Bibiche, le meneur d’hommes

Nicolas Deltort (PORTRAIT Football – ActuFoot34 N° 42, mars 2009)

Pdf de l'article (photos N. Deltort)

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Dominique Aulanier est un joueur comme on n’en fait plus : leader dans l’âme et charismatique, il représente l’amour foot. De ses débuts pros en 1994 à son arrivée dans le football amateur en 2006, le natif de Saint-Chamond n’a eu qu’un seul mot d’ordre : profiter de la vie. Parfois au détriment de sa carrière…


AS Lattes-Pointe Courte, match décisif de DH pour l’accession en CFA2 en fin de saison dernière. Les locaux mènent 2-0 et Aulanier a les oreilles qui sifflent : « Oh, t’es meilleur à la troisième mi-temps ! », lui lancent des supporters. Doumé rigole, comme toujours. La Pointe finit championne quelques semaines plus tard car Aulanier est avant tout un très bon footballeur. Il ne cache pas son goût pour ces moments d’après match où naissent les aventures humaines. Doumé, c’est « un putain de numéro 10 » mais à l’hygiène de vie n’ayant jamais été des plus professionnelles. « Cela m’a joué des tours et j’aurais pu faire une meilleure carrière, concède-t-il. Mais l’inverse est aussi valable ! Le foot m’ a fait manger, je n’avais pas envie de me prendre plus la tête que ça. »

Détrompez-vous, Aulanier n’est pas de ces anciens footballeur pros sombrant dans la déchéance en fin de carrière. Fréd Remola, son entraîneur à la Pointe Courte de 2006 à 2008, est là pour en attester :  « C’est un atypique, le contraire d’un pro en dehors du terrain mais qui, balle au pied, fait oublier le reste. Avec une envie, une technique et un  physique que beaucoup n’auront jamais même en gérant leur vie comme des pros. »

Reconverti libéro chez les « Marine et Blanc », Aulanier gratifie le public de crochet audacieux, organise le jeu et décoche des transversales caviar. Naturellement, quand Remola s’en va au FC Sète à l’intersaison dernière, il amène aussi son leader en National. Très vite, c’est à Aulanier qu’incombe la tâche de redresser la barre des troupes réservistes mal en point en CFA2. Déçu, Doumé joue malgré tout comme un mort de fin. Ses qualités de gagneur ne souffrent pas de l’érosion du temps. « Une fois que je joue, je joue. Mais à être cadre en CFA2, j’aurais préférer le faire à la Pointe ! »

N’ayant plus rien à espérer sportivement au pied du Mont-St-Clair, il part à Béziers au mercato de janvier dernier. Un contrat de joueur d’un an et demie et un deal de reconversion à la clé. « Il faut penser à l’avenir. Car l’école, je n’y suis pas beaucoup allé… ».

La Vache qui rit enfin !

A Cellieu, le village de la famille Aulanier, le petit Dominique préfère effectivement la boule de cuir aux stylos d’écoliers. On est dans la vallée du Giers en pleine épopée des Verts de Saint-Etienne. « Bibiche », son surnom à ses débuts, est issu d’une famille de quatorze enfants. De surcroit, les Aulaniers ne sont pas des manches balle au pied. Le père joue avec la sélection des mineurs stéphanois, deux des quatre  filles font le bonheur de l’équipe féminine locale et deux frères aînés sont même contactés pour rejoindre l’ASSE. « Il n’ont pas pu y aller faute de moyen de locomotion », révèle Bibiche. Ce dernier se fait à son tour remarquer par les même dirigeants lors de la Coupe Vache Kiri où il brille avec l’équipe de son village. « Mes frères, alors en âge de conduire, sont arrivé à convaincre mes parents de m’amener à Geoffroy Guichard. Ils ne voulaient pas que moi aussi je loupe cette chance.. » Dominique fait dès lors toutes ses classes chez les Verts. Des poussins jusqu’aux seniors, en DH puis en D3 sous Elie Baup. C’est ce dernier qui le lance dans le grand bain de l’élite senior en octobre 1994 face à Cannes.

Dominique passe aussi ses diplômes d’Initiateur. Jean-Charles Cirelli, alors poussin chez les Verts se souvient : « On était émerveillé d’être entraîné de temps en temps par un jeune aux portes de l’équipe pro. Un jour, il nous a dit que si on allait en finale de la Coupe BN, il monterait à Paris avec nous ! »

Et Bibiche monte à Paris fêter la victoire de ses jeunes protégés… Avec la même passion qui l’habite les jours de match en D1 aux côtés des Despeyroux ou Moravsik. Sa deuxième année en pro marque l’arrivée d’un repreneur à la folie des grandeurs qui recrute notamment Laurent Blanc. « Cela devait être le renouveau des Verts, on était 4e à la trêve avant de dégringoler… » L’idylle verte d’Aulanier prend fin à l’issue d’une troisième saison ponctuée d’une descente en D2 des Ligériens. Les jeunes de talent sont vendus et Dominique fait ses valises pour l’OGC Nice, tout juste vainqueur de la Coupe de France.

L’amour du maillot

Bibiche devient alors Doumé et connaît des débuts de rêve chez les Aiglons, dont deux buts en match aller de Coupe des Coupes face à Prague. Avant que le coach Sylvester Takac ne cède sa place au Belge Michel Renquin qui arrive avec son meneur de jeu. Quand Doumé apprend qu’il n’est pas titulaire au match retour, il en vient presque aux mains avec le coach. La mauvaise histoire belge se termine en prêt du côté de Nîmes. Renquin parti en fin de saison, Doumé peut revenir sur la Côte d’Azur… C’est le début de « la belle époque », celle d’une génération qui « délirait et faisait les quatre cents coups ».

Celle aussi d’un souvenir douloureux. A cinq journées de la fin du championnat de D2, Nice se déplace à St-Etienne qui peut décrocher la montée en cas de victoire. « J’avais dit à la presse que l’ASSE  monterait mais que ce ne serait pas contre nous. Nouzaret, leur entraîneur, avait mis l’article dans le vestiaire avec pour consigne de me casser en deux. J’ai eu droit à 45 minutes de fou, mes frères se sont même battu dans les tribunes… » Aulanier, l’enfant du pays transformé en paria par ses anciens supporters, se fait siffler tout le match. Il salue finalement tout son monde d’un bras d’honneur après avoir marqué et gagné 2-0 !

« Après ce match, on se l’est encore plus approprié. Avoue aujourd’hui Fred Braquet, le président de la BSN, le groupe ultra de Nice. Doumé était un battant, avec son côté sudiste qui fait qu’il jouait au foot comme il pouvait jouer aux boules. Décontracté. Ca collait bien avec nos valeurs. Lui, ne s’en foutait pas du maillot. »

Doumé, chouchou du public azuréen, joue à la pétanque avec les gitans du coin la veille d’un match et chauffe la foule avec des mouvements de bras alors qu’il est en plein débordement ! Les résultats ne suivent pas de suite. La faute au Italiens de La Roma ayant fait une OPA sur le club. « On a tout fait pour qu’ils dégagent », avoue Fred Braquet.

En décembre 2001, quand le défunt président Sensi capitule et vend le club à la mafia marseillaise, l’équipe n’est pas au mieux. Elle entame dès lors une série victorieuse qui se termine par la montée en D1 ! « Dès qu’on descendait du bus, on était persuadé de gagner », se souvient Doumé. Lors d’un match amical à l’intersaison suivante, les joueurs sont présentés au public et Doumé entre en dernier sur le terrain. Standing ovation du public. « C’est le plus beau truc personnel que j’ai vécu ».

Guy David, le père spirituel

La suite n’est malheureusement guère florissante. Il y a ce « mini coup d’état » du manager Gernot Rohr qui tente de succéder à Savioli à la tête de l’équipe. Un vote a lieu dans les vestiaires. Aulanier, n’est pas du bon côté, il est grillé et, qui plus est, se blesse. Alors qu’il doit revenir dans l’équipe comme titulaire, il arrive éméché à l’entraînement la veille du match. « Comme cela m’était déjà arrivé 150 fois avant ». Mais Rohr en use comme prétexte pour le virer. « Là, je suis parti en couille. J’avais l’impression qu’on me prenait comme un con ! »

S’en suit une gestion de carrière désastreuse, un passage au Portugal pour faire du fric, le mal du pays qui le rattrape avant le retour en France comme chômeur. Guy David, son « père spirituel », le sort du trou en l’appelant à Sion. « Lui, m’a toujours voulu. Le temps d’une soirée, à discuter autour d’une bouteille, on a vécu des choses qu’aucun autre footballeur ne pourra jamais vivre. »

Finalement, Doumé atterrit à Sète en 2005. Les Maritimes, promu en L2, font l’ascenseur en fin de saison mais Doumé est persuadé de continuer. « Le président Anfosso me convoque pour signer mon contrat mais j’ai préféré être honnête et attendre de voir qui allait être le nouveau coach. » Sarramagna débarque sur le banc sétois et lui fait « un sale coup ». Aulanier ne connaît toujours pas la raison de son éviction.

Il opte alors pour le foot amateur et sa convivialité. A la Pointe Courte, il est servi. Vient alors le crépuscule de sa carrière à Béziers « où il y a un super projet ». « J’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai vécu ma vie, point barre.». Ainsi va Aulanier, en bon vivant devant l’Éternel…

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