Cédric Joqueviel : « À Montréal, tu ne ressens pas le stress des Européens »

Nicolas Deltort (INTERVIEW Football – ActuFoot34 N°42, mars 2009)

Cédric Joqueviel, un héraultais à Montréal (photo Impact)

Cédric Joqueviel, un héraultais à Montréal (photo Pépé - Impact)

Parti en vacances à Montréal en février 2007, Cédric Joqueviel, joueur amateur héraultais, a depuis fait son trou à l’Impact de Montréal. Il vient de jouer un quart de finale de Champion’s League CONCACAF historique pour le football canadien. De l’anonymat du football amateur héraultais, il est passé au statut de joueur pro au pays des Caribous.


Cédric, raconte-nous votre quart de finale de Champion’s League outre-Atlantique joué la semaine passée face aux Mexicains de Santos Laguna…

On est vachement déçu car, même si une équipe canadienne n’avait jamais atteint ce stade de la compétition, on a été sorti au match retour après avoir gagné 2-0 à domicile à l’aller. En menant aussi 2-1 chez eux à la mi-temps, on ne pensait jamais prendre quatre buts en seconde période. Je ne cherche pas à trouver des excuses mais je ne comprend pas pourquoi le club nous avait programmé un match amical à Houston quatre jours avant ce match au Mexique. Avec ce que cela implique : longs trajets en avion et attente aux aéroports. Nous étions très fatigués et ils nous ont mis une pression hallucinante lors des 45 dernières minutes. Il y avait une ambiance de malade dans leur stade avec 18 000 spectateurs. On aurait dit qu’ils étaient 100 000 ! Les ramasseurs de balle se précipitaient pour positionner le ballon au corner avant même que leur joueur n’arrive pour le tirer. Ils nous ont pris à la gorge et on n’est pas habitué à ça.

Au final, la fierté d’avoir réalisé un parcours historique ne prend-elle pas le dessus sur la déception ?

Si, d’autant plus que cela a créé un gros boom autour de notre équipe, ici, à Montréal. Tous les gens ne comprennent pas bien le foot, mais ils étaient 55 000 au stade Olympique pour nous soutenir au match aller. En gagnant 2-0, dans une super ambiance, on a marqué des points vis à vis du public. C’était fabuleux à vivre.

Les spectateurs vivent-ils le football de la même manière qu’en Europe ?

Ici, on n’emploie pas le terme de supporters, mais de partisans. Ils vont au stade en famille pour voir un spectacle. Il y a peu de vrais inconditionnels même s’ils devaient être cinq à huit mille ultras au stade olympique. La culture supporter commence aussi à se développer grâce aux résidents étrangers

Qu’en est-il au niveau des médias ?

Avant notre match retour au Mexique, j’ai participé à l’émission « Tout le monde en parle ». C’était marrant et on commence à être sollicité en raison du « buzz » qui nous entoure actuellement. On ne rivalisera jamais avec le hockey, mais comme les Canadians de Montréal ne font pas une super année, on en profite.

Jocky est passé de la DH languedocienne à l'USL où tout se fait comme les pros, à commencer par la photo officielle (photo Impact)

Jocky est passé de la DH languedocienne à l'USL où tout se fait comme les pros, à commencer par la photo officielle (photo Impact)

Quel a été votre parcours dans cette compétition ?

On avait un tour préliminaire contre Toronto et Vancouver pour déterminer l’équipe canadienne qui participerait à la compétition. On a fini premier pour ensuite jouer une équipe du Honduras au Nicaragua, c’était chaud bouillant. On y a gagné notre place pour la phase de poule où on a été confronté a des équipes de Trinidad et Tobago, du Mexique et du Honduras. C’est de celle-ci qu’on est sorti pour atteindre les quarts de finale.

Cela doit être enrichissant pour toi de voyager autant…

C’est sympa, mais les voyages sont extrêmement longs ! Surtout que dans le même temps,  notre championnat continue. A partir de juillet, on joue tous les deux ou trois jours pendant deux ou trois mois. On fait la récupération dans les aéroports, c’est la folie. La saison passée, j’ai fini sur les rotules.

L’effectif doit être conséquent pour palier ce rythme infernal…

Oui, mais l’Impact est un club un peu particulier, qui ne fait pas vraiment confiance aux remplaçants.

Justement, parles-nous en peu plus de ce club…

L’Impact existe depuis une quinzaine d’années, même s’il y a eu des changements de noms, de présidents et des franchises différentes. C’est un peu particulier. Notre président Saputo a vendu puis racheté le club… Il vient de faire construire un stade qui porte son nom juste à côté de l’enceinte olympique. Les 13 000 places sont occupées à chacun de nos matchs de championnat. On joue en USL, une sorte « seconde division » ou d’antichambre de la MLS, la Major League Soccer que tout le monde connaît. Celle où joue Beckham. Il n’y a pas tellement de différence entre les deux mis à part au niveau médiatique.

« Je vis le pro de chez pro, c’est comme si j’étais en Ligue 1, voire en mieux. »

Le foot se professionnalise-t-il  au Canada ?

L’Impact fait partie des meilleures gestions sportives nord-américaines. On a largement notre place en MLS à ce niveau-là. C’est le Real Madrid du Canada. Il y a des structures de malade, des vestiaires avec deux écrans plasma et un coin salon pour se détendre. Tout est vu en grand et ils ne lésinent pas sur les moyens.

Quel a été ton parcours dans l’Hérault ?

J’ai fait toutes mes classes à Castelnau/Le Crès en 15 ans et 16 ans nationaux. Puis je suis allé au MSHC de 17 à 21 ans où j’ai joué avec la CFA. Je me suis fait virer et je suis retourné à Castelnau en CFA2 pendant deux ou trois ans.

Comment t’es tu retrouvé à Montréal ?

C’est le hasard. Ma mère avait pris une année sabbatique pour y aller. Comme j’avais fini mes études en UFR Staps et que le foot ne marchait pas trop pour moi, j’y suis allé comme ça, pour la voir et visiter un peu le pays. J’ai jeté un œil au site internet des clubs pros d’ici. Ca tombait pile poil pendant la période d’essai organisée par l’Impact en février. Avant que l’entraînement ne reprenne pour la nouvelle saison. J’y suis allé à tout hasard. Normalement, on ne peut pas faire d’essai si l’entraîneur ne t’a pas repéré au préalable et envoyé un « bon d’essai » qui t’autorise à te présenter à ce mini-camp d’entraînement.

Comment s’est-il passé ?

J’ai dit « bonjour » puis me suis présenté et ils m’ont dit que quitte à être venu, autant que je fasse l’essai. Ca a commencé par des petits jeux, des gammes puis des matchs les trois derniers jours. On était cinquante à être testés. Ils ont voulu me garder mais comme le club avait déjà sept étrangers, la limite autorisée, ils m’ont fait un contrat en me disant de patienter avec l’équipe réserve avant d’intégrer l’équipe une la saison suivante.

Tu as donc décidé de rester…

Ca me plaisait beaucoup et je me suis dit pourquoi pas tenter ma chance pendant un ou deux ans. Apparemment ça me réussi en ce moment ! J’ai résigné pour trois ans, alors que d’habitude le club ne prolonge les contrats joueurs que de un ou deux ans. J’ai même un scoop, le sélectionneur du Québec vient de demander à ce que je puisse avoir la double nationalité afin que je puisse jouer en équipe nationale du Canada !

Peut-on vivre du football au Canada ?

Les salaires vont de 2000 à 10 000 dollars en USL. En ce qui me concerne, j’ai résigné pour  3000 dollars la première année avec une augmentation de 1000 dollars chaque année. A côté de ça, comme on ne s’entraîne qu’une heure et demie par jour, j’ai obtenu un poste de professeur en sport étude dans un collège où je vais les après-midi. Je n’ai pas à me plaindre !

Tactiquement, le Soccer n’est-il pas naïf ?

L’USL est assez physique. Il n’y a que deux équipes canadiennes, les autres viennent des USA et quand tu regardes le style US, tu vois que les joueurs sont majoritairement des athlètes, que le jeu est basé sur le physique et de longues balles. Ce n’est pas très technique même si cela évolue avec la venue d’étrangers qui amènent leur touche européenne.

Quel est le niveau réel de l’USL ?

C’est difficile de juger avec nos cadences infernales, le jeu s’en ressent et les gens qui le découvrent peuvent penser que c’est lent. Mais bien reposée, une bonne équipe d’USL équivaut à une bonne formation de National ou une moyenne de L2 en France. Il y a des Québécois avec un niveau excellent.

Quel est ton rôle dans l’équipe ?

Je joue libéro et je commence à avoir un rôle important dans l’équipe. Même si je suis un des plus jeune, je réussis à m’imposer et le club m’a prouvé qu’il comptait sur moi pour l’avenir en me faisant resigner. Les fans commencent aussi  à m’apprécier.

Ces derniers t’ont-ils donné un surnom ?

Oui, certains m’ont appelé le « Roc », « Jocky » ou même « Céd le magnifique » (rires) ! Comme mes coéquipiers, qui m’appellent Lolo en référence à Laurent Blanc, ils s’enflamment un peu car ils n’ont pas l’habitude de voir un défenseur qui relance bien !

Parle-nous de tes coéquipiers…

C’est très cosmopolite, comme la ville. Il y a un attaquant international panaméen, un Argentin qui a joué en sélection chez les jeunes dans son pays, des joueurs de Trinidad et Tobago, de Cuba et même de Jamaïque. Avec bien sûr quelques Canadiens. Du coup on parle en anglais dans le vestiaire. Au Québec, il faut être bilingue de toutes façons.

Et au niveau du Visa, comment cela s’est-il passé ?

Une fois que le club m’a fait un contrat de travail, j’ai eu droit au titre de résidant canadien même sans l’obtention d’un visa. C’est une dérogation pour les athlètes de haut niveau qui est aussi valable pour les artistes. C’est donc un statu différent dans leur système normal d’immigration choisie.

Le football est-il populaire au pays du hockey sur glace ?

Évidement le sport national reste le hockey. Il y a eu pas mal d’essais afin de monter des équipes de basket, de baseball ou de foot US au Canada mais aucune des équipes lancées n’a marché. Par contre, en ce qui nous concerne, le soccer commence à bien se développer. Pour preuve, avant notre match au Mexique, nous avons reçu les encouragements des joueurs de hockeys des Canadians de Montréal, ce n’est pas rien, vous pouvez me croire… Notre parcours en Champion’s League a vraiment eu l’effet d’une bombe ici.

« Le sélectionneur du Québec vient de demander à ce que je puisse avoir la double nationalité  »

Comment s’organise le championnat d’USL ?

Il y a une coupure entre octobre et mars, la saison commence en avril. On s’entraîne à l’intérieur jusqu’à la fin de l’hiver et on effectue nos quatre ou cinq premiers matchs de la saison à l’extérieur ou au stade olympique, qui est couvert, quand on ne peut pas faire autrement. Comme en Champion’s League. Il y a une trentaine de matchs de championnat, mais cela ne marche pas vraiment encore par matchs aller et retour. On peut jouer la même équipe quatre ou cinq fois…

N’y-a-t-il  pas des choses de ta région natale qui te manquent ?

Comme ma copine par exemple ? (Rires). Si, évidemment, mais avec l’emploi du temps qu’on a, je n’ai pas trop le temps de gamberger. En deux ans, je n’ai pas vu le temps passer. J’ai parfois des coups de cafards mais j’appelle ma petite amie ou la famille pour me ressourcer et c’est reparti. Je ne peux pas râler, je vis des choses extraordinaires et, en ce moment, je suis un privilégié de la vie. Ici, je vis le pro de chez pro, c’est comme si j’étais en Ligue 1 voire en mieux. Mon objectif et de faire durer ça au maximum tant que je peux jouer et peux être que ma copine va venir vivre ici pour une durée limitée avant qu’on rentre au pays.

Malgré le climat  rude de Montréal ?

C’est vrai que l’hiver, c’est quelque chose. C’est costaud car, en plus, il fait nuit à 16h. Il faut être bien accroché mais c’est une question d’adaptation, d’aptitude et de mentalité. J’ai la chance de revenir en France en novembre et décembre. Quand je reviens ici, on repart en tournée de préparation avec l’Impact. Cette saison, on a fait l’Italie et le Portugal, donc ça limite le degré de dépression quand on sait qu’à Montréal il y a 30 à 40 cm de neige ! Et qui plus est, ce n’est pas la mort, il y a un monde souterrain qui permet de vivre même en hiver et tout est ouvert 24h/24h, sept jours sur sept. Ca permet de patienter avant les beaux jours.

D’une manière générale, la vie est-elle agréable là-bas ?

La vie est assez extraordinaire. Tu ne ressens pas le stress des Européens, surtout des Français en ce moment avec la crise. Les gens sont super accueillants, très ouverts et pas du tout agressifs.

Ils parlent pourtant de nous comme des « maudits français »…

Oui car ils sont assez revanchards par rapport au fait que nous les avons un peu oubliés quand les Anglais ont débarqué au Canada au cours de l’Histoire. Le Québécois a aussi un peu ce complexe d’infériorité vis à vis de nous, mais sans plus. Personnellement, si j’avais été grande gueule en arrivant, cela ne se serait pas aussi bien passé. C’est comme partout.

Comment sont-les Québécois ?

Si tu leurs demandes s’ils sont canadiens, ils te diront qu’ils sont avant toute autre chose québécois. Il faut vraiment différencier Québec et Canada. Le Québécois parle d’un naturel vachement marrant. Il n’a pas de retenue sur rien et n’a pas de barrière.

Et les Québécoises…

Ah ça, à Montréal, on est gâté pour les femmes. Il y a un tel mélange de communautés que ça fait des mélanges, waouh ! Une fois que le printemps arrive, ça part dans tous les sens. Pendant les six mois d’hiver, elles sont le plus souvent cachées chez elles mais quand les beaux jours arrivent, c’est la folie, il y a des minijupes de partout (rires) ! Elles disent ce qu’elles pensent et font ce qu’elles ont envie de faire. Tant mieux pour les hommes mais moi j’ai une copine française !

Gardes-tu le contact avec le foot de chez nous ?

Je suis les grandes lignes, j’ai vu qu’hier le MHSC avait gagné 3-0, c’est bien. Sinon, je regarde un peu la Champion’s League et je reçois pas mal de messages de joueurs amateurs qui veulent tenter l’aventure comme moi. J’essaye de leur répondre et de les éclairer au mieux.

Quels conseils donnerais-tu à nos lecteurs qui voudraient en faire de même ?

Déjà, celui de ne pas prendre les clubs et les dirigeants canadiens pour des cons en trafiquant leur C.V. Car les coachs d’ici sont de plus en plus avisés. Puis, surtout, de ne pas hésiter s’ils sont motivés car l’aventure est extraordinaire à vivre !

Repères :
Né le   21/07/1982 à Montpellier
Club : Impact Montréal (Canada)
Poste : Libéro
Taille : 1m83 Poids : 70 kg
Parcours : Castelnau/Le Cres 1996 à 1999, MHSC 2000-03,  Castelnau/Le Cres 2004-06, Impact Montréal 2007-09
Copains dans le foot : Nicolas Dubois, Jérôme Bres, Guillaume Lafuente, Clément Moulin, Adrien Durand.
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2 réponses à “Cédric Joqueviel : « À Montréal, tu ne ressens pas le stress des Européens »

  1. Plein de réussite pour joky notre star nationale que j’éspère voir évoluer un jour en France ou aux US, il le mérite après tout ce beau parcours ! Vive l’impact,vive la paillade !

    Un fidèle du 34

  2. Cédric est arrivé ici, ça a marché et puis voilà ! Il est titulaire depuis 2 ans!

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