple joueur, c’est plus que ça ! », affirme Thierry Villa, l’actuel entraîneur des Rouge et Noir. Anciens partenaires, adversaires ou simples spectateurs du football héraultais sont unanimes : le nom de Luc Villalonga vient en tête de liste des footballeurs ayant le plus marqué le football local. Il n’a connu que trois clubs en vingt ans de carrière dont dix-sept avec Agde. Capitaine exemplaire durant ces années, il a développé une forte amitié avec son entraîneur dont il est l’assistant depuis trois ans. «  Luc est avant tout un ami. Je suis parrain de sa fille et lui de mon fils. On a tellement de souvenirs de vacances et de foot avec toutes les ascensions du RCO que nous avons vécues ensemble ! », déclare Thierry Villa. Avant de passer sur le banc agathois en 2003, celui-ci était le fer de lance de l’attaque agathoise et il profitait souvent des passes inspirées de son meneur de jeu. Ensemble, ils auraient même pu monter en L2 lors de la saison 91/92, leur plus belle année selon lui. Malheureusement, lors du match décisif à Saint-Etienne, ils n’ont pu obtenir que le match nul, laissant la deuxième place aux voisins du FC Sète qui allaient ensuite monter en L2 via les barrages. Le coach agathois nous dresse un portrait de son meneur de jeu : « Il est très bon dans la dernière passe et habile des deux pieds. Il a aussi une bonne lecture du jeu et une polyvalence lui permettant d’évoluer aussi bien comme numéro six, dix ou second attaquant. De plus, ce n’est pas un tricheur. Il est aussi respecté du groupe de part son niveau de jeu et ce qu’il dégage dans le club par rapport à son passé. Pour un entraîneur c’est un vrai bonheur. »

«Il aurait pu être pro»

Originaire de Oyonnax dans l’Ain, Luc Villalonga a grandi dans une famille de footballeurs au sein de laquelle son père, Michel, lui donne le virus du ballon rond. Il entraîne même son fils à ses débuts. Il l’a ainsi vu faire ses gammes à Lyon de 75 à 78, puis à la Grande Motte, le Grau du Roi et Saint-Thibery jusqu’en 86. Son parcours footballistique suit celui de son père, artisan du Jura désireux de faire son nid dans le Sud. Luc rejoint le FC Sète en 87. Avec les Maritimes il évolue en Junior et un peu avec la réserve senior. Mais il n’y restera pas malgré la bonne formation qu’il y a reçu. Pour les minots les places étaient dures à trouver chez les seniors. C’est alors que l’aventure avec Agde va commencer. Grâce à l’aspect professionnel qu’il privilégie et le travail qu’on lui propose là-bas. L’histoire d’amour entre le club et le joueur commence et elle dure depuis dix-sept ans. Seulement mise en pointillé lors d’un bref passage à Rodez et d’un essai non conclu au MHSC. A l’intersaison 1994, il part en effet en stage avec le MHSC grâce à Robert Nouzaret. Mais l’affaire se complique. L’entraîneur Gérard Gili ne comptait pas sur lui. Luc dit alors basta. Peu être un tournant dans sa carrière, car le Marseillais était finalement évincé quelques mois plus tard. « Quand on prend une décision, il ne faut pas avoir de regret », estime Luc. Thierry Villa juge pourtant que c’est dommage car selon lui, son capitaine « aurait pu être pro et jouer en L2 sans problème.» Pour Lucky, ce n’était pas la peine de rester avec la réserve de la Paillade alors qu’Agde jouait au même niveau. De retour sur les rives de la Perle Noire de la Méditerranée, il reste très sollicité par d’autres clubs. En 95 il part finalement pour le National à Rodez. Car « il fallait voir et goûter à autre chose ». Durant sa seule année dans l’Aveyron, il effectue une saison honorable. Le club finit dans la première moitié de championnat mais ce n’était pas évident pour Luc et sa famille de s’adapter en dehors du terrain. Car « il n’y a rien à faire là-bas ». C’est donc le retour à…Agde, et pour toujours désormais. Il  a  tellement vécu de bons moments au stade Louis-Sanguin qu’il lui est difficile de ressortir des souvenirs en particulier. « Toutes ces années en CFA, ces supers matchs, ces bons parcours en Coupe de France… J’ai vraiment pris du plaisir à défendre ces couleurs. J’espère que les gens en ont pris autant.  Si je dois retenir quelque-chose, c’est le fait d’avoir joué avec un entraîneur qui est là rien que pour le plaisir du jeu.»

L’anecdote des camionneurs

Quand on dépoussière pour lui l’armoire à souvenirs, on s’aperçoit qu’un match à Agde face à Carcassonne a particulièrement marqué les esprits. Villalonga y réalise un triplet mémorable avec « trois buts d’un autre monde », selon son coach. Un lob, un brossé en pleine lucarne et le dernier après avoir driblé un paquet de joueurs ! Christophe Minguet, ex-partenaire de Luc et actuel entraîneur de Portiragnes-Vias enrichit encore la liste des louanges à Villalonga : « C’est un joueur exemplaire sous tous les points de vue. Cette carrière, c’est énorme. C’est rare d’être à ce niveau à 37 ans. C’est un joueur vraiment au-dessus du lot. » Son secret ? Il a toujours bien surveillé son alimentation, son hygiène de vie et « cela a payé, il n’y a pas de secret », confie l’intéressé sans vraiment nous surprendre. Cependant, Luc s’est parfois accordé quelques incartades comme se souvient encore Christophe Minguet : L’année de du titre de Agde en CFA2, l’équipe doit jouer un match décisif à Borgo en Corse. « Comme moi, Luc et Christophe Faubesse on a peur de l’avion, on s’y est rendu en bateau avec le président et le secrétaire. » Avant d’aller se coucher, les joueurs se font embringuer par deux camionneurs sympas qui les invitent à boire un coup, puis deux, etc. Jusqu’à ce  le haut-parleur du Bonaparte les fassent bondir : « Bonjour, il est 6h du matin. Bienvenue en Corse ! » Ils rentrent vite se faire une beauté et « comme j’étais malade, j’ai filé du solupred à tout le monde car on se disait qu’on allait être à la rue. » Une fois dans le bus, le président fait sortir Villalonga et arrivent nos deux camionneurs. Lors de la conversation le président apprend les exploits nocturnes de ses joueurs et les averti qu’ils n’ont pas intérêt à se manquer ! « On a finalement gagné 5-0 et Luc a joué ensuite toute la nuit à la Play Station car il n’arrivait pas à dormir tellement il était énervé. C’était vraiment pas mal.. », conclue Christophe.

«Un fidèle qui mérite le respect»

Moins anecdotique, Villalonga affirme qu’il n’a jamais vraiment été blessé. « J’ai eu ma première entorse cette année ! » Il a peut être oublié cette blessure qu’il a longtemps cru volontairement administrée par Cyril Crama, alors joueur de Béziers. Après une explication entre les deux hommes lors d’un Jour de l’An, ils s’entendent à nouveau très bien. Et Cyril Crama y va de son commentaire sur son ex-adversaire : « C’était un plaisir de le rencontrer et de se frotter à lui. Il ressortait du lot grâce à sa technicité, son intelligence, sa faculté de bien faire jouer les autres et de marquer des buts décisifs. C’est un joueur de club fidèle qui mérite le respect. » Il y avait de la rivalité entre Biterrois et Agathois car les deux clubs jouaient alors les premiers rôles. Les nombreuses confrontations en coupe de France attiraient beaucoup de monde et le RCO en sortait souvent vainqueur. Car Villalonga ne loupe jamais les matchs importants, il est toujours présent. Lucky regrette un peu ces derbies : « Avant il y avait plus de rivalité entre Agde et Béziers. C’était un vrai derby, plus rude et tendu que ceux d’aujourd’hui. L’équipe qui gagnait était celle qui avait le plus envi. Je me rappelle surtout d’un match l’année de notre montée en D3 quand nous avons gagné à La Méditerranée 1-0 à la 89e !».

L’ultime show Villalonga ?

Nous pourrions citer tellement d’autres matchs épiques ayant jalonné la carrière de Villalonga…Regardons plutôt vers le présent désormais. Le meneur de jeux n’a pas raccroché les crampons à l’intersaison car son équipe venait d’être reléguée du CFA. Elle ne l’avait plus quitté depuis la saison 2000/01. « Cela fait une paire d’années que je veux m’arrêter mais j’ai aussi continué pour le coach et je ne le regrette pas », admet-il. Selon son entraîneur, Lucky  fait un très bon début de saison. Thierry Villa souhaiterait que l’équipe monte ne serait-ce que pour lui. « Cela serait un gros cadeau d’adieu. »

L’ultime « show » Villalonga alors ? « Pas de rab ! », répond le capitaine qui avoue aussi avoir du mal à se remettre des chocs reçus durant les matchs. Son entraîneur estime qu’il serait dommage de se priver de lui dans le football local après qu’il ait raccroché ses crampons. « Il a un message à faire passer. Personnellement, quand on m’avait proposé de reprendre l’équipe fanion comme entraîneur j’avais accepté à la condition qu’il soit mon adjoint. C’est un gars de confiance et je sais qu’il ne trahira jamais. J’aimerais qu’il continue avec moi. » L’intéressé n’a pas encore d’avis sur la question, préférant se concentrer sur la saison en cours. Dans tous les cas de figures il continuera de s’adonner à sa passion première, la pêche. Loups, dorades…A la Pointe Courte ? « Non ! Là-bas ils sont malades ! » Il avoue que ça détend et qu’il en aime la tranquillité avant de conclure : « J’ai déjà pêché un loup de 5 kg mais je ne vous dirai pas où ! »

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