Le football amateur est en surrégime

Nicolas Deltort (EDITO football, Actufoot34 – déc 2008)

L'ancien joueur du Nîmes OLympique, Johny Ecker, aujourd'hui joueur de DH à Bagnols/Pont (photo N. Deltort)

L'ancien joueur du Nîmes OLympique, Johny Ecker, aujourd'hui joueur de DH à Bagnols/Pont (photo N. Deltort)

Toujours plus haut ! Le football amateur régional s’améliore régulièrement depuis quelques saisons et on ne compte plus les anciens pros effectuant leur chant du cygne dans des clubs de Division d’Honneur ou même de DHR. La Pointe Courte avait ouvert la voie il y a deux saisons avec les Aulanier ou autre Michalovski. Les derniers ex-pensionnaires de L1 ou L2 en date à être venus se frotter aux amateurs languedociens : Hervé Alicarte, ex-MHSC et champion de France avec Bordeaux en 1999, revenu au bercail chez le Perpignan-Canet FC tandis que l’ex-Nîmois, Johnny Ecker, fait le bonheur des Gardois de Bagnols/Pont depuis l’intersaison. On pourrait aussi citer Jean-Luc Escayol de Port-la-Nouvelle ou même Jean-Paul Navarro l’ancien gardien de Sedan qui, à 40 ans, fait encore les beaux jours de Cournonterral en…PHB ! Bientôt les mairies seront pleines de footballeurs…

Que dire des entraîneurs ? L’Hérault a la chance de compter sur de nombreux techniciens amateurs de haut niveau. Fred Remola, passé de la DH de la Pointe Courte au podium du National avec le FC Sète, est le meilleur exemple démontrant le réel potentiel de ces coachs du monde amateur. L1, L2 ou DH. Ils font tous le même travail. Dans le sillage de l’entraîneur sétois, d’autres mériteraient d’avoir leur chance à un plus haut niveau. Il suffit d’assister à un entraînement de niveau Ligue pour en avoir la preuve. L’autre jour, nous étions par hasard du côté de Fangouse et, malgré le froid glacial, nous n’avons pas pu nous empêcher de rester quelques instants pour assister à la séance que dirigeait Yohann Febrer avec ses joueurs de l’AS Lattes. Plus habitués des sessions « training » de Grammont, nous avons été surpris par l’intensité, la pertinence des recommandations tactiques, le choix des exercices ou encore le sérieux des joueurs. Et c’est la même chose du côté de Clermont-l’Hérault, Canet, Béziers ou encore Agde. Le football amateur se « professionnalise » dans la manière dont il est abordé. Au plus grand bonheur des joueurs, mais aussi des supporters. Il est bien souvent plus agréable d’assister à un match de football du dimanche qu’aux ternes joutes de Ligue 2 à la Mosson !

Parlons des installations. Allez au stade de Sauclière de l’AS Béziers par exemple. Le club suscite beaucoup de critiques – jalousie quand tu nous tiens ! – mais on ne peut pas reprocher aux « Rouge et Bleu » d’avoir de l’ambition et surtout de faire les choses bien : rénovation du stade, ouverture d’un club house avec écran géant, réceptions d’après match, partenariat avec le MEDEF, bientôt des nouveaux panneaux d’affichage… L’AS Frontignan travaille dans le même moule que les Biterrois. A une exception près : leur site internet déchire grave.

Qui dit professionnalisation, dit aussi argent. Légion sont les clubs aux ambitions de montée à l’étage supérieur chaque saison. Fixes ou propositions de job sont monnaie courante dans le football amateur actuel, l’argent marque des buts… Certains clubs ne sont pas rentrés dans ce jeu-là et ils sont à quelques rares exceptions à toujours faire la différence grâce à la formation ou à un esprit de clocher qui a, somme toute, tendance à disparaître. Quel dommage de quitter son village natal et son équipe de football pour rejoindre une autre équipe à « Tataouine » sous prétexte d’un job offert par le supermarché du coin, partenaire du club en question. Mais que voulez-vous, par temps de crise, ces joueurs-là ont des excuses à faire valoir.

Il y a donc un revers de la médaille accompagnant cette montée vertigineuse du football amateur. Attention à la chute… La Pointe Courte, montée en CFA2 en fin de saison dernière serait en proie à de sérieux problèmes de trésorerie. Un club de village monté en DH à l’intersaison (en ayant dû au passage arroser des primes de matchs aussi nombreuses que les victoires décisives de son équipe fanion en DHR) s’est peut-être mis dans le rouge pour l’exercice en cours. Certains de ses joueurs ne seraient plus trop enclins à continuer leur saison faute de contrat pas totalement respecté. Et l’amour du maillot dans tout ça ? Il tend à disparaître lui aussi…la preuve.

La surenchère est allée bon train depuis quelques saisons, certains auront à coup sûr des lendemains qui déchantent. Le surrégime dans lequel est actuellement le football amateur menace son essence même. Un mal ou un bien ? Plaisir ou performance ? Kick’n’Rush des familles ou jeu al toque ? A chacun son truc.

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