Joseph, le colosse au coeur tendre

Nicolas Deltort (ActuFoot34, février 2008)

Pdf Une de couv et article (ActuFoot34)

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Le Camerounais Yegba-Maya, dit Joseph, a fait les beaux jours de l’Olympique de Marseille dans les années 1960 avant de finir sa carrière de joueur à l’AS Béziers. Entraîneur de nombreux clubs du biterrois, il a définitivement raccroché l’an dernier, à 64 ans, aux Cheminots . Nous l’avons rencontré dans sa maison de Néfies.

Maya, le nom résonne bien. Ne cherchez pas l’abeille, c’est un colosse au regard tendre et la poignée de main chaleureuse qui ouvre la porte de sa villa de Néfies, à une trentaine de kilomètre à l’Est de Béziers. « L’attaquant le plus puissant et le plus percutant du championnat » comme le désignait l’Age Educatif en 1973, a indéniablement gardé quelques souvenirs de carrière. Il nous amène clopin clopant dans son salon. Ses prothèses du genou et de la hanche ne lui ont pourtant pas enlevé son large sourire ou son goût de l’effort. « On se maintient, un peu de vélo, de marche. Tu transpires, c’est le bonheur ! Comme discuter football avec vous ce matin». Maya ouvre allègrement la boîte à souvenir. Sa carte d’identité indique qu’il est né à Otélé à quelques kilomètres de Yaoundé, la capitale du Cameroun. « Mais comme notre père était mécanicien aux chemins de fer, il était muté à droite et à gauche ». Ses talents de footballeur, le jeune Joseph les met tout d’abord au service du Dragon Club de Yaoundé en première division puis débarque à Marseillaise en 1960 chez son frère ainé, Marcel. « Je voulais devenir mécanicien comme lui mais je ne savais pas où j’allais ». Il joue aussi en banlieue, au Gallia Chutes-Lavie et c’est Mr Pinder qui l’amène à l’OM en 62, car Maya est tout sauf un clown du football. Un jour le Gallia tombe contre la réserve de l’Olympique en coupe de Provence. Joseph met quatre buts mais son équipe perd 5-4 en prolongation. « Après le match les dirigeants de l’OM m’ont demandé si je pouvais passer au stade le lendemain. C’est parti de là ».

Entraîneur de Courbis

L’OM le loge dans une chambre de l’Hôtel de la Préfecture « Chez Slim ». Nourri, blanchi, motorisé pour aller aux entraînement. « Ils m’ont dit « ton occupation c’est de jouer au foot Je ne pouvais que progresser dans ces conditions.» Il s’entraîne avec les pros le matin puis avec les juniors l’après-midi. Tous les jours il est au stade, entraîneur d’un certain Roland Courbis quand celui-ci était pupille/ minime à l’OM. Car « les pros étaient obligés d’aller faire l’école de foot le mercredi ». Ses soirées, il les passe plutôt à danser à l’AGM lors des soirées étudiantes où il commence à flirter avec Antoinette, sa future femme. Il joue son premier match de D1 à Sedan en novembre 62, défaite 4-0. «Cela m’a marqué car on montait en train, on arrivait cassé en deux et il fallait quand même jouer ! Lens, Forbach, Valencienne, Sedan… C’était dur à manœuvrer ces gens du Nord. Il faisait un froid ! Après quand tu jouais au stade Vélodrome c’était cool. Mais si tu jouais mal, tu entendais « Est-ce qu’il y a un bateau dans le port ? Remettez-le dedans ! lâche t-il dans un grand rire. Des tomates, j’en ai reçu, je ne m’en cache pas. Qui n’en a pas reçu au stade vélodrome ?! » Joueur intelligeant mais parfois maladroit, il ne peux éviter à l’OM de faire l’ascenseur vers la D2. Certaines défaites comme la déculottée de Lens (8-1) provoquent l’ire des supporters, surtout à Marseille où les mouettes en savent souvent plus sur le football que n’importe où ailleurs, Maya gagne les galons de chèvre quand il ratte des buts. « J’ai eu des hauts et des bas comme Cissé actuellement. Quand tout va bien, l’OM est l’équivalent du Real, mais le méridional a le sang chaud ». Un jour les supporters viennent pour lui casser la maison. Pourtant Maya en a planté des pions, 111 en 202 matchs de championnat avec l’OM ce qui fait de lui le 4e meilleur buteur de l’histoire du club derrière les Skoblar, Anderson et Papin ! « En 70, j’en mets cinq à Saint-Ouen face au Red Star. Combien on est dans l’histoire du championnat de France à avoir réalisé un quintuplé en une seule mi-temps ? »

Un sens du but inné et un jeu de tête irrésistible

Sur la Cannebière, Joseph se fait tout de même un nom, Zé, comme on appelle tous les Joseph à Marseille. Et c’est lors de la remontée en première Division, au début de l’ère Leclerc en 65/66, qu’avec son ami togolais Fiawoo en attaque, il a commencé à être vraiment aimé par le public de l’Huveaune. Ce petit stade, préféré au Vélodrome pour la proximité du public, situé proche du rond point du Prado où s’élève la statue de David, incarnation de la force et de la colère après sa victoire contre Goliath. Une force toute à l’image d’un Maya taillé en Hercule mais qui n’aurait par contre pas fait de mal à une mouche. Le joueur a un sens du but inné et marque les ¾ de ses buts grâce à un jeu de tête irrésistible. « Je n’étais pas trop technique et je ne participais pas beaucoup au jeu mais j’anticipais beaucoup dans la surface ». Maya était aussi un remiseur dos tourné au but ou un « plongeur », celui qui décrochait pour créer des espaces.
L’accession en D1 lors de la saison 65/66 se joue en juin contre Bastia. 15000 spectateurs s’entassent derrière les grillages de l’Huveaune, chauffés à blanc, tout autant que les joueurs. Ça tombe comme à Gravelotte. Fiawo met K.O. un adversaire d’un coup de tête avant d’être expulsé alors que Brotons se retrouve avec une fesse brûlée par un pétard. Cela n’empêche pas l’OM de ne faire qu’une bouchée des Corses, avec un but de Maya, obtenant ainsi le droit de rejouer en D1. Les banderoles « Tremble Nantes, L’OM arrive ! » avertissent déjà les doubles champion de France 65 et 66. France Footbal titre même « Vive Marseille, le futur Naples du football français ! ». Massilia la sulfureuse, Maya confirme qu’elle l’était aussi au Vélodrome : « Même la piste cyclable était bondée parfois, un monde fou ! Sinon les supporters faisaient le toboggan dessus pour envahir la pelouse après les victoires ». La Coupe de France 1969 gagnée par l’OM contre Bordeaux, après 26 ans d’abstinence, reste le meilleur souvenir de Maya sous les couleurs olympiennes. Il marque un but et détourne un tir de Novi dans les filets. « Après la finale tu ressens quelque chose quand on défile devant tout ce monde ». C’est le temps des copains avec une ambiance formidable entre joueurs et une extraordinaire équipe entraînée Mario Zatelli que Maya considère comme un père. « On rentrait sur le terrain, tu savais que tu allais gagner, tu ne pense même pas à la défaite. On avait l’équipe. Jo Bonnel qui stimulait tout le monde, Djorkaef, Charlie Loubet, Magnusson ! »

Le Nord puis Béziers pour assurer l’après foot

L’attaquant quitte pourtant cette formation en direction de Valencienne, échangé avec Daniel Leclerc. « En 70, j’ai demandé au club de partir avec Robert Domergue à VA, le contrat était nettement meilleur. C’est bien beau la carrière mais avec tout le temps qu’il nous reste à vivre derrière… ». A Nungesser, Maya est toujours un buteur prolifique, mais les Nordistes font l’ascenseur entre D1 et D2 de 70 à 73. Maya s’exile à Strasbourg, toujours avec Domergue, pour ses deux dernières saisons au top niveau. Finalement, en 75 il rejoint son pote Jo Bonnel à l’AS Béziers. « J’avais 30 ans, je me suis dit on va se rapprocher de Marseille car toute la famille de ma femme est là bas, et surtout il y a le soleil ! » Avec sa femme ils s’installent à Néfies, montent les magasins de prêt a porter « Campus » et « Maya », rue de la Citadelle. Niveau football, « l’ASB avait une bonne petite équipe, qui se maintenait toujours ». Malheureusement l’attaquant se blesse au genou à mi-saison et arrête sa carrière fin 76. Son petit frère, Martin, prend la relève jusqu’aux début des années 80. « Maya aurait du faire encore mieux, une carrière exceptionnelle, avec plus de volonté et de sérieux », déclare Jo Bonnel. A l’OM, les joueurs rentrait dans le stade en passant automatiquement dans le bureau du coach où ils étaient pesé. Et Maya en a passé du temps au sauna l’après-midi!» La faute à Magnusson « qui nous demandait tout le temps de sortir en boîte après les matchs. Il aimait la bière et nous le wisky… » essaie de justifier le Camerounais.

Une carrière amateur d’entraîneur bien remplie

On prête un après-foot est moins reluisant au colosse qui avait une sacrée tendance à l’embonpoint. Il vend un magasin pour acheter un Bar, hôtel, restaurant à Puisserguier. « J’avais grossi, j’étais énorme, énorme ! » Maya commence à avoir des problèmes de santé et le docteur lui dit d’y aller molo. Il met alors son café en gérance avant de le louer au Crédit Agricole qui a tout remis à neuf. « Il y est encore, c’était un bon placement. Certaines personnes pensent que Maya il est à la rue complet, Maya c’est un petit escroc, un petit bandit qui fabriquait de la monnaie, ceci, cela. Il faut les laisser dire, c’est leur problème. Je n’ai jamais fait ce qu’ils disent. » Dès la fin de sa carrière, le Camerounais passe aussi son diplôme d’état comme moniteur de foot et entraîne Roujan en DHR. « Le foot m’a tout apporté, je pensais le redonner aux jeunes ». Le club monte en DH mais il préfère se consacrer à ses affaires sur Béziers. Jusqu’à ce qu’un jour de 95, Driss El Ayyath, qu’il croise au café, lui propose d’entraîner Saint-Chinian. Maya les aide à monter de la 1er division de district à la DHR, Driss prenant alors le relais jusqu’au CFA2 avec Maya à la tête de la réserve Saint-Chinianaise. S’en suit une année sabbatique et une autre à coacher Montagnac où jouait mon gendre. « A la demande de Gérard Rocquet, le président de Saint-Chinian, j’ai fini aux Cheminots en prévision de la fusion qui devait avoir lieu deux ans plus tard avec le Béziers FC . Quand j’ai vu la merde que la fusion foutait j’ai dit stop. Le foot j’en ai marre, à un moment il faut raccrocher. C’était ma passion, aux Cheminots ils m’ont privé de cette passion. Je me rattrape avec mon petit fils Anthony qui joue à Montagnac et que je suis partout. Ça me suffit». Pépé a déjà demandé à l’OM qu’on le prenne en préformation. Mais Anthony est comme tous les africains, « linfatigue », selon les dires de son grand-père : comme s’il dormait tout le temps et qu’il fallait toujours le réveiller. « Moi, quand l’entraîneur expliquait quelque chose au tableau, j’étais toujours dans les nuages, ailleurs, je pensais aux copines… Mon petit fils est pareil mais je sais qu’il y arrivera et avant de quitter ce monde j’aimerais le voir jouer en pro (ses yeux et ses bras montent au ciel). Je serais l’homme le plus heureux du monde, mon parcours ne compterais même pas ». Et Maya semble reparti dans ses rêves…

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