Serge Delmas : « Pas l’oeuvre d’un seul homme »

Nicolas Deltort (INTERVIEW MHSC football, ActuSport34 juil 2009)

Serge Delmas au siège du MHSC (photo Eric Plane)

Serge Delmas au siège du MHSC (photo Eric Plane)

Le directeur du centre de formation du MHSC devait prendre sa retraite en fin de saison dernière, après neuf dernières années ponctuées de la plus belle des manières par une victoire des 18 ans du club en Coupe Gambardella. S’il a bien cédé sa place de directeur à Bruno Lippini, le MHSC a décidé de conserver son œil avisé dans un rôle de superviseur et recruteur chez les jeunes.


Monsieur Delmas, en quoi consistent exactement vos nouvelles fonctions ?

Même si j’avais déjà cette fonction quand j’étais directeur du centre, j’aurais un rôle plus pointu d’observateur pour le recrutement et notamment au niveau de tous les pôles espoirs. Il y en a huit ou neuf en France et les structures fédérales y installent des jeunes pendant deux ans en 13 et 14 ans. Aït-Fana ou Legras, entre autres, sortent de ces centres. C’est un bon réservoir et si on a la chance d’avoir le nez aussi creux qu’on a pu l’avoir dans le passé, cela va être intéressant. C’est une mission qui m’intéresse. Le recrutement, c’est vaste, mais surtout il faut être les premiers sur le coup. C’est toujours là que ça se passe.

Comment s’est passé le passage de témoin entre vous et les nouveaux responsables du centre ?

Le Président avait pris la décision de confier la responsabilité du Pôle formation à Jean-François Domergue pour les années à venir, et la direction du centre à Bruno Lippini. Les choses étaient claires et il n’y avait aucun problème de mon côté. J’en avais pris acte et j’avais eu des contacts avec plusieurs autres clubs. Puis Laurent Nicollin m’a proposé une nouvelle mission au MHSC. Après mure réflexion, j’ai accepté car le MHSC est quand même le club de mon cœur. J’en connais déjà les tours et les contours. Si je peux encore faire profiter de mon expérience…

Que retenez-vous de cette expérience de directeur d’un centre reconnu par tous comme un des meilleurs de France ?

J’ai tout d’abord eu la chance de travailler jusqu’en 1984 avec une génération exceptionnelle de jeunes joueurs. Avec les Blanc, les frères Passi, Baills, Scala etc. Après, on a continué à recruter régulièrement de très bons jeunes. Cela était plus facile quand on était en Ligue 1, mais même en Ligue 2, les parents n’hésitaient pas à les envoyer chez nous, ce qui prouvait la crédibilité et la côte qu’on a acquise au fil des années sur le plan national.

« La Ligue 2, c’est compliqué pour un jeune »

Que pensez-vous de cette génération montante ?

Il y a quand même quatorze joueurs formés au club qui ont repris l’entraînement avec les pros lundi dernier ! Vous vous rendez compte ? Au-delà des vainqueurs de la Gambardella, deux ou trois ans en-dessous d’eux, il y a vraiment une pépinière de très grande qualité. Le club doit s’appuyer dessus et, si on la gère bien, il y a vraiment de la graine de très bons joueurs. Il faudra les utiliser avec parcimonie car avant eux il y a les Carasso, Aït-Fana, Saïhi, Yanga-Mbiwa qui ont accumulé les matchs en Ligue 2. Bien encadrés par les joueurs expérimentés, ceux-là vont plus facilement démontrer leur talent en Ligue 1 qu’en Ligue 2 où c’est compliqué pour un jeune. Ils devraient exploser et la génération Gambardella suivra peut-être.

Comment arrive-t-on à monter une équipe capable de gagner la Gambardella ?

86% des joueurs de cette équipe évoluent ensemble depuis qu’ils ont treize ans. Il n’y a pas de secret en ce qui concerne le jeu collectif. Après, il fallait que ce soient des joueurs de qualité, ce qui est le cas. Et la différence s’est faite car le groupe est sain et intelligent .

Quelle est la force du centre de formation du MHSC ?

On a été un des tous premiers clubs ayant créé un centre de formation et  bénéficié du facteur géographique en attirant tous les bons joueurs du coin qui étaient là à l’époque. Puis on a toujours su les encadrer par des éducateurs de valeur et j’espère qu’on va perpétuer cela car, pour le MHSC, c’est LA solution. Le Président ne peut pas toujours tout tenir à bout de bras.

La saison 2008/09 est-elle historique pour les jeunes du MHSC ?

Regardez tous les titres qu’on a obtenus , des plus petits jusqu’aux plus grands, c’est l’année de Montpellier ! On parle toujours de la Gambardella, mais les 16 ans Nationaux avaient vraiment leur mot à dire pour le titre de champion de France. Cela ne s’est joué qu’au goal-average en demi-finale avec Marseille qui a été par la suite sacré champion. Là, c’est vraiment dommage car on aurait pu faire carton plein. Dans les groupes Sud, c’est toujours difficile et depuis cinq ans on est toujours là, c’est un signe. Les 15 ans et les 13 ans ont fait le doublé, les 14 ans ont joué le haut de tableau et au niveau de l’école de foot ils ont tous été premiers ou deuxièmes et surtout, les Benjamins ont été champions de France !

Toute cette formation n’est pas veine…

Evidemment, la réserve senior a par moments été composée à 80% de 18 ans et a fait un super championnat. Alors qu’on voit que d’autres clubs pros comme le TFC, Nice, l’OM, Saint-Etienne et Monaco n’ont pas résisté et sont descendus en CFA2 ces dernières années. On est obligés d’avoir des jeunes de très bonne qualité pour se maintenir en CFA et cela relève encore plus notre performance. Ça leur permet aussi de devenir plus matures. A l’époque de Laurent Blanc, ces joueurs en formation évoluaient en CFA et avaient disputé deux finales de Gambardella. Le lien est indéniable.

Qu’est-ce qui caractérise la formation à la Montpelliéraine ?

On n’est pas prisonniers d’un système comme le cocon Nantais. On a vu que quand leurs jeunes sortaient du cadre dans lequel ils avaient été formés, ils étaient en difficulté. Chez nous, on privilégie le côté convivial. Après, c’est une question de travail et de connaissances tout en ne se prenant pas pour d’autres. Il faut rendre hommage à tous ceux qui bossent au club, qui ne sont jamais mis en lumière. Et il y en a, car on ne travaille pas tout seul. Il y a les recruteurs et les éducateurs qui ne comptent pas leurs heures. Même les enseignants et le staff médical sont très importants pour le développement d’un joueur. Le résultat final n’est pas l’œuvre d’un seul homme.

Quel a été votre rôle au sein de cette petite armée ?

Je me suis toujours considéré comme le fédérateur d’une équipe avec laquelle on se devait d’être le plus performant possible tous les jours. Une Gambardella, ça ne vient pas en claquant des doigts, surtout chez nous.

Joueur, entraîneur, formateur, qu’avez-vous le plus apprécié ?

Ce sont des métiers vraiment différents mais je peux dire que j’ai vraiment pris du plaisir en centre de formation. Le football était ma passion, un rêve. Montpellier m’a donné cette chance de la vivre. Et puis, formateur, c’est passionnant ! Même si j’ai très vite compris que c’était un métier où il ne fallait pas attendre la lumière. Qui connaît le nom des directeurs des centres de formation de Monaco ou Lyon ?

« Cent matchs en équipe première pour signer pro »

Que regardez-vous quand vous recrutez un jeune ?

J’ai parfois pris un joueur sur un geste technique. Mais « grosso modo », on regarde en premier la technique, l’intelligence de jeu et de déplacement. Après, si possible, il faut de la qualité physique en terme de vitesse et puissance.

Justement, le physique n’est-il pas trop privilégié ?

Il faudra y réfléchir, nous les Français. Certains centres de formation n’ont pas privilégié les petits. Au MHSC, on n’a jamais fait barrage, même si c’est vrai que si un joueur est petit et pas technique, ça se complique. Je suis bien content de voir le Barça aujourd’hui. Ca tord le coup au stéréotype des joueurs grands et costauds. A l’avenir, il va falloir rééquilibrer tout ça, sans pour renier le physique complètement.

Les pays étrangers se sont-ils mis à la page en termes de centre de formation ?

Ils ne s’en sont toujours pas préoccupés puisqu’ils peuvent nous piquer nos 18 ans ! Les Anglais,  sont tellement bien organisés en matière de détection, pourquoi s’emmerderaient-ils avec des jeunes en période de croissance. Nous, quand on va chercher un gamin de 14 ans, c’est un pari, eux, ils ont les produits presque finis. Après, ils n’ont plus qu’à affiner leur choix.  Il est là le gros souci. Les jeunes partent beaucoup trop tôt. Dès qu’un joueur bouge une oreille, il y a tous les recruteurs qui accourent. En Gambardella cette année, à Baillargues, un recruteur de Valence est même venu dans le vestiaire demander la feuille de match.

La faute à l’arrêt Bosman ?

Ca nous a tués. Avant on disait que pour être un vrai pro, il fallait avoir joué cent matchs en équipe première ! Maintenant on est obligés de faire signer les jeunes assez tôt. C’est un système pervers, même si j’en suis à l’origine. Mais si on n’agit pas de la sorte, les meilleurs vous échappent.

Le risque est aussi que les jeunes se croient arrivés alors que la route est encore longue…

Ils se pensent pros alors qu’ils n’ont signé qu’un bout de papier. A Montpellier, on a vraiment de bons gamins à tous les niveaux. Désormais, il faut prendre en compte ce facteur psychologique, les forcer à travailler pour qu’ils ne s’installent pas dans le confort. Si les pros de 28 ans peuvent prendre deux jours de repos, les jeunes, eux, doivent rester à six ou sept séances par semaine. Leur réussite dépendra de la gestion à ce niveau-là et si tout se passe bien, le MHSC sera à l’abri dans les années à venir.

REPÈRES:
Age : 61 ans
Poste : Superviseur et recruteur au centre de formation du MHSC
Parcours : joueur au SOM (D2), Montpellier Littoral et MHSC (1974-78).
Directeur du centre de formation du MHSC (1978-84 et 2000-09), centre de formation du TFC (1984-94), centre de formation de Bastia (1994-98), entraîneur du TFC (1992-94) et du Nîmes Olympique (1998-2000)

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