Joseph Bonnel : « Je ne jouais que pour le collectif »

Nicolas Deltort (ActuFoot34, février 2008)

Jo Bonnel, chez lui à Florensac (photo N. Deltort)

Jo Bonnel, chez lui à Florensac (photo N. Deltort)

On le surnommait « l’inusable monsieur Jo ». Ce légendaire joueur héraultais des années 1960-70 a connu une carrière aussi riche que longue. Du SOM à Béziers, en passant par l’OM, ou encore l’équipe de France et Valencienne. Bonnel le taciturne n’était pas un expansif, pourtant, son tempérament de feu et sa combativité n’avaient d’égal que sa clairvoyance et son sens du jeu sur le terrain. Nous l’avons rencontré dans sa ville natale de Florensac où il passe une retraite paisible.


Jo, c’est ici à Florensac que vous avez pris goût au football n’est-ce pas ?
Effectivement, quand j’étais petit j’allais voir les matchs au stade, il y avait une sacrée équipe en CFA et de sacrées bagarres en fin de match (rires)! J’ai débuté à 13 ans avec Otto Gloria un ancien pro hongrois que j’admirais et après en DH avec René Franquès qui avait été champion de France avec Sète.

Le SOM, alors en D2, est venu vous recruter en 1957…
Oui, l’entraîneur Hérvé Mirouze faisait un recrutement régional. J’étais au centre d’apprentissage de Pézennas et à dix-sept ans une fois mon CAP en poche je suis allé à Montpellier. Comme j’étais prévoyant j’avais demandé que le club me trouve aussi un travail. Le matin je m’entraînais et l’après midi je bossais chez un dirigeant des Tentes Robert.

Quel était le contexte footballistique du SOM à cette époque ?
A mon arrivée le président était Maître Thévenet. Puis le Chanoine Bessede a pris la suite. Il nous suivait lors de tous les déplacements, toujours avec sa petite valise. Je ne sais pas ce qu’il faisait avec (rires) ! On jouait au Pont Juvenal, un joli stade avec quatre tribunes rustiques qu’il était plaisant de voir pleines. On avait une équipe de jeunes copains du cru. Guy Van Sam l’avant centre, moi en Inter derrière lui, la bombe Edimo, l’ailier droit camerounais et Yves Michel ailier gauche. Sans oublier Marc Bourrier bien sûr. On cavalait de tous les côtés, on prenait des risques, un vrai plaisir. L’équipe a attendu mon départ pour monter en D1 l’année suivante, c’est pas gentil !

Votre transfert en 59 à Valencienne avait été le plus important de l’époque…Oui c’était dingue, 32 millions d’alors. Un jour le curé me dit « Tu dois partir à Valencienne si tu es d’accord, tu auras ta prime ». C’était 10% du transfert alors, je m’en foutais que ce soit dans le Nord ou ailleurs, je suis parti en D1. Le coach Robert Domergue me voulait à tout prix et il avait mis le paquet.

Comment se sont passées vos années valenciennoises ?
Des résultats et une ambiance extraordinaire, mais des salaires catastrophiques ! Quand on gagnait un match, je disais à ma femme « on va pouvoir acheter deux chaises de cuisine avec la prime » ! Le club avait besoin d’argent alors on faisait beaucoup de matchs amicaux et surtout des tournées. En Espagne, en Pologne, en Amérique, en Côte d’Ivoire… Pour des jeunes c’était sensationnel d’être toujours en voyage, on ne pensait pas à l’argent. Et puis cette population de gens du Nord…

Domergue était un sacré entraîneur aussi, n’est-ce pas ?
C’est une personne que j’ai adoré et le meilleur entraîneur que j’ai rencontré. Il nous faisait jouer un football rapide, vif, il fallait piger vite. Quand Lens a battu Lyon dernièrement, j’ai cru revoir le Valencienne de l’époque, je me suis régalé. Domergue était aussi strict et dur, il nous en faisait baver à l’entraînement, il y avait des jours où on vomissait sur la piste.

Vous avez connu l’équipe de France durant cette période …
Oui j’ai commencé contre l’Angleterre en amical à Sheffield, on avait fait un bon 1-1. Il y avait Kopa qui terminait sa carrière avec les bleus. Je l’avais regardé à la télé pendant la coupe du Monde en Suède et j’avais le trac…un sacré souvenir. Mais de 62 à 69, on n’a jamais fait de supers résultats. Heureusement qu’on jouait parfois le Luxembourg (rires). On avait de bons joueurs qui ont fait une belle carrière mais pas le joueur qui fait la différence comme Platini plus tard.

Avoir joué la coupe du monde 66 en Angleterre doit quand même rester un bon souvenir ?
Déjà la préparation un mois avant la compétition avec la remise des costumes, c’était sensationnel. Tout le monde s’accrochait pour gagner sa place et se donnait à fond. On aurait au moins du battre le Mexique et l’Uruguay pour sortir de la poule. Mais à l’arrivé on fait match nul et on perd…Après pour le troisième match, l’Angleterre était hors compétition avec le fameux Bobby Moore ou Stiles l’assassin au milieu.

L’Angleterre a marqué votre carrière en bleu puisque c’est toujours face à eux que vous avez connu votre dernière sélection…En effet, on a pris une de ces roustes, 5-0 chez eux, dans une eau et une boue pas possible. Eux ils sautaient, ne glissaient jamais alors que nous on était tout le temps parterre. Je n’ai jamais autant langui qu’un match se termine tellement on a été ridicule. Cependant quelques années auparavant on les avait battu 5-2 à Paris lors d’un super match de qualification à l’Euro et je ne crois pas que la France ait jamais mis un pareille déculottée à l’Angleterre !

Pour en revenir à votre parcours en club, vous avez suivi Domergue parti de VA à l’OM…
Je ne l’ai rejoint qu’une année après son départ à Marseille, mais les résultats n’étaient pas bon et ils l’ont viré. C’est Zatelli qui a repris les commandes. C’est d’ailleurs chaque fois qu’il assurait l’intérim qu’on gagnait une coupe de France ou un championnat !

En 67 c’était le début du renouveau de l’OM…Oui, le président Leclerc était arrivé avec des moyens et le club avait pu recruter des internationaux comme Djorkaef, Artelessa, Skoblar et Magnusson qui arrivait aussi de la Juve où il n’était pas titulaire car en Italie faut y aller ! Dès qu’il prenait un coup c’était fini. Il était craintif. Mais il était encore meilleur que Waddle. Il faisait des trucs incroyables avec un ballon, inimaginable! Un jour à Ajaccio il se monte le ballon par derrière avec une roulette, le garde sur la nuque, avance et va marquer! Toute l’équipe d’Ajaccio lui est tombé dessus après (rires) !

Vous êtes devenu une idole du public marseillais alors que votre rôle n’était pas de vous mettre en vedette, une sacrée performance…
Oui mais parce qu’on avait un sacrée équipe avec des Skoblar et Magnusson à côté. C’est vrai que j’étais en bonne forme sur un terrain. J’aimais énormément courir, récupérer le ballon, le donner sans arrêt. Je pense que ça marque un petit peu. J’adorais courir, et je trottine toujours aujourd’hui tous les jours sinon j’en suis malade.

Avoir gagné avec l’OM doit rester votre meilleur souvenir…J’en ai de bons souvenirs grâce aux supporters et aux résultats car je ne me suis pas intégré à Marseille comme je l’avais fait à Valencienne. Comme j’étais en fin de carrière et que je n’avais pas gagné de titre, ce sont ces coupes et ces titres qui restent. La coupe de France 69 m’a surtout marqué, en gagner une avec Marseille je vous dit pas la fête pendant deux à trois jours après notre victoire contre Bordeaux !

La Coupe d’Europe ?

Surtout le souvenir de l’Ajax. On perd seulement 1-0 chez nous sur un but de Cruyff mais au retour on a été archi dépassé. C’était la super équipe de tous les temps. L’allure à laquelle ça jouait ! Tous montaient et redescendaient ensemble, phénoménal !

Vous étiez un joueur complet mais surtout le moteur de l’équipe sans lequel le collectif ne pouvait pas s’exprimer…Je ne jouais que pour le collectif ! J’aimais bien aussi de temps en temps partir de derrière quand je voyais Magnusson partir sur son aile. Au deuxième poteau j’en ai marqué quelques uns grâce à lui, souvent décisifs. D’ailleurs comme Skoblar n’aimait pas porter le numéro 9 c’est moi qui le prenait.

Vous sembliez inusable, à tel point qu’un jour un dirigeant de l’OM déclara : « Celui-là, pour lui prendre sa place il faudra l’abattre à coup de carabine »…On me disait souvent que j’étais inusable effectivement. Tout jeune je voulais être un joueur de football professionnel et j’allais courir seul au stade, je faisais des monte et descend sans arrêt. Cela m’a certainement aidé à avoir des qualités d’endurance par la suite. J’étais sérieux et je suis sérieux, avec une bonne hygiène de vie. J’ai du aller une seule fois en boite de nuit car on m’y avait obligé.

Quel a été l’équipe adverse qui vous a le plus marqué ?
Saint-Etienne surtout et la rancœur qu’il y avait avec Marseille. On se détestait ! Ils tenaient le haut du pavé et nous on essayait de prendre leur place. Quand l’OM montait chez eux, je peux vous assurer que les magasins dérouillaient, en plus des bagarres qu’il y a eu…Sur le terrain on se connaissait de l’équipe de France mais même entre copains on ne se faisait pas de cadeau.

Vous avez aussi entraîné l’OM…En 73, j’arrivais en fin de contrat et Zatelli m’a demandé d’entraîner. Cela c’est mal passé. Je n’aurais pas du accepter car j’avais été joueur avec eux et là du jour au lendemain je les entraîne. Pour un match à Hannovre, je fais jouer Bosquier libéro et Trèsor stoppeur. Les deux voulaient être libéro…A partir de là il y a eu des conflits et les résultats ont été moyens et j’ai été sorti. Ce n’était pas plus mal car juste après j’allais dans un petit club, à Béziers chez moi, c’était sensationnel.

Racontez-nous votre période à l’AS Béziers en D2…Cela a été un peu laborieux mais on a passé deux bonnes années avant que le club ne puisse plus payer les joueurs. La ville de Béziers n’avait pas d’argent et ne faisait rien pour en avoir à donner au foot. C’est un homme d’affaires litigieuses, avec un pognon monstre, qui tenait la baraque jusqu’à ce qu’il arrive à saturation. On allait se faire payer chez lui…

Il y a aussi eu cette fameuse victoire de coupe face à l’OM…Quelques semaine après être parti de l’OM pour Béziers, le tirage au sort des 32e nous oppose à eux en février 74. C’était la fête et en plus on les bat à Sète ! A la fin Magnusson est venu me voir en disant : « Jo je suis content pour toi d’avoir perdu». Je savais qu’il y avait un peu la panique au sein de l’OM et j’étais content de la foutre un peu plus. Surtout pour les dirigeants qui m’avaient viré.

Vous n’avez pas poursuivi au haut niveau comme entraîneur, pourquoi ?
Cela m’aurait plus de me lancer dans une carrière d’entraîneur mais avec le recul je ne regrette pas. Je suis allez à Aubagne en PHB, j’y ai passé vingt ans comme responsable du service des sports de la mairie, entraîner les jeunes, c’était sympa.

REPÈRES :
Né le 4 janvier 1939 à Florensac
International français (25 sélections de 1962 à 69)
Près de 600 matchs disputés en pro
Club : SOM (1957-59) – Valencienne (59-67) – OM (67- 73)- AS Béziers (74-76)
Palmarès : Champion de France 1971 et 72 – Coupe de France 1969 et 72.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s