Argen…Tino !

Nicolas Deltort (Football – Actufoot34 N°39, 12 décembre 2008)

Tino Costa au Mas St-Gabriel (photo N. Deltort)

Tino Costa au Mas St-Gabriel (photo N. Deltort)

Le milieu de terrain Tino Costa est arrivé à l’intersaison depuis le FC Sète. Gara (rage de vaincre), pied gauche de velours, vista, caractère, le MHSC n’avait plus connu un type de joueur pareil depuis longtemps !

« On fait un pari sur Tino et je ne sais pas pourquoi, mais je le sens bien. Peut-être parce qu’il est argentin… », commentait Laurent Nicollin, le Président délégué du MHSC, sur le plateau de 7L avant le début de saison. « Lolo » a eu le nez creux en misant sur Costa, élu meilleur joueur de National la saison dernière par France Football.

Les habitués du stade Louis Michel de Sète savaient pertinemment que leur ex-chouchou en avait assez dans les crampons pour réussir à l’échelon supérieur. Surtout dans sa patte gauche qui fait de lui l’actuel meilleur passeur de Ligue 2. Cela sans que dans un premier temps l’équipe ne dévolue les coups de pieds arrêtés au maître artificier argentin. La chose semblait pourtant une évidence aux yeux de Romain Rambier, son ex-partenaire au FC Sète et ami intime : « Beaucoup de joueurs ont, soit la puissance, soit la précision. Tino a les deux qualités de frappe, c’est ce qui fait la différence. »

Toujours est-il que le gaucho devait avant tout autre chose faire ses preuves aux côtés des nombreux cadres du MHSC. « J’arrivais de National et je me suis d’abord fait très petit en laissant tirer les autres sans rien demander. Puis on m’a fait confiance », explique le célibataire au regard de latin lover. Le coup franc qu’il déposa sur la tête victorieuse de Bruno Carotti dans la dernière minute de jeu face à Amiens (2e journée de championnat, victoire 2-1 à la Mosson) a probablement fini par forcer la main de ses partenaires. Désormais, le milieu de terrain est une pièce maîtresse de l’échiquier pailladin. Quand l’Argentin est au violon, le MHSC est au diapason. Costa dans un jour sans – comme ce fut le cas lors du dernier match face à Guingamp – et c’est Montpellier qui n’a plus la même faculté à faire céder le plus coriace des verrous.

De la Guadeloupe à Paris

D’où vient l’aptitude de l’Argentin à bien frapper le ballon ? « Certainement pas d’un centre de formation, je n’en ai pas fait ! », rigole Tino, lui qui s’amusait à taper le cuir avec ses trois autres frères derrière leur modeste maison de Las Florès. Cette ville de la Province de Buenos Aires où il a débuté à l’âge de six ans dans le club de La Teraza. Tino fête ses 16 ans quand le président du club, le docteur Ruben Munoz, propose à la famille Costa de devenir le tuteur du gamin. La famille accepte et celui qui est toujours  l’« agent » de Tino amène ce dernier jouer en Guadeloupe. Avec la DH du Racing de Basse-Terre, l’argentin rafle tout pendant quatre ans au plus au niveau de l’ile et attise la convoitise de Georges Clerc, le président du Paris Racing. Le destin de Tino bascule quand il décide de faire le grand saut vers la capitale française pour faire un essai en albiceleste, des couleurs qu’il connaît bien… Un essai fructueux, puis une très grosse saison en National avant que le club parisien n’explose. Au grand regret du joueur : « Les derniers mois, les salaires n’étaient plus versés et ça a fini n’importe comment. » Une histoire un peu similaire à celle que Tino a connue au FC Sète en fin de saison passée…

Cabezón !

L’Argentin arrive aux pieds du Mont Saint Clair après deux saisons sous les couleurs de Pau. Grâce à la confiance de Thierry Laurey, alors coach des « Vert et Blanc », Tino prend vraiment de l’ampleur. Démontrant, sur le terrain, une générosité de tous les instants et une joie de vivre qui se marie parfaitement avec un vestiaire maritime où l’ambiance est du tonnerre. Tino fait rapidement l’unanimité. Romain Rambier se souvient : « Il travaillait vraiment dur. C’est un garçon qui a envie d’apprendre et qui, humainement, est très intéressant. Il a compris que la vie n’était pas facile tous les jours et qu’il pouvait vivre de son métier de footballeur. » Tant et si bien que nombreux sont les clubs de Ligue 2 à lui faire les yeux doux en fin de saison dernière : Sedan, Reims ou encore Ajaccio. Il opte finalement pour le MHSC « qui a rapidement montré son intérêt » et pour rester dans une région où l’argentin se sent particulièrement bien. Romain Rambier n’est pas surpris par la réussite qu’a tout de suite connu son pote chez le voisin héraultais: «Je savais que plus Tino monterait de division, plus ça le ferait briller ainsi que les joueurs autour de lui. Et il fera pareil en Ligue 1, j’en suis sûr et certain, il est capable de tout ! »

Si le milieu de terrain enchante aujourd’hui la Mosson, c’est qu’il a aussi appris à faire des concessions. Depuis le début du présent exercice, il a été utilisé à tous les postes de l’entrejeu par Rolland Courbis. « C’est sûr que je suis mieux dans l’axe que sur un côté, mais le truc, c’est surtout de jouer », tempère-t-il alors que, par le passé, il aurait fait sa tête de mule. « Quand il n’a pas envie de faire quelque chose, il ne le fait pas ! Mais ce n’est pas un défaut, il faut du caractère plutôt que de dire ‘oui’ tout le temps, confie Romain Rambier. Sur le terrain, quand Tino commence à prendre un peu le tournis, on ne peut plus lui parler. C’est un véritable cabezón* ! » Montpellier a parfois fait des erreurs de recrutement, mais là, le club a visé juste. Enfin un joueur de caractère dans une équipe qui ne semblait pas avoir d’âme les saisons passées ! C’est désormais grinta pura sangre tous les quinze jours à la maison.

Aguante y Honor !

Cette formule attribuée aux supporters de football argentins résume parfaitement ce de quoi est fait notre beau diable de gaucho. Difficile de traduire littéralement l’aguante, c’est la résistance de ceux qui mettent un point d’honneur à chanter bien avant le match et jusqu’à bien après son terme, sans jamais discontinuer. L’honor, c’est celle d’aller supporter son équipe quelque soit le jour, dans le quartier voisin ou à 3000 km, et que son équipe gagne 2-0 ou perde 0-4, on doit continuer à chanter. D’autant plus fort ! C’est ça le monde des tribunes argentines, peut-être l’endroit d’où Tino s’est approprié ses valeurs, lui, le supporter du « Ciclón » San Lorenzo, un des cinq clubs historiques d’Argentine. « Hier, je regardais le clásico San Lorenzo-Independiente sur internet, j’avais le frisson d’entendre Los Cuervos. » Coïncidence ou pas, les « corbeaux » – surnom des supporters de San Lorenzo – sont réputés parmi les meilleurs du pays. Et Tino, dont le vol fait une halte du côté de Grammont, ne sera pas un oiseau de mauvaise augure pour Montpellier cette saison. Bien au contraire…

*Tête de mule en espagnol

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