Le plus beau sourire du football français

Nicolas Deltort (Footnostalgie, janvier 2007)

Marius Trésor au stade des Costiaires

Marius Trésor au stade des Costiaires de Nîmes (photo N. Deltort)

Marius Trésor a enchanté la jeunesse de beaucoup d’entre nous. On se rappelle sa présence physique, son jeu de tête et ses montées ballon au pied. Il représentait le talent, le panache et la joie de vivre ! Son sourire est tout aussi légendaire que ses tacles glissés et le terme  » tour de contrôle  » est intimement lié au fabuleux défenseur central qu’il était. Avec ses 65 capes en équipe de France de 1971 à 1983, il fut le premier joueur de l’aire moderne du football à battre le record de sélections. Et c’est certainement sous le maillot frappé du coq, plutôt que sous ceux d’Ajaccio, Marseille ou de Bordeaux, qu’on se souvient le plus du « Grand Marius ». Sa reprise de volée en demi-finale de Coupe du Monde face à l’Allemagne, ou sa tête victorieuse au Maracaña , en terres brésilienne, sont à jamais gravés dans nos mémoires et dans la légende du football français. C’est en toute logique qu’il figure dans la liste de la FIFA des 100 meilleurs joueurs du siècle dernier.

Marius, tout d’abord que devenez-vous ?
Je m’occupe actuellement de la réserve des Girondins de Bordeaux avec Patrick Battiston. L’équipe est très jeune puisque le joueur le plus vieux a vingt ans et nous jouons en CFA. Par ailleurs je suis consultant sur la chaîne W9 pour qui je commente tous les matches de L1 des Girondins dans les conditions du direct. Comme une autre chaîne a les droits de retransmission, le match est diffusé après minuit les soirs de championnat. J’anime aussi l’émission 100% Girondins avec le jeune journaliste David Madêge qui consiste à montrer une heure du match puis une heure de magazine autours des Girondins.

Comment cela se passe t’il avec l’équipe réserve ?
Les jeunes c’est mon quotidien, l’émission ce n’est que le samedi. Avec Patrick nous essayons de leur donner les meilleurs conseils possibles afin de faire en sorte que quelques uns arrivent professionnel et que le club n’ait pas à acheter ailleurs. Nous sommes passés par là, étant des garçons d’expérience nous essayons de la leur transmettre. On ne détient pas les clés, mais on leur donne la base et il y a la qualité chez eux, c’est certain, mais il faut qu’ils fassent les efforts pour avoir la chance de côtoyer un milieu qui nous a beaucoup apporté.

Ont t’ils conscience qu’ils sont entraînés par deux légendes du football français ?
La majorité d’entre eux, ils n’étaient pas nés quand j’ai arrêté ma carrière. Pour Patrick c’est différent puisqu’il a finit plus tard. Alors les brides qu’ils savent de Marius c’est à travers les parents ou les gens qui parlent de nous. Ils voient aussi certains matches légendaires sur la chaîne ESPN Classics et ils viennent alors nous dire  » ah coach on vous a vu à la télé !  »

Le contact avec l’entraîneur des pros, Ricardo, est-il bon ?
Ah oui, oui, de ce côté-là il n’y a pas de problème. On s’entraîne au même endroit et certains de nos jeunes vont régulièrement prêter main forte quand Ricardo en a besoin pour certains exercices. Puis en tant qu’anciens défenseurs c’est normal que cela passe bien. Lui, son assistant Patrick Colleter, moi et Patrick Battiston cela fait quatre !

Mis à part les Girondins quelles sont vos occupations ?

Je dirais que j’ai toujours aimé le cinéma et quand j’ai la possibilité je vais voir un bon film ou désormais avec les dvd on a le choix. Le dernier bon film que j’ai vu c’était  » Inside Man  » avec Denzel Washington.

Et le dernier bon match ?

Le dernier des Girondins à Paris, car cela faisait longtemps que nous ne gagnions plus à l’extérieur. L’équipe a bien géré le match et c’est encourageant.

Marius, et si nous revenions sur votre formidable carrière de joueur ?
Ok, bien sûr

Vous avez débuté en France à Ajaccio. Ce club vous ait contacté par lettre ce qui de nos jours parait irréel…
Effectivement le club m’envoya une première lettre en octobre 1968 et jusqu’à ce que je dise oui en Juillet 1969, ils m’écrivirent assidûment en Guadeloupe en insistant sur le fait qu’ils aimeraient bien m’avoir dans leur effectif. Après discussion avec la famille j’ai accepté.

Qui vous avait repéré ?
Personne, en fait. A la Ligue il y avait un garçon à l’époque qui recevait le journal France Antilles et dès qu’il voyait un nom qui revenait souvent, il envoyé des photocopies aux clubs. Comme j’avais marqué pas mal de buts avec mon club de la Juventus Saint Anne et que Ajaccio cherchait un attaquant, c’est comme ça que tout a démarré.

Ce n’était pas stressant pour un jeune Guadeloupéen de venir rejoindre la France ?
Bien sûr que si ! Je n’avais jamais quitté l’île, et c’était partir à l’aventure. Surtout que je décolle le 16 septembre en sachant que le 10 octobre j’aurais du commencer un stage qui m’aurait permis de devenir Educateur sportif et d’assurer mon avenir. Je ne regrette pas car cela a très bien marché pour moi. Mais en partant je pouvais aller au casse pipe. J’ai eu la chance d’être tombé dans un petit club comme Ajaccio où l’effectif n’était pas conséquent et où les garçons ressortant un peu du lot étaient mis en avant.

Mis à part les connaisseurs, peu de gens doivent se douter que vous étiez venu pour jouer avant centre…C’est vrai que j’étais venu pour jouer devant mais cela n’a pas duré, juste un mois et demi puis je me suis alors entraîné en défense. Au bout de deux mois, Albert Muro m’appelait pour jouer en D1 à ce poste. Si j’étais resté attaquant il se peut que jamais on n’ait entendu parlé de Marius Trésor !

Marius, avec un tel prénom vous vous deviez de signer à Marseille après Ajaccio?
Ça on me l’a dit plusieurs fois que je ne pouvais signer que là bas. Après trois saisons en Corse j’ai donc signé à l’OM en 1972. Mais si Marseille avait fait un bon match contre la Juve en Coupe d’Europe au lieu de perdre 3-0 cette année là, jamais je n’aurais signé selon les journalistes marseillais. A l’époque ils avaient un poids considérable au sein du club. Ils trouvaient alors l’équipe trop vieillissante et ils ont fait le forcing pour recruter deux jeunes qui étaient alors sur le carreau : moi qui voulait quitter Ajaccio et Salif Keita qui voulait partir à tout prix de St-Etienne. Nice était aussi sur le coup et j’aurais bien aimé y aller. Ce qui a fait pencher la balance en fait, c’est que les Azuréens n’avaient pas assez de joueurs dans leur effectif pour faire faire le chemin inverse à certains vers Ajaccio, qui avait un cruel besoin de joueurs supplémentaires. Marseille si. Au final ce n’est peut être pas la meilleure chose que j’ai faite.

Vous arriviez pourtant dans une équipe phocéenne qui venait de réaliser le doublé et regorgeant de grands noms…
Oui mais le problème qu’a rencontré l’OM cette année là, a été le cas des trois étrangers de l’effectif : Magnusson, Skoblar et Keita. Ce dernier était venu en disant au club qu’il était d’accord pour être assimilé avec une licence française puisqu’il venait d’une ancienne colonie je crois. Si Salif avait pu jouer sous licence française, le championnat ce serait passé sans problème. Mais au dernier moment il a changé d’avis. Cela a crée un mauvais climat entre les trois étrangers, les supporters en ont voulu à Salif et tout cela a crée des problèmes. Les résultats étaient moins bons et cela a été la dégringolade. Nous finissons 3e alors que nous avions l’effectif pour finir 1er.

Il y a aussi eu des stars annoncées et qui n’ont rien fait comme Beto Alonso, star historique de River Plate encore aujourd’hui…Lui ce fut un fiasco total. Il arrivait avec la réputation d’un joueur extraordinaire et elle fut peut être un peu trop lourde à supporter. Il n’a jamais vraiment montré de belles choses et ce fut ce qu’on appelle un météorite du football car je ne crois pas qu’on ait beaucoup entendu parler de lui-même à son retour en Argentine.

La passion des supporters marseillais était elle aussi communicative dans ces années 70 que lors des heures de gloire plus tardives ?
Mais cela a toujours été la ferveur là bas, elle n’a jamais disparue ! C’est un endroit où le foot passe avant beaucoup de chose. Quand on parle de Marseille, c’est d’abord l’OM puis le Ricard (rires) !

C’est d’ailleurs chez Ricard que vous avez travaillé un moment juste après la fin de votre carrière en 1984, non ?
Oui j’étais animateur commercial pendant trois mois chez eux et j’aurais pu continuer car c’est une maison sérieuse avec des possibilités de reconversion. Mais à l’époque c’était plus le fait que j’avais besoin de m’éloigner du Haillan afin de ne pas voir mes anciens coéquipiers s’entraîner et de ne pas souffrir de ne plus pouvoir jouer. Cette fin de carrière arrivait après ma 3e opération du dos. Je voulais me changer les idées mais je suis vite revenu dans le milieu du foot qui m’avait vite manqué.

Vous êtes resté huit ans à Marseille malgré certains problèmes et des résultats décevants à part la victoire en coupe de France en 1976…Oui car personnellement j’étais très bien à Marseille, je n’ai jamais voulu voir ailleurs, peut être à tort. J’avais mon confort et la ville de Marseille est quand même extraordinaire. Mon départ en 1980 est un concours de circonstances ou plutôt le fait que je n’ai pas pu m’entendre avec les dirigeants car même en D2 je serais resté. J’ai quand même eu la chance de jouer avec de grands joueurs comme Magnusson et Skoblar mais aussi Paulo César et Jairzinho, les brésiliens champions du monde au Mexique en 1970. Nous avions le potentiel pour faire beaucoup mieux durant ces huit ans.

Parlez nous un peu de Paulo César et Jairzinho…C’était magique. Avoir connu ces garçons, pour nous c’est fantastique. Paulo, en trois mois, il parlait déjà presque couramment le français et il s’est vite adapté à la ville de Marseille. Les moments passés avec lui, on n’est pas prêt de les oublier. Il mettait l’ambiance, il rigolait, il prenait la vie du bon côté quoi.

1979/80, votre dernière année à l’OM, est celle de la descente en D2. C’est certainement la meilleure équipe sur le papier dans l’histoire du championnat à être descendue. Qu’est-ce qui a cloché ?
C’est vrai que nous étions quand même six internationaux français dont Didier Six, Marc Berdoll, Victor Zvunka etc…plus les internationaux tunisien, Tenim et le suédois Linderoth dont le fils joue actuellement avec la sélection suédoise. Il faut savoir que cette année là, un nouveau président arrivait au club, monsieur Carlini qui avait des agences de voyages…Alors c’est du n’importe quoi qui a été fait. Le directeur sportif nommé a plus réglé ses comptes qu’autre chose, en virant Jules Zvunka notamment. Linderoth et Tenim ne furent pas conservé et à partir de là nous avions peu de chance de nous en sortir. Car quand cela se présente comme cela, beaucoup de choses font que le poteau sortant est en fait un poteau rentrant, que des bêtises sont faites, que des matches que l’on devait gagner et bien au final on les perd.

Cela a du être un regret de partir sur cet échec, non ?
Ah mais bien sûr ! On n’est jamais content de finir comme ça dans un club. Surtout à l’OM où l’on savait ce que cela représentait pour les supporters. Les joueurs peuvent voguer vers d’autres horizons mais le supporter il reste là ! L’OM est quand même resté quatre ans en D2 et cela n’a pas été si facile. Etre parti de cette façon est quelque chose que l’on traîne comme un boulet jusqu’à sa fin de carrière.

Est-il vrai aussi que peut de temps avant la fin de votre contrat avec Marseille, vous auriez du partir au Bayern Munich ?
C’est vrai. En Octobre/ Novembre 79 le Bayern s’est mis sur les rangs. Avec mon agent de l’époque nous sommes montés en Allemagne avec l’accord de l’OM afin de passer les tests médicaux. Tout était impeccable et au niveau pécuniaire nous étions d’accord avec le Bayern. Mais plus que les dirigeants, ce fut le directeur sportif en place qui fit capoter l’affaire en demandant une somme exorbitante alors qu’il me restait juste six mois avec l’OM. Je ne sais pas pourquoi.

Finalement, vous atterrissez aux Girondins de Bordeaux pour la saison 80/81…Oui, c’est Claude Bez qui est rentré en contact avec moi après avoir appris, je ne sais pas comment, que les choses n’allaient pas trop entre les dirigeant marseillais et moi. J’avais encore des propositions de l’étranger, notamment en Angleterre de Nottingham Forrest et aussi du Brésil. Mais j’avais trente ans, à l’horizon il y avait la coupe du monde en Espagne et ne sachant jamais ce qui pouvait se passer, j’ai préféré rester en France. Parfois, en étant loin du foot français on pouvait être oublié. En signant à Bordeaux c’était tout le contraire car je me retrouvais aussi en pays de connaissance avec Lacombe, Giresse, Gemrich et Soler que je connaissais de la sélection en plus de Jean Fernandez qui la même année signa en provenance de l’OM comme moi, ainsi que Bracci que nous avions connu à Marseille. Claude Bez voulait aussi que je rencontre Mémé Jacquet, qui arrivait cette année là à la tête de l’équipe. Je suis donc monté à Lyon pour le voir et nous somme bien tombé d’accord sur mon poste et mon rôle à jouer aux Girondins.

C’était le début d’une belle période pour Bordeaux, quelles ont été les raisons majeures de ce succès ?
Le club a fait en sorte d’avoir une équipe, car comme nous l’avons vu avec l’OM, les noms n’ont pas suffit à empêcher une descente. Quand je suis arrivé, la mayonnaise a pris de suite entre les anciens et les nouveaux. Et en plus il y avait comme entraîneur un garçon nommé Aimé Jacquet et à la vison du football extraordinaire. Les bons résultats d’entrée ont permis au club de jouer les premiers rôles et tout est devenu plus facile pour la suite.

Vous finissez votre carrière en 1984 sur un titre de champion avec ce club, l’unique d’une longue et belle carrière…Oui c’était bien de terminer ainsi, même si j’aurais aimé faire plus de matches et participer à 100% à ce titre. Le duel avait été beau et serré avec l’AS Monaco. Mais j’ai été pas mal blessé au cours de cette saison là.

Beaucoup a été dit sur Claude Bez, le président des Girondins de l’époque. Que pensiez vous du personnage ?
(Articulant et séparant excessivement ses mots) J’ai rarement rencontré un président avec autant de personnalité et en plus qui respectait la parole donnée. C’était un Monsieur, bien qu’il ait été décrié. Je crois que vis-à-vis de leurs joueurs, si tous les présidents de club pouvaient avoir la même collaboration et la même façon de faire que lui il avait, il y aurait beaucoup moins de problèmes dans le football.

Parlons de Marius Trésor en équipe de France ! En arrivant à Ajaccio en 69, imaginiez-vous débuter avec les Bleus en 71 ?
Jamais je n’aurais imaginé une telle ascension et en si peu de temps. Déjà après deux mois en Corse j’intégrais l’équipe de D1 puis après deux ans je commence en Espoirs avec qui je joue trois matches me propulsant en  » A  » le 4 décembre 71. Tout ce passait très vite, j’étais là à côtoyer des garçons que j’avais vu avant dans les magazines. Je me disais  » Mais ce n’est pas possible ce qui m’arrive  » et aussi que ce n’était qu’un début et que si je voulais que cela se passe bien, il fallait que j’apprenne et que je fasse le plus d’efforts possible.

Comment se passèrent vos débuts ?
J’ai d’abord débuté arrière gauche lors de ma première sélection puis arrière droit pour mon second match à un poste que je ne connaissais pas et pour remplacer le capitaine d’alors, Jean Djorkaeff. Celui-ci avait été super en me conseillant, me disant que ce n’était pas la peine de me mettre martel en tête et de jouer comme je savais le faire. Je n’ai pas du mal me débrouiller car la sélection suivante j’ai été rappelé et cela a été le début d’une grande aventure avec les Bleus (rires).

Est-il vrai qu’à votre arrivé en équipe de France vous aviez vouvoyé les joueurs ?
Mais bien sur ! Peut être que cela ne se fait plus mais quand tu rentrais dans une équipe comme cela, tu disais  » Bonjour Monsieur  » aux gars qui faisaient partis des meubles et c’était normal.

En Bleu vous avez fait parti de la fameuse  » garde noire  » avec Jean Pierre Adams. Le surnom en disait long sur l’efficacité du duo…Nous étions allé faire un match en Pologne en 1974 face à leur belle équipe nationale de l’époque que nous avons battu 2-0. Et en conférence de presse, c’est notre sélectionneur Stefan Kovacs qui a dit  » si la défense française a été si solide, c’est grâce à ma garde noire « . Je suis arrivé deux matches avant Jean Pierre en équipe de France et nous nous sommes donc côtoyé pendant un moment en sélection à partir de 1972. Kovacs qui avait pris l’équipe en 72/73 nous a associé après deux ou trois matches. Notre premier match ensemble fut à Gelsenkirchen en Octobre 1973 quand on perd 2-1 face à l’Allemagne. C’était aussi mon premier but avec les bleus et c’est Jean Pierre qui en me voyant monter avec le ballon me dit de frapper ! J’ai alors tenté ma chance et le ballon ricoche sur le dos de Beckenbauer et prend à contre pied Sepp Maier. Avec Jean Pierre, nous avons joué ensemble jusqu’au match Danemark France (1-1) de 1976.

Vous entendiez vous aussi bien dans la vie que sur le terrain ?
Ah oui. La première fois que nous nous sommes rencontré c’était lors d’un Ajaccio/ Nîmes. Mon N°10 était marqué par leur N°6 qui fut à un moment très vigoureux sur lui. Mon N°10 me dit alors  » Chope le  » et avec Jean Pierre on se regarde en se disant  » Entre nous on ne mange pas de ce pain là « . On s’est retrouvé à la fin du match à une réception organisée par la mairie d’Ajaccio pour discuter et sympathiser.

La belle aventure en Bleu a vraiment commencé en 1976, avec le groupe que l’on appelait la bande à Platini…Oui. Kovacs avait arrêté et Michel Hidalgo, qui était son adjoint comme déjà sous Georges Boulogne auparavant, a pris normalement la succession comme sélectionneur. Il m’a nommé capitaine pour le match en Bulgarie lors des qualifications au Mundial 78. En Michel je ne voyais pas le sélectionneur mais la personne ayant partagé pendant quatre ans avec moi la vie de cette équipe de France. C’était beaucoup plus un ami qu’un sélectionneur et c’était réciproque. C’était bien sûr aussi l’arrivé de Michel Platini et de Maxime Bossis qui ont apporté qualité et rajeunissement. Car je faisais déjà parti des vieux !

Et tout cela a contribué à ce que la France se qualifie pour la Coupe du Monde 78…
La qualification a été un moment magique. Surtout par rapport au parcours que nous avions fait comme avec ce match en Bulgarie où on doit gagner cent fois si on a un arbitre honnête… Vous voyez, déjà à l’époque on parlait des arbitres!

La qualification se joua face à cette même Bulgarie dans un match qui est peut être le plus important de l’histoire du foot français, non ?
Le plus important, je ne pense pas. France-Brésil de 1998 est le plus important. Je dirais que cette victoire 3-1 face à la Bulgarie a permis au football français de se retrouver à nouveau confronté au gotha du football mondial car il avait été absent des phases finales internationales depuis la Coupe du Monde 66 en Angleterre. Pour cela il nous fallait gagner à tout prix.

C’est vous qui êtes à l’origine du premier but de Rocheteau, racontez nous…
J’étais monté sur un corner et j’ai remis le ballon sur Dominique avec la complicité d’un défenseur adverse. Mais pour nous, le principal c’était que le ballon rentre et que l’équipe de France se déride en ouvrant le score, peut importe qui poussait le ballon dans les filets. Quand les Bulgares reviennent à 2-1 nous avons un peu tremblé, puis notre troisième but devient anecdotique. Quelle ambiance ! Il n’y avait rien à redire là dessus. On avait toute la France derrière nous et nous avons fait en sorte de ne pas décevoir les amoureux du football. Le fait d’avoir fait parti des joueurs de cette équipe est un moment qu’on n’oublie pas.

C’est environ à cette époque que vous avez enregistré la fameuse chanson,  » Sacré Marius « . C’est après un repas en Guadeloupe trop arrosé au rhum que vous avez accepté ?!
(rires) Ce n’est pas moi personnellement qui ait voulu la faire. L’équipe de France venait de se qualifier pour le Mundial et en compagnie de Julien Clerc, je venais de participer à l’émission Le Grand Echiquier de Jacques Chancel. Quand je suis rentré sur Marseille, les gens me disaient  » ah Marius on t’as vu à la télé  » et ils ont commencé à dire  » pourquoi on ne ferait pas une chanson ? « . L’idée a germé et cela s’est fait sous le signe de la déconnade.

On vous a chambré sur le terrain à propos de ce disque ?
Non jamais sur le terrain. Mais quand il y avait une fête ou le mariage d’un joueur, on me le passait !

Vous la chantez toujours de temps en temps ?
Nooon, non, non.

Quelques mois avant le fameux France Bulgarie dont nous avons parlé, il y avait aussi eu cette mini tournée en Amérique du Sud qui vous avait conforté sur votre valeur et qui avait un peu tracé la voix, non ?
On a beaucoup parlé du match au Maracaña contre le Brésil mais il faut aussi se rappeler que trois jours avant nous avions fait un super match nul (0-0) contre l’Argentine au stade de Boca Juniors. C’était une équipe d’Argentine comme nous l’avons toujours connue, très technique. Mais elle avait aussi gagné en physique. Giresse peut vous en parler puisqu’il s’était fait sécher très rigoureusement et avec une cheville en l’air, il n’a pas pu jouer au Brésil. L’Argentine préparait cette coupe du monde qu’elle allait organiser un an plus tard, ils ne voulaient pas passer à côté et ils voulaient intimider leurs futurs adversaires. Au niveau ambiance ils étaient aussi déjà dans la coupe du monde, on voyait à peine les lignes de délimitation du terrain tellement il y avait de leurs petit papiers carrés qu’ils jetaient.

Votre but égalisateur au Maracaña fait partie du mythe Marius Trésor. Est-il vrai que vous étiez autant content d’égaliser que de battre en duel le défenseur Luis Perreira que vous appréciez ?
Oui effectivement. Luis Perreira était le libero de la Seleção et de l’Atletico Madrid. J’admirais ce garçon qui était un joueur avec beaucoup de prestance et en imposant sur le terrain. C’était aussi le fait de marquer face au Brésil, que j’ai toujours adoré étant des Antilles, et celui d’avoir obtenu un résultat pour la première fois face à ce pays et dans ce stade.

Le match des Bleus avait reçu les éloges des médias mais aussi des supporters, comment était l’ambiance dans le stade ?
En fait, en première mi-temps le Brésil avait été conquérant et nous, un peu timides. Ils menaient 2-0 avec ce public qui, pendant tout le match, ne cessait de chanter et de danser la samba. Cette ambiance nous a donné l’envie de se surpasser et le premier but de Didier Six a été le déclic. On a senti qu’on jouait très bien et qu’on faisait jeu égal avec eux ou même mieux. Ce qui n’était pas rien ! En plus, le public était en train de tourner en notre faveur et à partir de là, quand on égalise, il n’y a pratiquement pas eu de sifflet mais que des applaudissements pour nous. C’était extraordinaire !

Au final de cette tournée vous arrachez deux bons matches nuls en trois jours…Oui et face à deux des meilleures nations. Cela ne pouvait que conforter le football français dans la voie qu’il était en train de se tracer, c’est-à-dire celle de contrarier le jeu des grandes nations.

Cette Coupe du Monde en Argentine, beaucoup voulaient que vous la boycottiez du fait que le régime de dictature en place dans ce pays était supposé accomplir des atrocités…C’est vrai. On en avait déjà parlé entre nous. Mais vous savez, personnellement en tant que footballeur j’ai toujours essayé d’occulter le côté politique des choses. Mais pour beaucoup c’était l’occasion de taper du poing sur la table par rapport à ce qui se passait là bas. Mais quand on ne connaît pas vraiment la véracité des faits, on est mal placé pour prendre une telle décision. Nous avions aussi cravaché pour y arriver à cette Coupe du Monde et on a surtout fait que le football reste un jeu et pas un instrument politique, ce que Armistice International voulait faire.

Vous sortez au premier tour de cette Coupe du Monde sans pourtant démériter…Quand vous vous retrouvez dans le groupe de la Hongrie qui n’était pas rien, de l’Italie une grosse cylindrée, et du pays organisateur…Nous avions bien entamé avec ce but le plus rapide de l’histoire de Bernard Lacombe face à l’Italie. Et nous n’avons pas démérité effectivement, alors tu te dis pour une première, c’est bien. Mais la préparation a été perturbée. Nous étions concentrés au même endroit que l’Italie. On ne sait pas pourquoi ! Nous n’étions donc pas en toute tranquillité. Eux pouvaient voir que certains de nos joueurs n’étaient pas prêts. Comme moi qui cravachais une semaine avant le début pour récupérer d’un claquage subit avant la compétition. Les Italiens étaient au courant de tout cela. C’est quelque chose qui paraîtrait irréel aujourd’hui.

Jouer le pays organisateur n’était pas une mince affaire…Oui c’est sûr mais nous avons aussi la malchance contre nous de jouer une Argentine bien aidée par des arbitres Suisses avant la mi-temps. Je tacle l’argentin Luque, qui se loupe complètement et son ballon va sur ma main qui était à terre. C’est penalty… J’aurais compris s’il y avait eu des adversaires derrière moi, mais là c’était des coéquipiers français ! Malheureusement on était en Argentine et c’est l’arbitre de touche qui donne penalty, car celui du centre avait signalé un corner. A 1-0 à la mi-temps ce n’est pas pareil. Au retour des vestiaires nous sommes quand même revenus avec des prétentions et nous avons bousculé ces Argentins en revenant à 1-1 puis avec Didier Six qui loupe le 2-1 seul devant le gardien. C’est dommage car cela n’aurait plus été le même match s’il avait marqué.

Pour vous l’Argentine était réellement avantagé par les arbitres durant cette coupe du monde comme il est souvent sous-entendu ?
Cela se sentait bien sûr. Pour leur rencontre décisive face au Pérou, ils jouent bien après le Brésil avec qui ils étaient à la lutte pour une place en finale et connaissant ainsi leur résultat et le nombre de buts qu’il fallait qu’ils marquent…Sachant que le gardien péruvien était un ancien argentin naturalisé et au vu du résultat final tout était fait pour que l’Argentine gagne.

Finalement, l’aventure du Mundial se termine par ce denier match sans enjeu à Mar del Plata contre la Hongrie. Mais le coup des maillots à rayures vertes et blanches portés par les Bleus valait le détour !
C’est l’intendance de l’équipe de France qui avait oublié à Buenos Aires les maillots de la couleur qu’il fallait. Nous avions avec nous des blancs comme la Hongrie et comme cela était à nous de changer, nous avons du récupérer les maillots d’une équipe de juniors de la ville. Le match a débuté avec beaucoup de retard et comme il était en Eurovision cela avait coûté bonbon à la France ! Tous les programmes avaient été bouleversés et cela n’était pas passé inaperçu…

Avez-vous gardé ce maillot si particulier ?
Non, non, nous les avions remis à ces Juniors à la fin du match !

Vous disputez une autre Coupe du Monde, quatre ans plus tard en Espagne, mais avec un destin bien différent cette fois-ci…Quand on pense à cette coupe du monde, c’est la demi-finale de Séville face à l’Allemagne qui revient toujours dans les mémoires. C’est vrai que l’aventure en elle-même était extraordinaire. Après notre premier match et la défaite 3-1 face à l’Angleterre, personne ne nous voyait aller si loin. C’était quand même une réussite. Mais je dirais que ce match de Séville restera toujours le pire souvenir de presque toute cette génération.

Certains joueurs avaient la trouille avant ce match, non ?
Mais ce n’était pas que pour ce match ! Moi avant chaque rencontre j’avais la trouille. Mes amis me demandaient comment je faisais pour paraître si serein et être aussi relax. Ce n’était qu’une apparence car tant que je n’avais pas touché mon premier ballon je n’étais pas serein. Là pour ce match, l’équipe de France n’était pas favorite et les Allemands l’ont démontré en début du match en étant bien au dessus de nous. Et c’est vrai que j’avais peur de cette équipe car elle comptait beaucoup de garçons impressionnants comme Hrubesh et ses 1,94m, Breitner, les Forster, le décathlonien Briegel comme on l’appelait, Fisher, Kaltz…C’est vrai j’avais la trouille. Il aura fallu qu’ils ouvrent le score pour que nous on se libère.

Finalement vous réalisez un superbe match, avec votre but dans les prolongations à jamais gravé dans la mémoire des amoureux du football. Vous étiez si proche de la finale…Quel sentiment ressurgit en vous en y repensant ?
Quand on a la chance de mener 3-1 en prolongation et que l’on perd…Certains joueurs on eut la chance de disputer un autre mondial après cela, même s’ils ont connu la même désillusion en demi finale. Mais moi, en 1982 et à 32 ans je savais que c’était une occasion extraordinaire qui ne se représenterait plus. La déception était d’autant plus grande quand on voit ce qui s’est passé durant le match. Si nous perdons, la raison est simple : l’arbitre. Je n’ai pas compris que ce soit un hollandais désigné alors que nous avions éliminé les Pays Bas lors des qualifications pour cette coupe du monde et alors qu’il y avait aussi un Portugais disponible. Quand les Allemands reviennent au score en prolongation, il y a une première faute sur Platini et une seconde sur Giresse que tout le monde voit sauf l’arbitre. Si l’action de Schumacher sur Patrick Battiston se passe aujourd’hui, il est expulsé. Cela n’était pas pour nous ce jour là, c’est tout. Et tu te dis que la chance n’était pas de notre côté non plus car si le tir d’Amoros avant la fin du temps règlementaire rentre au lieu de toucher la transversale, nous n’aurions pas parlé du but de Marius Trésor en prolongation.

A 3-1 pour vous en prolongation, l’erreur a quand même été de continuer à attaquer non ?
Le banc des remplaçants nous poussait à aller de l’avant c’est vrai, et l’erreur à été de ne pas mettre le pied sur le ballon en se disant que trois jours après il y avait une finale à jouer. Nous avons continué d’attaquer pour essayer de leur mettre la pâté car pour une fois qu’on les tenait ces Allemands !

Est-il vrai qu’après le match, à l’aéroport, vous voyez ce fameux arbitre en train de rigoler avec les Allemands ?
Oui, nous ne comprenions pas de quoi il parlait. Ça la foutait mal. Nous avions été obligés de retenir Jean Tigana qui voulait aller lui casser la gueule !

Avec Patrick Battiston vous arrive t-il de reparler de ce match ?
Quasiment pas, seulement quand les gens nous en parle.

L’allemand Manfred Kaltz joua quelques années plus tard au sein des Girondins, avez-vous reparlé de Séville avec lui par contre ?
C’est vrai, il a joué une saison ici en 89. Evidement nous en avons reparlé. A l’arrivée, même si nous n’avions pas forcément voulu en reparler les journalistes s’en sont chargé !

Et les médias étrangers vous sollicitent-ils toujours ?Oui car vous savez quand vous restez dans le milieu vous êtes souvent sollicité. Avant la coupe du monde en Allemagne, une télé allemande voulait venir nous voir à Bordeaux, Patrick et moi, pour évoquer Séville. Finalement nous avons répondu par la négative car tout cela est bien lointain et une époque révolue. Ce n’est pas la peine de ressasser le passer.

Vous avez été le premier recordman de l’ère moderne du nombre de sélections en équipe de France avec soixante cinq capes. Cela avait-il été important pour vous ?
Vous savez, c’était simplement honorifique. Cela fait plaisir sur le coup car le record de Roger Marche durait depuis longtemps, et comme j’étais le premier à le battre, les gens en ont parlé. Mais on sait pertinemment que cela ne va pas durer et assez vite Maxime Bossis l’a battu. Puis quand on voit aujourd’hui Lilian Thuram, ce record parait dérisoire.

A l’occasion de ce record vous aviez sorti une ligne de vêtement de sport, non ?
Oui, son nom était MT65 et j’avais crée cela avec des gens de Bordeaux. Au départ cela avait bien pris et pas mal de clubs dont certains de D2 avaient adopté l’équipement. Mais les gestionnaires ont confondu chiffre d’affaire et bénéfices donc cela n’a pas duré…

Quelque chose qui ne vous sera jamais enlevé est votre place dans les cent joueurs du siècle de la FIFA. Vous êtes d’ailleurs le seul défenseur français de votre époque…
Oui mais c’est mon pote à moi qui a fait la sélection (rires) !

Vous voulez dire Pelé ?
Oui. C’est un garçon que j’ai rencontré pour la première fois au Japon et le courant était de suite bien passé. Il y a entre nous un respect mutuel. Je l’ai toujours adoré et il m’a donné l’envie d’aimer le foot. En plus, en 1978, on lui avait demandé qui était le meilleur joueur français du moment et il avait répondu  » Marius Trésor « . On ne pouvait qu’être amis (rires) !

Quel serait votre onze idéal des joueurs ayant joué à vos côtés durant vos 65 sélections ?
(il réfléchit)…Gardien : Carnus. Arrière droit : Patrick Battiston. Arrière gauche : Maxime Bossis. Ah mais moi je ne me mets pas dans l’équipe !

Si si…Bon, Marius Trésor et Jean Pierre Adams dans l’axe alors. Récupérateurs : Jean Tigana et René Girard. Milieux offensifs : Giresse et Platini. Attaquants : Lacombe et Rocheteau.

Qu’est-ce qui vous a marqué chez les différents entraîneurs avec qui vous avez travaillé ?
Je dirais qu’avec pratiquement chacun d’entre eux j’ai essayé d’apprendre. J’ai eu des difficultés et cela n’a pas toujours été facile mais j’ai adoré travailler avec Jules Zvunka à l’OM comme j’ai adoré le tandem Hidalgo/ Marc Bourrier en équipe de France. J’ai aussi aimé le garçon qui a déridé le football français de part son approche du football, Stefan Kovacs. Quand il est arrivé on avait toujours un peu peur avant les matches. Je me rappellerai toujours le match en Allemagne que l’on perd 2-1 en 1972. Il y avait les frères Kramer, l’un ailier gauche et l’autre sur l’aile droite. C’était la première sélection de Dario Grava comme arrière gauche chez les Bleus et il devait être au marquage du fameux Kramer, celui sur l’aile gauche et qui était en forme extraordinaire. A l’époque on ne jurait que par lui. Stefan Kovacs a pris Dario avant le match seul dans sa chambre, et quand ce dernier en est ressorti, il semblait un autre homme ! On ne sait pas ce qui c’était dit mais finalement, le Kramer on ne l’a pas vu du match. Avant Kovacs quand on partait jouer, c’était surtout pour ne pas perdre. Avec lui, on n’appréhendait plus les choses de la même façon. Puis je n’oublierai pas Aimé Jacquet que j’ai côtoyé quatre ans à Bordeaux. Comme je vous l’avait dit c’était un entraîneur à la vision extraordinaire.

Vous n’avez jamais voulu entraîner au plus au niveau vous-même ?
Non, non, non. J’avais un peu été dégoûté de ce que j’avais vu en tant que joueur et peut être aussi que je n’en avais pas l’âme. Quand j’entends parfois quelqu’un parler d’un  » grand entraîneur  » cela me fait sourire car je sais par expérience que celui-ci est à la merci du groupe qu’il a sous la main. Si le courant passe, il n’y a pas de problème et les résultats suivent. Si par malheur c’est l’inverse, et que cela est le cas avec des joueurs d’influence au sein du groupe, on peut me dire ce que l’on veut mais l’entraîneur ne peut pas réussir. Regardez Lacombe à Paris. Il ne peut pas être mauvais du jour au lendemain. Mais il a les joueurs à dos. Cela est arrivé aussi à Aimé Jacquet qui de 1980 à la saison 87/88 a toujours eu un groupe de joueurs qui voyaient les choses comme lui. Malheureusement la saison suivante, avec l’arrivée de certains garçons, cela n’est pas passé et en six mois tout ce qu’il avait fait a été oublié. Pareil pour Capello au Milan avec qui il gagne tout avant de se faire virer l’année où il y revient. Je pourrais aussi vous parler d’Elie Baup aux Girondins…C’est toujours pareil.

Quelle est votre vision sur le football d’aujourd’hui et auriez-vous pu y trouver votre place comme joueur ?
Je crois qu’on arrive toujours à s’adapter. Mais quand je vois le football actuel, c’est tellement médiatisé, que le jeu en lui-même perd de son intérêt. Je ne pense pas que j’aurais pu m’y exprimer autant qu’à mon époque. Il y a beaucoup moins de liberté.

Le Marius qui tacle à tout va, il aurait souvent été expulsé de nos jours peut-être ?
Le tacle c’était un geste que j’utilisais souvent et je n’ai jamais blessé personne. Quand on voit comment ça se passe actuellement au niveau de l’arbitrage…Les joueurs sont en partie responsables mais les arbitres n’ont aucune culture foot, ils sont souvent très loin de l’action. Je cite toujours Robert Wurtz comme un bon arbitre car parfois il nous gênait dans le jeu tellement il était proche de l’action.Mais il voyait le jeu ! Aujourd’hui ils ont des oreillettes, à peine s’ils s’en servent, c’est n’importe quoi. On veut apporter le recours de la vidéo, mais personne n’en veut, à partir de là…La dernière coupe du monde a été déplorable en ce qui concerne l’arbitrage. J’ai assisté à une émission où monsieur Sole le responsable de l’arbitrage disait que les grosses erreurs étaient dues aux arbitres des pays sous développés. Mais le grand arbitre anglais qu’est supposé être Graham Poll, il s’est trompé à chaque match ! Quand vous le voyez se déplacer y’a de quoi rigoler, il n’a pas le physique. Je ne dis pas qu’il ne faut applaudir quand les gens s’en prennent aux arbitres mais regardez : les joueurs pros s’entraînent tous les jours, voire deux fois par jour sauf les jours de match. Et parfois ils ont du mal à finir les 90 minutes. Un arbitre s’entraîne deux ou trois fois par semaine, comment voulez-vous qu’il ait la condition physique ?!

Autre problème au centre des débats du football actuellement, le racisme. En avez-vous souffert durant votre carrière de joueur ?
Non. Une seule fois j’ai eu droit à une parole déplacée mais sinon je n’ai jamais rencontré ce type de problème. C’est peut être le fait que la société ait changé qui veut cela. Avant c’était toujours physique et cela parlait beaucoup mais cela restait toujours dans la légalité car nous étions des garçons faisant le même métie et on était sur un terrain pour se mesurer, pour chercher à gagner mais sans faire entrer le racisme dans tout cela. Celui-ci n’était pas très bien vu. Il n’y avait pas tous ces débordements qu’il y a désormais. Même au niveau des spectateurs. Je n’ai jamais entendu un cri de singe dans les tribunes.

Avez-vous conservé des souvenirs de votre carrière ?
Non pas vraiment. Je crois que j’ai juste deux maillots de l’équipe de France dont un sous cadre que ma tante a chez elle. Je n’ai jamais été un collectionneur et comme à mon fils cela ne lui disait pas grand-chose…

En tout cas vous gardez un bon souvenir des détails de votre carrière. Avez-vous souvenir d’un match au stade Lénine de la CFA de Malakoff en banlieue parisienne sur un stade stabilisé ?
Oui bien sûr, je m’en rappelle, c’était un match amical avec Ajaccio, en plus il faisait froid ! Ce n’est pas aujourd’hui qu’une équipe de D1 ferait cela car au minimum ils organisent des amicaux contre des L2 ou équipes étrangères du même calibre. Je ne sais plus pourquoi nous avions joué cet amical là bas par contre. Certainement car nous avions un match ensuite à Paris.

Et du seul match de votre carrière que vous avez du jouer en baskets ?
Ah ça c’était aux Etats-Unis avec l’équipe de France. Nous avions gagné 6-0 sur un synthétique et c’était la 1e fois que je jouais sur ce genre de surface. Ce n’était pas du tout les mêmes appuis et je m’étais dit que si tous les stades étaient comme ça là bas, cela ne valait pas la peine de venir y jouer un jour ! Aujourd’hui les synthétiques sont bien meilleurs et on peut tacler sans se brûler comme avant.

Justement en parlant de tacle, lors des premiers matches de Basile Boli en sélection, des commentaires sur ses tacles glissés  » à la Marius Trésor  » laissaient deviner aux supporters ne vous ayant jamais vu jouer que ce geste était une de vos marques de fabrique…(rires) Oui, je l’utilisais beaucoup comme je vous l’ai déjà dit et je l’ai naturellement appris. Quand j’étais gosse en Guadeloupe, le grand frère d’un de mes potes revenait de France où il avait vu ce geste technique et l’apprenait alors à son petit frère qui avait environ mon age. Je les regardais faire depuis le bord du terrain et le geste m’a de suite plu. Avant de jouer avant-centre, j’avais quand même été formé comme stoppeur et je me suis dit qu’il fallait bien apprendre ce geste car cela pouvait servir. A mes débuts à la Juventus de Sainte-Anne je le faisais déjà très bien puis j’ai joué un an et demi attaquant avant de rejoindre la Corse. Une fois à Ajaccio, l’entraîneur pro Albert Muro demanda au cours d’un entraînement si un gosse voulait jouer derrière. J’ai été le seul à lever la main. Après, Albert m’a dit  » Toi tu vas rester derrière « .

En tant qu’ancien défenseur, êtes-vous satisfait de voir Canavaro probablement obtenir le Ballon d’Or ?
Bien sûr. Même si cela me fait un peu mal pour Thierry Henry qui n’a jamais eu cette distinction. Que ce soit un défenseur qui l’ait cette année est un juste retour des choses car c’est un footballeur comme les autres. A chaque fois c’était un attaquant ou un milieu offensif qui était désigné et je ne trouvais pas cela normal.

Finissons avec une série de petites questions si vous le voulez bien ?
Ok.

Vos amis dans le football ?
Patrick Battiston et Jacques Vendroux. Ce sont des amis sincères et fidèles. Il y en a beaucoup d’autres et s’il fallait tous les citer, la liste serait longue.

Pire souvenir à part Séville ?
Ma première opération en 1977 qui m’avait éloigné cinq mois des terrains. Elle devait traiter une supposée hernie inguinale. J’avais en fait seulement un déplacement du bassin que j’ai réglé par la suite avec un chiropracteur. Mais l’opération a eu des répercussions néfastes sur le reste de ma carrière.

Meilleur souvenir ?
C’est toujours très difficile d’en ressortir un. Cela a été tellement vite! Je dirais ma 1e sélection en A.

Le stade ?
Le Maracaña

L’adversaire le plus coriace ?
Gerd Muller mais aussi Skoblar et Lacombe.

Le joueur le plus fair-play ?
Alain Giresse.

Le plus tricheur ?
Il n’y en avait pas.

Le plus vicelard mais dans le bon sens du terme alors ?
Delio Onnis. Il fallait toujours l’avoir à l’œil car il ne payait pas de mine, mais tu t’apercevais à la fin du match que c’était souvent 2-0, deux buts d’Onnis !

La bête noire ?
Gerd Muller encore. Je ne l’ai pas joué souvent mais s’il devait y en avoir un cela serait bien lui.

Le plus déconneur à part Marius Tresor ?
(rires) J’aimais bien partager des moments avec Michel Platini.

Le plus ronfleur ?
Ah je ne sais pas car la nuit moi je dors ! J’étais seul la plupart du temps mais si vous demandez à un autre qui était la chambre à côté, peut être il vous dira Marius Tresor ! (rires)

Le plus râleur ?
Bernard Lacombe. Quand il y avait un petit jeu à l’entraînement il était le mec qui ne voulait pas perdre.

Le meilleur joueur de cartes ?
Il y en avait tellement…C’était notre passe temps favori. Au tarot, Platini se débrouillait bien et il avait ce truc qu’il disait souvent :  » Quand on ne sait pas jouer au tarot, on ne peut pas être un bon joueur « . Car si on ne maîtrisait pas la stratégique des cartes on ne pouvait pas maîtriser celle du terrain !

Le plus fêtard ?
Paulo Cesar. Il ne buvait pas mais il aimait bien sortir. Il était célibataire alors que  » Jaïr  » c’était différent car il était venu avec sa fiancée du Brésil.

La plus belle équipe ?
Le Bordeaux 1982. L’équipe était bien rodée et il y régnait une superbe ambiance.

Le résultat le plus inattendu ?
Bordeaux contre Hajduk Split en coupe de l’UEFA. Nous avions perdu 4-1 à Split avant de gagner 4-0 au retour.

Le meilleur match ?
Mon dernier match en Espoir avant qu’on m’appelle en A. C’était à Starazagora en Bulgarie où en fin de match les gens m’avaient offert des fleurs. Cela m’avait vraiment marqué. Le responsable des Espoirs, Henri Guérin, avait eu Mr Boulogne de la sélection A au téléphone après ce match. Ce dernier voulait savoir si il y avait parmi les Espoirs un défenseur méritant de venir en A. Henri lui donna mon nom.

La plus belle boulette ?
On fait toujours des erreurs mais je vais vous raconter une chose. Quand j’étais à Marseille il y avait un journaliste, René Voléri, pour qui il ne fallait pas qu’on me passe une seule fois dans le match. Mais Trésor, il n’était pas impassable ! Et quand cela arrivait de me faire déborder, René le prenait comme une erreur. Cela m’a longtemps suivi et cela a voyagé aussi. Car après si on me passait, les gens disaient  » Ah c’est bon il a fait sa boulette ça va aller « .

Une vraie boulette alors ?
Contre Nîmes avec l’OM. Je rate le ballon et derrière moi Michel Mezy le contrôle de la poitrine avant de faire mouche en reprise de volée. On perd 1-0 donc on peut dire que cela était de ma faute.

La contre performance ?
Notre élimination en Coupe de France avec Marseille à Béziers en 32e. Nous étions largement favoris. L’entraîneur bittérois était Joseph Bonnel qui s’était fait viré de l’Olympique de Marseille quelques temps auparavant.

L’injustice ?
1982 avec le dénommé Corver*. Je ne l’oublierai jamais celui là…
(*arbitre de la ½ finale de coupe du monde)

Votre équipe favorite ?
Les Girondins d’abord ! Bien sûr. Mais j’ai une équipe où j’aurais bien aimé jouer pratiquement dans chaque pays. Arsenal, le Bayern (rires), l’Ajax, Barcelone et la Juventus qui était le nom de mon équipe en Guadeloupe.

L’anecdote ?
C’était avec l’OM pour un match où l’on jouait le titre à St-Etienne. Nous avions rendez-vous au Vélodrome à 15h et nous attendions Paulo Cesar.15h…15h30…puis 16h, toujours pas de Paulo César. Nous sommes parti, puis en route on voit une voiture nous doubler puis le bus s’arrête. Il y avait un mec au bord de la route et on le voit monter. C’était Paulo qui avait complètement oublié qu’on avait un match très important et qui était parti à la plage jouer au volley. Sur le terrain ensuite on avait moins rigolé puisque on avait perdu 4-1 !

Finalement, le Marius d’aujourd’hui il a gardé ce sourire et cette bonne humeur légendaire qu’on lui connaissait en tant que joueur ?
Mais il n’y a pas de raison que cela change…

Merci Monsieur Trésor, un vrai plaisir et à bientôt
Merci, pas de problème.

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