Demain je serai agriculteur…

Nicolas Deltort (ENQUÊTE Agriculture – ESJ, mars 2009)

Lors de son passage au dernier salon de l’agriculture, Nicolas Sarkozy a déclaré que la profession d’agriculteur était un métier d’avenir. Alors que la France est en plein « papy boom », il y a effectivement de nombreux postes à pourvoir dans ce secteur.

En 2008, 6282 nouveaux jeunes agriculteurs se sont installés en France. Soit un arrivant pour trois départs à la retraite. Le secteur manque de bras. Alors que le pays enregistre des chiffres record de chômage, les jeunes ne se pressent pourtant pas au portillon.

Le renouvellement de la profession souffre toujours de l’image que la majorité des urbains ont du métier : celle du paysan avec sa brouette et sa fourche, pataugeant dans la boue. La majorité des fils d’agriculteurs ont, par ailleurs, déserté les campagnes. Ni les uns, ni les autres, n’ont peut être un jour pensé que le métier offrirait un jour des perspectives de vie bien plus confortables que celles qu’on connues les papy boomer.

Modernisation et valorisation

Elle est loin l’agriculture du temps où le paysan travaillait seul dans son coin sans pouvoir s’octroyer de vacance, si ce n’est une courte semaine en août. La mécanisation a apporté davantage de confort, le système de remplacement et les regroupement de paysans ont par ailleurs permis le partage des tâches. Si les cinq semaines de vacances ne sont pas encore une réalité, il est désormais possible d’être jeune et agriculteur. Et aussi de bénéficier d’un métier valorisé. L’agriculture comporte une palette de nouveaux métiers et demande davantage de compétences. Un Bac pro est le minimum requis pour tout candidat à l’installation voulant bénéficier d’aides et d’un suivi. Les filières d’accès aux 80 métiers de l’agriculture forment de véritables chefs d’entreprise. Pourtant, selon le baromètre de l’Agriculture BVA, réalisé en février 2009, pour France Agricole, plus de 2 français sur 3 déclarent n’avoir jamais envisagé de travailler dans le secteur agricole. Ils sont aussi 78% à affirmer mal connaître les formations qui mènent aux métiers d’agriculteurs.  Et pour peu que certains montrent un réel engouement pour le secteur, il est freiné par le coût des reprises.

Ne s’installe pas qui veut…

L’argent est bien le nerf de l’installation. 229 000 euros pour un quota de 330 000 litres de lait ; 804 000 pour un atelier de 250 truies (hors foncier). Au delà de ces exemples types de prix de reprise, l’autofinancement est la première barrière à franchir. Les banques exigeant un apport personnel à hauteur de 20%. C’est sur ces questions financières que bute une partie des porteurs de projets qui frappent annuellement aux Chambres d’agriculture. Sur 345 d’entre eux dans le Finistère en 2008, 140 seulement sont allés au bout du parcours aidé à l’installation en 2008. Chiffre auquel il convient d’ajouter une soixantaine de jeunes qui franchissent le cap de l’installation sans percevoir la moindre aide. Ce dernier cas de figure n’est pas sans risque : 97% des jeunes installés avec la DJA (1), qui ont suivi une formation avant leur installation, sont toujours agriculteurs dix ans après. Contre 60% pour les installations non aidées.

Baisse du revenu des agriculteurs

Une fois franchis ces obstacles à l’installation, quel train de vie peut espérer un agriculteur de nos jours ? 2500 euros brut mensuel pour un chef d’équipage porcher dirigeant un élevage de 350 truies. Au-delà des postes spécifiques comme celui-ci qui manquent cruellement de bras, la réalité est toute autre : la moitié des agriculteurs ne touche pas plus de 1000 euros net par mois. Sachant aussi que 70% des  revenus des agriculteurs proviennent des aides de la PAC… Les comptes prévisionnels de l’agriculture pour 2008 ont laissé apparaître une baisse de 15% du revenu moyen par actif. L’agriculture est donc touchée de plein fouet par la crise. Dans un tel paysage, difficile pour les jeunes d’envisager sereinement leur futur !

La tendance au regroupement

L’avenir n’est pourtant pas totalement sombre. Les textes relatifs au nouvel accompagnement des jeunes en agriculture ont été publiés le 10 janvier dernier au Journal Officiel. L’approche est désormais plus personnalisée et adaptée à tous les profils des porteurs de projets, ce qui pourrait démocratiser l’accès au métier. L’agriculture de groupe semble par ailleurs une solution d’avenir. Pour résoudre l’équation financière, la forme sociétaire apparaît dans deux tiers des cas la solution privilégiée pour concrétiser l’installation. Aujourd’hui, sur 350 000 fermes et exploitation pour 1 600 000 emplois (soir 4 à 5 travailleurs par ferme en moyenne), il existe 42 000 GAEC (2), 69 000 EARL (3), 244 000 agriculteurs associés et deux jeunes agriculteurs sur trois s’installent en société.

L’agriculture du futur pourrait aussi être celle la qualité. Le bio est un secteur où la demande est plus forte que la production et un filon bon à prendre, même en tant que petit producteur.

Le marché dictera toujours sa loi

En revanche, un problème qui apparaît toujours entier : celui de la fixation des prix par les industriels. Cela ne devrait pas aller en s’améliorant malgré le ré aménagement de la PAC prévu pour 2013. Si les prix et les revenus du monde agricole dépendent toujours de cette seule loi de marché, cela risque d’encourager l’augmentation de la taille des exploitations et leur concentration. Face à cela, les JA (4) proposent la « contractualisation » (c.f. interview). Ce qui devrait replacer les agriculteurs au centre du système et qui permettrait à long terme de préserver le nombre d’exploitations en France. On ne parle déjà plus de repeuplement rural…

(1) DJA : Dotation aux Jeunes Agriculteurs
(2) GAEC : Groupement Agricole d’Exploitation en Commun
(3) EARL : Exploitation Agricole à Responsabilité Limité
(4) JA : fondé en 1957, Jeunes Agriculteurs est le seul syndicat professionnel composé exclusivement de jeunes âgés de moins de 35 ans.
Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s