De Grincheux à Quinquin

Nicolas Deltort (football – Actufoot34 N°40, 9 janvier 2009)

Alain Hopquin (photos N. Deltort)

Alain Hopquin (photos N. Deltort)

Le club amateur de l’AS Frontignan est bien chanceux de pouvoir compter Alain Hopquin dans ses rangs. L’actuel entraîneur de l’équipe fanion senior est un pilier du club muscatier depuis maintenant vingt ans. Auparavant, il a connu une carrière de joueur bien remplie, entre 1970 et 1986. Notamment à Lens, mais aussi à Montpellier et Sète.


Au premier abord, Alain Hopquin paraît froid. Peu bavard au moment de commenter les prestations de son équipe, il alterne entre les « On a été bons » et les « On n’a pas été bons, c’est tout ». Difficile de lui tirer les vers du nez au moment d’en savoir un peu plus que le score du jour. Les sourcils invariablement froncés, bondissant de son banc de touche pour asséner d’une voix roque ses légendaires « Oh, oh, faut arrêter, là ! », on dirait qu’Hopquin est constamment tourmenté par quelques chose. Les arbitres ? Souvent, oui. C’est un râleur, il l’admet lui même. Un gagneur surtout.

Avant de nous frotter à la bête, nous avons contacté son beau-fils, Fred Cerrato, le gardien du RCO Agde, pour essayer d’en savoir un peu plus sur le père de sa compagne. Hopquin a connu une grande carrière de joueur, il a bien dû raconter quelques anecdotes au beau-fils !  « Depuis dix ans que je le connais, on a quasiment jamais parlé de sa carrière, il ne dit rien ! », nous répond ce dernier. Hopquin est humble et n’aime pas se mettre sur le devant de la scène. « Par contre, chaque fois que je joue contre lui, ça chambre pas mal. On pari généralement un restau mais il fini toujours par me dire : « Ça va, ça va, c’est moi qui te le paye… ». Même quand il gagne ! Il est royal », rigole Fred.

Attaquant à ses débuts

Avant la trêve, Frontignan affronte Lunel au stade Lucien Jean. L’équipe d’Hopquin mène 2-0 à la mi-temps, le coach fume une cigarette dans le tunnel et nous serre la main en se fendant d’un rare sourire. Puis il s’en va remettre en place les « escalopes » sur le terrain. Bah, le Normand ne doit pas être si sauvage que ça…On l’appelle donc à son domicile, un soir où il n’a pas entraînement. « Oui, si vous voulez, on peut parler de tout ça un petit quart d’heure », commence-t-il quand on lui fait part de notre souhait de faire un papier sur sa carrière.

Alain Hopquin a passé sa jeunesse dans le village d’Isygny-sur-Mer à une soixantaine de kilomètres de Caen. Il joue attaquant de l’équipe locale et, après un double surclassement, il intègre les seniors en PHA. Il évolue aussi avec les cadets de Normandie, ce qui suscite l’intérêt  du Stade Malherbe de Caen dont il intègre l’équipe junior en 1968 comme …stoppeur. Il connaît alors une sélection junior puis rentre rapidement dans l’équipe fanion senior, alors en Division 2. Il devient aussi international junior et membre de l’équipe de France amateur. Cela n’échappe pas aux yeux des recruteurs du Racing Club de Lens, évoluant en D2 et où il signe son premier contrat pro en 1972.

Durant la période Ajax, Hopquin a des ailes !

Dès la première saison d’Hopquin en « Sang et Or », le club monte en Division 1. « Des années bonheur, c’était tout pour le foot et devant un public en or, ce n’est pas une image de le dire. Même à cette époque du grand Saint-Etienne, on évoluait devant 20 à 30 miles spectateurs de moyenne à domicile. » Porté par ce public fidèle, le RC Lens réalise des miracles et atteint la finale de la Coupe de France 1975 que les Nordistes perdent 2-0 sur un but de Piazza et la fameuse reprise de volée de Jean-Michel Larqué. L’année suivante, l’arrière d’aile marque même le premier but de l’histoire du club « Sang et Or » en Coupe d’Europe. C’est en Irlande, dans le champêtre stade de Hold Farm… D’une tête plongeante, l’arrière assure le 1-1 de son équipe. « Vous savez, c’était l’époque du football total avec l’Ajax de Kovacs ! », rigole aujourd’hui Hopquin qui était un joueur athlétique mais également technique et très bon de la tête. « Tout le monde participait aux attaques et Lens était particulièrement réputé pour son football offensif, on marquait beaucoup de buts et le spectacle plaisait au gens. » A Lens, Hopquin côtoie le « druide » Leclerc et toute une filière de joueur polonais dont « Zébulon » Krawczyk. Avec son équipe très solidaire, le RC Lens obtient même un place de dauphin à la fin du championnat 1976/77 et se qualifie pour la Coupe de l’UEFA.

C’est dans cette compétition que le RC Lens signe un des plus beaux matchs de Coupe d’Europe effectué par un club français. C’était le 2 novembre 1977 à Bollaert, pour le compte d’un match retour face à la Lazio de Rome. Les Français avaient perdu à l’aller sur le score de 2-0. Sachant que c’est encore l’époque du catenaccio, renverser la tendance n’apparaît pas une mince affaire pour les Lensois. Deux facteurs y contribuent pourtant. Une panne d’électricité déconcentre les italiens avant le premier but lensois, ainsi que le probable complexe de supériorité italien. Toujours est-il que Lens arrache le 2-0 et la prolongation. « A partir de là cela a été la déferlante et on a fini dans un état d’euphorie totale », se rappelle Hopquin. Lens 6 – Lazio 0 ! Un Didier Six déchainé lors de ce match, devient pourtant le facteur amenant plus tard à la perte des « Sang et Or ». Au match suivant de Coupe UEFA, ils perdent face à Magdebourg et descendent en D2 en fin de championnat. Hopquin retient surtout ce dernier fait : « Cela a été un désastre qu’on a très mal vécu. A l’époque on disait que Six n’était qu’intéressé par l’Equipe de France car on ne l’avait presque pas vu de la saison à Lens mis à part contre la Lazio et quatre ou cinq autres matchs », avoue Hopquin. « On n’était pas une équipe de vedettes et peut-être que mettre Six dans ce groupe nous a perturbé… »

Décisif face à Platini et Rep

Juin 1978, Hopquin et sa femme font route vers l’Espagne pour quelques vacances. Il est alors en contact avec le Matra Racing et Montpellier pour un transfert. Sur le chemin de la péninsule ibérique, il fait une pause à la Mosson où la Paillade lui fait une offre. Pendant ce temps, le Matra tarde à le recontacter et au retour de vacance, Hopquin s’arrête de nouveau dans l’Hérault pour y signer son contrat. Il évolue sous les couleurs su MPSC jusqu’en 1982, aux côtés d’autres joueurs expérimentés : Formici, Mézy etc. Le club monte en D1 en 1981 mais fait l’ascenseur après une petit saison de Hopquin, blessé la moitié du temps au ménisque. Une fois de plus, le Normand quitte un club sur une descente mais non sans avoir emmagasiné de grands souvenirs : « Nos matchs en Coupe de France restent particuliers et notamment notre qualification à St-Etienne après un match nul 1-1 suite à un but de Vergnes sur un de mes centres. » Ciao, Ciao les Verts de Platini et Johnny Rep. Il ne sont pas les seuls de l’époque à tomber dans le guet-apens de la Mosson. Ici, Hopquin gagne aussi un surnom, celui de « Grincheux » que lui donna son ami et partenaire Ducuing. « C’était un râleur et un gagneur mais dans le bon sens », se rappelle Bernard Mayot, ancien partenaire de Alain à la Paillade. « Il était très professionnel et, avec de part son expérience, il était un des cadres de l’équipe qu’on écoutait forcément quand il avait à dire quelque chose. »

Hopquin est respecté et il l’est encore plus du côté de Sète où il signe en 1982 pour faire monter le club de la D3 à la D2 dès sa première année avec un autre ancien du MHSC, Désiré Sikely. De 1986 à 1988, il intègre le staff technique maritime et pense y rester dirigeant avant que le club ne subissent un crash financier. Au revoir les Bathenay et Hopquin. Ce dernier est contacté par la Mairie de Frontignan. Il y travaille au service des sports depuis maintenant 20 ans… Hopquin fait aussi monter le club de la ville de la PH au CFA2 en dix ans. Après de courts passages à Agde et la Clermontaise, il revient chez les Muscatiers il y a trois ans. Vingt années d’entraîneur régional derrière-lui, Alain Hoquin est bien placé pour parler du football amateur : « Je pense qu’il a progressé mais comme au plus haut niveau, il y a désormais trop d’argent. J’avais choisi d’entraîner en amateur pour la convivialité, cela tend aussi à se perdre. Alors, je ne vais pas m’éterniser ». Hopquin menace d’arrêter à chaque fin de saison, il rempile à chaque fois. Au plaisir de joueurs auxquels il laisse beaucoup de liberté. « Avec « Quinquin », c’est plutôt l’autogestion. Quand il est revenu au club, on était très content de le revoir car c’est quelqu’un de très agréable. Même s’il n’est pas très bavard. Il faut le prendre à l’apéro d’après match pour cerner le personnage quand il boit sa Leffe ambrée du Nord ! », rigole Sébastien Caumet, le libéro de l’équipe seniors. Il commente davantage le mode de fonctionnement de son entraîneur : « Je crois que ses causeries d’avant match son légendaires, elles ne durent jamais plus de trente secondes ! ». Ca c’est Hopquin, peu bavard en première instance, chaleureux une fois apprivoisé. A la fin de notre conversation, Quinquin nous surprend même : « Rappelez-moi si vous avez besoin d’autre chose ».  Pas si grincheux que ça !

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