Gardiens de but dans les gènes

Nicolas Deltort (PORTRAIT Football, ActuFoot34 – avril 2008)

Les Cerrato : gardiens de génération en génération (photo N. Deltort)

Miche, Frédéric et Jean Cerrato : gardiens de génération en génération (photo N. Deltort)

Chez les Cerrato, le poste de gardien est une histoire de famille. Un peu celle du FC Sète aussi, puisque les « Vert et Blanc » ont vu passer quatre d’entr’eux dans leurs cages en un demi-siècle. De Jean, dans les années 50, jusqu’en 2006 avec Frédéric. En passant aussi par « Le chat » – le regretté Alain – et son neveu Michel…


« C’est gentil de votre part », répond Frédéric, l’actuel gardien du RCO Agde en DH, quand on lui fait part de notre désir de le réunir avec son oncle Jean et son cousin Michel. Comment ne pas s’intéresser à une famille qui aura tant donné au poste de gardien de but et au FC Sète ? On aurait aimé qu’Alain soit présent ce soir-là au Bayrou, un stade qu’il illumina de ses exploits en D2 durant les années 70. En 2001, une pilotine – « sortant du port comme une bombe » – est passée sur le petit canot du Sétois. Alain était parti pêcher le loup et n’en reviendra pas. « C’est une mort stupide. Avec son moteur il n’a pas dû l’entendre arriver. Car agile comme il était, il aurait pu largement s’escamper à l’eau… » La photo souvenir se fait donc sans lui, mais son fils Frédéric n’a pas manqué de nous amener quelques vieux clichés du « chat », comme on le surnommait de part son style et sa souplesse. « Il était petit – 1m 68 – mais il allait chercher les ballons au-dessus de tout le monde ! » Les quelques vieux de la vieille, présents ce soir-là au local de la Pointe Courte, sont unanimes : « De tous les gardiens du FC, Alain a été un des très, très bons. Avec Yvan Garofalo au début des années 50. Contre lui, tu ne rentrais pas dans les 18 mètres ! » Ce dernier montrait son cul aux adversaires… Alain, qui était carrossier à la mairie de Sète, n’était peut être pas aussi « mariole » mais il apparaissait « toujours souriant et en train de rire. Gentil, poli, bosseur, tout ce que tu veux… », témoigne Michel, son neveu.

Au nom du père…

La mort d’Alain a été brutale et a jeté un grand vide chez les Cerrato. « Quand je rentre sur le terrain, il m’arrive encore de penser à lui », avoue Frédéric. Les yeux du fiston s’embrument et on ne veut pas insister sur le sujet. Mais celui-ci raconte que c’est en voyant toutes les coupures de journaux concernant son père et soigneusement collées dans un cahier par sa cousine, qu’il décida de passer de joueur de champ au poste de gardien : « En voyant tout ce qu’il avait fait, les étoiles France Football qu’il récoltait à chaque match, cela m’a donné l’envie. » De son propre aveu, Frédéric avait de grosses lacunes à ce poste. Mais une fois pris en charge par son père, il a bossé à bloc. « Il m’a expliqué les ficelles du métier et m’a formé. Je ne pouvais pas avoir meilleur entraîneur. » Frédéric fait toutes ses classes au FC, de l’école de foot jusqu’à l’équipe première seniors qu’il intègre à dix-sept ans. Oscillant à partir de 1994 entre le National et le CFA. Comme doublure de Labruna la plupart du temps.

« Tu as vu la double détente qu’il a eue encore l’autre jour avec Agde ?!, s’exclame Michel. A Sète on lui a coupé l’herbe sous les pieds comme on me l’avait fait. Quand il est sorti de l’équipe première, je n’ai rien compris. En toute franchise il avait largement sa place. » Toutes ces années de concurrence n’ont pas empêché Labruna et Frédéric de devenir copains. Ils continuent à se téléphoner. « C’est normal qu’ils disent ça, c’est la famille qui parle… », réponds Frédéric. Quand Sète monte en L2, il fait le choix de ne pas quitter son travail à la mairie et ne peut plus s’entraîner régulièrement avec les pros. « J’ai normalement été un peu écarté.» Le gardien tourne la page et part à Saint-Chinian avant de rejoindre finalement Agde au bout d’un an.

« Le foot de quartier, c’était l’école de foot »

Rentre Miklos Beres dans le local. Avec l’ex-partenaire de Jean Cerrato au FC Sète de 57/58 alors en D2, c’est alors à toute l’historique du club que s’attelle l’assemblée. Zanieski, Watebled, Solomonide, Leandri etc. Jeannot est donc le premier des Cerrato à avoir le nom de la famille dans le livre du FC Sète. Commençant au Quartier Haut où il vivait : « On jouait avec une balle en paille.» C’est le temps des championnats interquartiers puis des Priméristes, des Pomérols de Pinet avant un passage au SOM en 53/54. « J’ai alors été blessé deux ans puis je suis allé à Mazamet pour travailler à l’usine de laine et jouer en CFA », révèle Jeannot. Revenu à Sète en 57/58, il y joue une saison avant d’arrêter. Gaston Plovi vient le rechercher pour le faire jouer en Promotion d’Honneur. Il se casse alors les cotes, l’ultime blessure qui met un terme à sa carrière. « Ça m’a fait plaisir de te voir. Au quartier haut, on se régalait ! », lui lance Miklos Beres en quittant le local. « Le foot de quartier, ça c’était l’école de foot ! De laquelle sortaient les grands joueurs de l’époque. On passait notre temps à jouer », se rappelle Michel De Falco, dirigeant de la Pointe Courte et lui aussi originaire de cette partie de Sète avec la place de l’Hospitalet en terre et goudron. Celle où Alain Cerrato a vu jouer son père, Jean, et son oncle, Alain. « J’ai alors choppé le virus. On y a laissé des survêtements et même des bouts de peau sur cette place. » En 1969, Michel fait partie des meilleurs minimes du Sud Est. Dès sa dernière année en cadet, il s’entraîne avec l’équipe fanion des seniors du FC Sète. Son oncle en est le gardien titulaire. Il en devient la doublure et joue son premier match de D2 à seize ans. Face à Chaumont, remplaçant Alain qui était blessé. Avec cinq étoiles, il est même dans l’équipe type de D2 de France Football. Son oncle parti à Arles, il le remplace comme titulaire des « Vert et Blanc » descendus en 3e Division. Mais il se blesse au ligament de la cheville. Johnny Rouach, l’entraîneur anglais des gardiens, faisait vite monter les échelons à ses joueurs. « Mais il nous fatiguait aussi beaucoup », se rappelle Michel qui avait peut être alors trop tiré sur la corde. Après son opération, il ne retrouve pas toute la flexibilité de sa cheville, enchaînant tendinite sur tendinite. « C’est con de s’arrêter à dix-sept ans. J’aurais pu au minimum continuer en D3, je pense. Mais je suis allé m’amuser en corpo avec les pêcheurs. »

Ayant ainsi retracé une partie de l’histoire des envolées footballistiques des Cerrato, la conversation ne s’arrête pas là. Elle repart même de plus belle. Le bar de la Pointe Courte, n’en finit plus de déverser ses anecdotes nostalgiques. On tombe automatiquement dans le « avant c’était mieux ». Comment ne pas les croire…

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