« GAME OWEN »

FOOTBALL – 12 Novembre 2005, stade de La Praille, Genève (Suisse)

Angleterre 3- 2 Argentine

"Don' cry for me Argentina", ou un humour british de circonstance (photo N. Deltort)

"Don' cry for me Argentina", ou un humour british de circonstance (photo N. Deltort)

Nicolas Deltort (www.ohaime.com)

Arrivé vers midi à Genève depuis Montpellier, je me gare au centre commercial à coté du stade de La Praille et je commence à chercher un ticket pour le match. 150 euros à la revente, cela fait cher…Mais voilà que le centre commercial met en vente des places retournées, c’est du pur bonheur et un sacré coup de bol ! Je partage ma joie avec les argentins qui cherchaient aussi des précieux sésames. Alors je peux commencer tranquillement les interviews aux abords du stades et les prises de photos « panini » devant les « banderas » Argentines (drapeaux) et avec mon ballon à étoiles. Une partie de foot s’improvise naturellement peu après…Je rencontre des Argentins immigrés, vivant en Italie et Espagne majoritairement. Il y a principalement des supporters « Xeineises » de Boca (dont la peña de Valence), des « Millonarios » de River, des « Tricolor » d’Almagro, des « Cerveceros » de Quilmes ,des « Cuervos » de San Lorenzo, et des « Pinchas » d’Estudiantes, tous unis ce soir pour la « selección albiceleste ».
Les hymnes à la gloire de Diego Armando Maradona sont chantés à pleins poumons, les t-shirts, tatous et maillots à son effigie sont ressortis pour l’occasion et pour celui qui, avec sa « main de Dieu », élimina l’Angleterre du Mundial 86…D’ailleurs sur le tunnel d’entrée des joueurs dans le stade, on pouvait voir une bâche avec écrit dessus « la mano de D10S – 1986 « . Sacré argentins…On parle beaucoup de la rivalité avec l’Angleterre, c’est un « classicó » comme le match « derby » contre le Brésil, même si les supporters restent divisés quant à l’adversaire qu’il leurs est le plus jouissif de battre. Bien sûr on parle aussi des Malouines… Certains se déchirent la voix devant la caméra en hommage à ceux qui sont morts durant cette guerre du début des années 80. Les drapeaux et maillots « Malvinas Argentinas» sont nombreux. Pour eux, comme sur toute carte Argentine, cette île leurs appartient toujours ! Durant mon séjour à Buenos Aires l’an dernier, un ministre Britannique visita ces pairs argentins, et il a été ressus par une pluie de « papelitos » dans les rues. Il y avait écrit sur ces papiers : « Bienvenido en Argentina el pais de las Malvinas »…

Les « bombos » (tambours) arrivent et c’est la grande fête argentine autour du stade, superbe. Répétitivement ça chante « Y ya te ve..Y ya te ve..Y quien no salta Es un inglès..Quien no salta es un Inglès ! » et ça saute donc dans tous les sens, moi avec eux…Les argentins interviewés commencent un peu à devenir nerveux à l’approche du match, les anglais eux gardent leur flegme : « c’est juste un amical ». Ils ne porte que peu d’intérêt pour l’adversaire, typiquement à la britannique, alors qu’ils espèrent chèrement une victoire…Faux culs ! « Pardon my french »… Ils regardent tranquillement en retrait du spectacle d’avant match offert par les argentins. Ce supporter de Manchester City me dit que « les Anglais veulent bien rendre les Malouines aux Argentins si ceux-ci rendent leurs terres aux indiens ! ». Et il pense des argentins que « ceux sont des tricheurs », oui bien sûr. Il y a aussi beaucoup de Suisses en maillots de l’Angleterre, deux femmes m’expliquent que « cela fait 15 ans que l’on suit l’Angleterre car c’est le pays qui correspond le plus à notre mentalité, à notre façon de vivre. On supporte Manchester United aussi ». Ok, bon match…J’avais oublié que les « hooligans » suisses avaient une terrible réputation et que le gruyère anglais valait son pesant de cacahuètes…Je n’ai pas vu de supporter mal intentionné dans les deux camps, à part ce groupe d’anglais qui n’a pas voulu se faire filmer, me disant « on n’est pas supposés être ici »…Des supporters « Gallinas », c’est à dire de River, sont confiant « vamos a romper el culo de este puto inglèses », en quelque sorte « on va les niquer ces putain d’anglais ». Et ils m’expliquent que « La banda roja » (River) est le meilleur club argentin car « regarde dans la selection actuelle combien il y a de joueurs sortis de River : Crespo, Mascherano, Saviola… », ok mais bon, les Samuel, Riquelme, « el pato » Abondzieri, « El Apache » Tevez sortent quand même de chez l’ennemi « boquense » (Boca). Pour moi et de l’expérience que j’ai eu du « fútbol argentino », leur veritable école de foot c’est Argentinos Juniors. Ce club, du « barrio La Paternal » à Buenos Aires, a vu les Maradona, Batista, Redondo, Sorin, Cambiaso, Pekerman etc sortir de leur « cantera ». C’est aussi la veritable école du beau jeu argentin et du typique « volante », joueur argentin n°5, milieu défensif et organisateur, généralement aux cheveux long.

Quand les joueurs rentrent sur la pelouse, il y a des feux de bingale coté argentin, on pousse fort et d’une seule voix coté anglais.

Aujourd’hui les hymnes sont joués contrairement à un match en Argentine pour les éliminatoires de la Coupe du Monde. L’hymne argentin est plus court que d’habitude et n’est pas chanté. Je pense qu’ils ont laissé de côté la partie avec les paroles car il est assez long sinon. Bizarre. Le « God Save the Queen » anglais est toujours court, intense et impressionnant. Les deux hymnes ont été copieusement sifflés… par les 5000 argentins et les 8000 anglais.

Le parterre de stars est très agréable à l’œil et pour tout amateur de « buon juego ». Román Riquelme est superbe à voir jouer, il imprime « el ritmo riquelmeano » à la selection argentine, « el toque » fait rage avec « El Chuchu » Cambiasso et Maxi Rodriguez. Le n°10 de Villareal porte le n°8 en sélection car le n°10 a été retiré dans toutes les sélections argentines en l’honneur de « el Peluso » Maradona ! Devant, en attaque, Crespo et Tevez sont des poisons. En défense, Ayala et Samuel assurent facile. Le match s’emballe vite, avec beaucoup d’occasions, des buts refusés dans les deux camps, puis deux buts avant la mi-temps (1-1, Crespo & Rooney).

Cela joue vite et précis, la classe quoi. Je suis tout de même un peu déçu par l’ambiance générale côté argentin (mais pas lors les buts bien entendu). Mes voisins me font quand même rigoler avec la pluie d’insultes comme les incessant « putos » et « la concha de tu madre » destinés aux joueurs et fans anglais. Le « pobrecito » Beckham glisse et se fait chambrer à coup de bisous ironiques…Les Lampard et Gerrard, qui comme d’habitude « cassent du petit bois » (Sholes a bien été remplacé dans la selection..), ne sont pas plus la tasse de thé des « hinchas » argentins (supporters). Les cartons jaunes pleuvent comme le ciel sur Genève et si besoin était de le rappeler, ceci est seulement un match « amistoso » sur le papier, et c’est bel et bien un grand match de niveau mondial ! « Juampi » (J. P. Sorin) y va même de sa main dans la surface qu’il ne convertira pas en but. Il recevra les insultes copieuses de Robinson, le gardien anglais. Cela fait rigoler l’ex-joueur du PSG et actuel capitaine argentin, il se chambre aussi avec David Bekham, son adversaire direct, et ça frotte de l’épaule. La joie extrême des joueurs sur chaque but démontre bien l’importance de ce « classicó » international. Pour Crespo, le 1er buteur « c’est quelque chose de transcandant de revétir le maillot de la selection ».

Le 2ème but Argentin vient d’une longue balle magique de « Romy » Riquelme qui sera remise sur « El RatÓn » Ayala qui la pousse dans le but. Délire en tribune ! L’Argentine a été très forte jusqu’à ce que la colone vertébrale de l’équipe soit sortie par Pekerman (Ayala, Riquelme et Crespo), soit disant sur des blessures, tu m’étonnes… D’autres joueurs se ressentent aussi de mauvais coups (« golpe »), l’Angleterre joue alors à trois attaquants et tandis que « El Cojenito » Saviola rate le 3-1, en 4 minutes cela va être « Game Owen»…L’Angleterre était alors impressionnante jouant à coup de « pelotazos » (longues balles). Ce fut la folie chez les supporters anglais, digne d’une victoire en coupe du monde et le dégoût bien sûr à coté de moi chez les argentins, alors bras croisés et boudant comme ce père de famille à casquette de « gaucho ». Owen est une sorte de « bête noire » pour l’Argentine, et c’est marrant, soit dit en passant, qu’en tant qu’anglais il soit fan de… Maradona ! Il aurait joint, depuis l’Angleterre, « l’ Iglesa Mardoniana » située de Rosario ! Et oui, des fans de Maradona ont crée une église pour « D10S » et pour contrer la véritable église…Quel rebelle ce Diegito…On fête Noel chaque année dans la Mardoniana lors de l’anniversaire « del Diez » en Novembre. Si dieu (D10S) avait été juste ce soir, un match nul aurait été équitable. Sûrement j’ai vu ce soir deux demi-finalistes du prochain mondial. Et j’ai aussi vu une apparition du Christ en Mickael Owen quand, lors de son premier but à l’impact du ballon avec sa tête, il était carrément en position de croix telle la statue du Corcovado ! L’histoire retiendra seulement que c’est lui qui sacrifia les malheureux argentins avec son 2ème but de la tête en toute fin de ce match épique (Argentine 2 – Angleterre 3).

Je fais les dernières interviews des deux côtés du stade, puis je vais à l’aéroport pour me voir dire que les joueurs vont directement en bus sur la piste. Dommage. Je rencontre tout de même des fans anglais et discute autour d’une « 1664 » méritée. Un supporter arbore un t-shirt rouge « Don’t cry for me Argentina 05 » en référence au 1-0 de la dernière coupe du monde en Corée en faveur de son pays contre « the old foe » (le vieil ennemi) argentin. Il vient de Manchester et supporte City comme toute personne née dans cette ville. Pour lui « c’est le seul, l’unique club de Manchester ! Les fans de United ne connaissent rien au football, souvent ça leur péte en se grattant la tête « Qui je vais bien pouvoir supporter…hmmm, allez, M.U. ! » ». C’est alors l’heure de foncer en voiture « back to Montpellier », plein de belles images en tête et de bonnes vidéos pour mon documentaire « Argentinos Pasión ». Les commentaires radio de France/ Allemagne (0-0) me font comprendre que j’ai assisté au bon match aujourd’hui…Tout le monde se retrouvera en Allemagne en Juin 2006 !

Allez, une chanson pour la route :

«Olé Olé Olé

Olé Olé Olé Ola

Yo Soy Argentino

Es un Sentimiento

Que No Puedo Parar !

Olé Olé Olé

Olé Olé Olé Ola… »

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