Pierre Mosca : « Le derby : du folklore avant tout »

Nicolas Deltort et P.O. Burdin (INTERVIEW football, Actufoot34 – octobre 2008)

Pierre Mosca, aujourd'hui directeur sportif à Uzès/Pont-du-Gard (photo N.Deltort)

Pierre Mosca, aujourd'hui directeur sportif à Uzès/Pont-du-Gard (photo N.Deltort)

Passé par Montpellier (1987-89) et par Nîmes (1995-99) en tant qu’entraîneur, Pierre Mosca est aujourd’hui directeur sportif du club d’Uzès Pont du Gard en CFA2. Il nous éclaire de son point de vue à l’approche du derby. <!–more–>


Pierre, ce derby a-t-il une saveur particulière pour vous ?
Oui, mais pas seulement pour moi ! Que j’ai entraîné les deux équipes tient
de l¹anecdote. Ce match a toujours eu une saveur particulière, ce n’est pas
maintenant que ça va changer. Avec ces retrouvailles, les vieux démons de la
rivalité vont ressurgir !

Y a-t-il une opposition de styles entre Nîmes et Montpellier ?
Cette année, Nîmes exprime un football de promu, basé sur l’état d’esprit et
la dynamique de la montée. Montpellier a plus d¹ambition et son effectif
est de meilleure qualité. Ce sera un peu le match de la fougue contre la
technicité. Historiquement, je crois que le foot a plus droit de citer à
Nîmes qu¹à Montpellier. Cela se vérifie encore aujourd¹hui dans la
fréquentation des deux stades. C’est lié à l¹histoire encore jeune du club
de Montpellier, mais aussi au côté atypique et plus rural de la ville de
Nîmes. Tout au long de son histoire, Nîmes a été le club du Gard, mais aussi
des Cévennes ou de l¹Ardèche, en accueillant des joueurs issus de ces
régions.

L¹antagonisme entre les deux clubs est-il aussi fort qu¹avant ?
Non. S’il y a encore de la haine, elle est présente uniquement dans les
tribunes, entre supporters. Dans les deux équipes, des vrais Nîmois ou
Montpelliérains, il n’y en a plus beaucoup ! L¹esprit de clocher a ses
limites. Bien sûr, il reste encore un homme pour raviver un peu la braise
de ce derby, c’est Louis Nicollin. Je trouve ça bien qu¹il perpétue un peu
ça, car c’est ce qui rend ce derby sympa. Montpellier-Nîmes, c’est
folklorique plus qu¹autre chose. C’est le côté positif du foot, loin des
violences qu¹on peut voir dans certains stades.

Quel a été le derby le plus marquant pour vous ?
Je ne vais pas vous étonner en vous citant le derby de 1996 en demi finale de Coupe de France aux Costières. On a battu Montpellier contre le cours du jeu, alors que nous étions
en National et eux en D1. Au-delà du résultat, il y avait tout ce folklore
autour du match avec Nicollin, puis les Ricoun qui s’y sont mis.

Comment expliquez-vous cette épopée incroyable d’un Nîmes en National arrivant en finale de Coupe ?
Bien malin qui peut l’expliquer ! Que ce soit notre parcours, celui d’un Calais ou d’un Carquefou, ça échappe au rationnel, il n’y a rien à comprendre. La volonté qu’avaient les Nîmois, leurs adversaires l’avaient aussi. Il faut en plus le facteur réussite, la confiance, le public et le qualitatif, car Nîmes avait cette année-là une équipe digne de la L2. Un, deux, voire trois de ces éléments ne suffisent pas. C’est la conjonction de tout qui crée la surprise et nous amène dans une finale incroyable.

Pourquoi Nîmes a-t-il du mal a retrouver le haut niveau ?
Je comprends la nostalgie des Nîmois envers l’état d’esprit à la nîmoise. Mais la seule référence historique du club, c’est Kader Firoud dans les années 1960 ! Depuis il y a eu des erreurs qui, accumulées, deviennent des fautes. Les gens doivent se regarder dans la glace et se demander le pourquoi du comment de ce « no man’s land » de quarante ans. Tout juste a-t-on eu une année de D1 avec les Cantona, Vercruysse et Blanc, mais à eux trois ils touchaient ce que prenait le reste de l’équipe. Pour ce qui est de la situation actuelle, Je ne parle même pas de la relation tendue qui existe au sein du club…

Votre avis sur le Nîmes Olympique cette saison ?
Au lieu de prendre dix mecs de valeurs du National, il vaudrait peut-être mieux en choisir quatre de L2. Mais ils ont une dynamique dans l’expression et l’envie, même s’il y a de quoi
être inquiet vu leur classement. Il faut dire qu¹ils ont eu un calendrier avec de sacrés clients pour débuter. Quand ils rencontreront les équipes du ventre mou, ça va s’améliorer. Je suis convaincu qu¹avec leurs qualités, ils ont les moyens de se maintenir. Il ne faut pas qu¹ils se découragent, c’est
tout.

Qu’évoque pour vous la saison 1987/88 ?
Ahhh c’est la qualification en Coupe d’Europe avec Montpellier. On avait fini troisième du championnat avec la meilleure attaque et je crois que depuis on n’a pas vu mieux que ça !

Quel souvenir en gardez-vous ?
La rencontre entre des hommes. J’ai découvert cette année-là des garçons extraordinaires. Roger Mila, quel phénomène humainement et sportivement ! Et Julio César… Quand je suis venu signer mon contrat à Montpellier, j’ai vu un match de l’équipe de D2 qui montait alors en D1. Le président me demande ce que je voudrais en matière de recrutement et je lui ai dit un gardien et un défenseur. Comme j’avais été Louis Nicollin au Mundial 1986 pour voir le Brésil de Julio César contre l’Algérie, je lui ai dit que c’était lui que je voulais. Loulou m’a regardé de travers puis il a accepté en me disant : « Mosca, si on descend je te tue ! » (rires).

C’était culoté pour un promu de joueur l’offensive comme vous l’aviez fait…Il y avait bien sûr un schéma de jeu mais qui concrétisant le potentiel de mes joueurs. Avec Valadier à droite de Mila et Pérez à sa gauche, Ferhaoui et Blanc également dans un rôle offensif cela aurait été suicidaire de faire autre chose que de jouer l’attaque. En plus derrière ont été tranquille avec César et Stojkovic, la meilleure charnière de France alors que sur les côté, Luchési et Baills allaient au tampon sur les côtés.

Il y a surtout ce match contre le Matra Racing d’Artur Jorge qui avait décidé de faire jouer Krimau, son avant-centre, comme libéro et Germain, un défenseur central, comme attaquant…On était mené et à la mi-temps on se disait qu’on n’arrive pas à trouver le fil. J’ai alors demandé à Cubaynes de se sacrifier en défendant sur Krimau par qui tout partait. Il l’a harcelé et le Matra a commencé a prendre l’eau. Puis cela a été l’avalanche (Montpellier a gagné 6-1, NDLR). C’est là, en septembre qu’on a commencé à prendre conscience de nos possibilités et comme on a vu qu’on assurerait assez vite le maintien, on s’est déchargé de toute pression et on en a profité. On en a explosé quelques équipes à la Mosson !

Quelle était la force de cette équipe ?
La complicité, c’est le mot. Je ne parle même pas de camaraderie mais de complicité entre des joueurs d’expérience et des jeunes comme Blanc, le petit Ferhaoui qui commençait à pointer le bout de son nez ou encore Baills. Il y avait un amalgame qui se retrouvait jusqu’en boite de nuit ! Certains du clubs ne comprenaient pas ça, mais la complicité c’est le tenant et l’aboutissant psychologique d’un collectif. Chacun avait sa place. César comme star, Mila comme symbole et tous les autres au service du collectif autour d’un président très fédérateur.

Quelle relation aviez-vous avec Louis Nicollin ?
Tout le monde l’adorais et par la suite j’ai compris sa souffrance quand il utilisait le mot de « mercenaires » en parlant de certains joueurs du Montpellier de la fin de siècle. A l’époque, les jeunes, les Bernardet ou Lemoult étaient exemplaires et des joueurs fiables. Ce qui est très important pour une équipe et aussi pour Louis Nicollin.

Pour en revenir au sortie nocturnes de vous joueurs, étiez-vous au courant ?
Bien sûr que je savais qu’ils sortaient ! Julio César allait quasiment tous les weekends en Espagne. Mais pourquoi emmerder ces gars du moment qu’ils sont performants sur le terrain ? Je n’allais pas jouer au policier, même si le club me le demandait. Quand on rentrait de déplacement, il m’arrivait même de finir à 2h du matin de boire une coupette de champagne avec eux à la Grande Motte. Je vais vous faire un aveux, à un moment donné on analyse que le rôle de l’entraîneur est parfois dérisoire. Le seul mérite que j’ai eu en cette saison 87/88, c’est d’avoir laissé le talent de ses joueurs s’exprimer. L’entraîneur est là pour corriger des petites choses, mais cette année-là il n’y a pas beaucoup eu à faire !

Est-ce le meilleur souvenir de votre carrière d’entraîneur ?
Un de mes meilleurs oui, avec cette Butte où les mecs montaient aux grillages, c’était extraordinaire. J’ai eu la chance de connaître au moins un moment de bonheur dans tous les clubs où je suis passé.

Pourquoi lors de votre deuxième saison au club, l’équipe n’a pas été à pareille fête ?
Renouveler pareil exploit n’est jamais facile et il y a aussi eu le cas Valderrama. La presse m’a opposé à lui et notamment un journaliste de l’Equipe ou de France Football qui l’avait vu briller en Copa América avant de le recommander au staff montpelliérain. Le public a aussi commencé à me bouder car je ne lui faisais pas confiance. Mais j’avais des joueurs qui commençaient à venir en me disant « On a rien contre Carlos mais il n’est pas performant. » Ferhaoui par exemple se sentait lésé par Carlos. Mais il fallait faire jouer ce dernier pour ne pas qu’il perde de sa valeur. Comme il n’était pas bon, il en perdait forcément et c’était le serpent qui se mordait la queue. A un moment donné j’ai tranché et on m’est tombé dessus. La presse parlait du « Gullit Blond », je veux bien mais pour le bal et la variété. Je reconnais qu’il était très performante dans son contexte colombien, mais inadapté au foot européen que le veuillent ou pas les pseudos techniciens.

Votre avis sur le parcours du MHSC de ses dernières années ?
Il y a eu des erreurs de casting à un moment donné. Quand Loulou dit de son entraîneur que c’est « une pipe ! »…C’est que mon cher, tu t’es trompé. Le mauvais choix peut aussi être celui de virer un entraîneur. La bonne marche d’un club s’explique dans tous les cas par la stabilité au niveau des joueurs et du coach. L’exemple qui saute aux yeux actuellement, c’est Nantes qui, pendant trente ans, a été un exemple et qui fait le yoyo depuis son changement de politique. Le Mans, Lille, ça ce sont des clubs stables. Comme Sochaux où il peut y avoir un coup de vent mais où rien de grave n’arrivera. Ca fait chier pour Montpellier car le club n’aurait jamais du descendre en L2 et pour Nîmes qui devrait y monter plus vite. Mais on en est arrivé à tout casser.

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