Philippe Sers, la voix de l’Hérault

Philippe Sers au centre d'entraînement du MHSC à Grammont (photo N. Deltort)

Philippe Sers au centre d'entraînement du MHSC à Grammont (photo N. Deltort)

Autodidacte des ondes, Philippe Sers fait vibrer les amateurs de sports héraultais chaque week-end sur France Bleu Hérault depuis 24 ans. Retour sur la trajectoire de ce Montpelliérain passionné de radio et de football. Ou quand l’art du conteur côtoie celui du journalisme.

« À la base, pourquoi les gens écouteraient un gars déblatérer sur match pendant une heure et demie, à s’égosiller à la limite de la déshydratation ? », demande le commentateur radio héraultais, Philippe Sers. Il a pourtant réussi à captiver l’attention des auditeurs de France Bleue Hérault depuis ses débuts en 1984. Parce qu’il dit ce qu’il voit plus qu’il ne le raconte. « Je parle aux gens. C’est le principe même du support radio. » Il a le phrasé facile, le commentaire parfois acide. Son accent aux teintes d’Oc et ses bons mots qui dépeignent la réalité font de lui un monument du patrimoine héraultais.

Philippe Sers en aura fait rire des auditeurs par son art de l’habillage quatre étoile d’une action des plus quelconque : « Centre de Dupond pour Martin qui manque le cadre. Message à nos amis auditeurs de Juvignac, si vous retrouvez le ballon du match, merci de le ramener à la Paillade. » D’autres auront tremblés, recroquevillés derrière leurs transistors à partager la souffrance de leur équipe favorite ou à exulter pour ses succès. Digne des commentateurs qui lui ont donné la fibre (Blanc-Francart, Lenoir ou Asquero sur France Inter), le Montpelliérain possède l’art de délivrer l’éclaircie à l’auditeur plongé dans la pénombre des ondes. Mieux, il sublime la réalité. « Aujourd’hui avec la télé et internet, la radio doit conserver sa place dans les médias. Il faut expliquer l’info, lui donner de la couleur, du relief.  Faire des images avec les mots, sans toutefois trahir la réalité. C’est la différence majeure entre un commentaire chaud et un commentaire chauvin. Il en va de la crédibilité du journaliste », justifie-t-il, comme pour mieux écarter toute éventualité de subjectivité. Le meilleur compliment que l’on puisse lui faire est : « Philippe, tu as été dur, mais honnête. » « Quand Montpellier est mené 2-0, je ne peux pas dire qu’ils jouent bien, au contraire même. Il faut savoir à ce moment-là, modifier sa voix, son vocabulaire, pour susciter chez l’auditeur le sentiment de souffrance et de crainte d’en prendre un troisième. »

Le commentateur les a pourtant dans le cœur ces sportifs héraultais. Lui-même fait partie de ce cercle, sans pour autant avoir côtoyé les sommets. Né à Montpellier il y a quarante-sept ans d’une famille « ni modeste, ni bourgeoise », il est le cadet de trois enfants. « J’ai fait ma scolarité dans le quartier de la cité Astruc et j’ai toujours vécu ici. » Très jeune, il se passionne déjà pour le sport. Petit gabarit, mais athlétique, il fait du saut à la perche, sa discipline de prédilection, avant de tout lâcher pour le football : « J’ai failli épouser une carrière de footballeur pro mais quand j’ai compris que je n’arriverais pas à percer, j’ai préféré faire mon trou au perchoir de la Mosson que sur un terrain. » La formule coule de source, mais le raccourci est pourtant moins facile qu’il n’y paraît.

Le premier direct

L’envie de devenir journaliste lui est arrivé sur le tard, presque par hasard. « Le journalisme, c’est l’embelie professionnelle de ma vie, je ne me préparais pas du tout à ça », aime-t-il rappeler. Rien ne le prédestine en effet. Prépa kiné, études de droit, « pour faire marcher l’ANPE », de psycho et petits jobs à gogo accompagnent ses premiers pas d’adultes. Seul signe avant-coureur de son futur : la radio. Son frère, profitant en 1981de l’explosion des radios libres, lance Radio Corsaire sur la bande FM. Philippe prend plaisir à participer aux émissions du frangin : « Puis l’idée m’est venu de faire des commentaires sportifs sur les clubs du coin. À l’époque, ça n’existait pas à la radio. » Aux essais à blancs pour se rassurer, succède le premier direct, un Montpellier-Martigues en 2e division. Avec sa ferveur, Philippe ne passe pas inaperçu parmi la bande de plumitifs squattant l’ancienne tribune de presse de la Mosson. Il n’est pas épargné par les hésitations, les bafouillages, le chat dans la gorge ou le silence de quatre secondes à l’antenne « qui semble durer quatre minutes quand on n’a pas l’image ». Il commet aussi des erreurs de débutants : « C’est bête, mais prendre une boisson gazeuse avant un direct, tu t’en souviens assez pour ne pas recommencer les fois suivantes », rigole-t-il. Au-delà de l’anecdotique, sa truculence et ses éclats de voix lui valent l’intérêt de la toute nouvelle France Bleu Hérault qui cherche, en 1984, à ne pas louper le créneau des retransmissions sportives à la radio. « Ma chance a été d’avoir été là au bon moment et d’être alors le seul à faire ce que je faisais. Et aujourd’hui encore, si Sers est Sers, sans se regarder le nombril, c’est parce qu’il n’y en a pas d’autre du même style. » Au bout de quelques piges, l’aventure est lancée et dure toujours aujourd’hui : « J’ai tout appris sur le tas avec des journalistes de la première heure. C’est la petite histoire d’un gamin de Montpellier qui a trouvé sa voie dans le journalisme », conclut-il.

Tout sauf un clown

Philippe ne peut se contenter de la rigueur des anciens. Il y ajoute sa touche personnelle dans un langage soigné, souvent empreint d’humour, et avec un débit – n’ayant d’égal que le nombre de cigarettes qu’il fume à la minute – une intonation et des émotions dans la voix qui le rendent célèbre. Même auprès des moins passionnés. « Les auditeurs ont besoin de rigoler, de sursauter, d’être au cœur de l’événement. Et ça, le sport peut en être le garant. C’est fédérateur, il y a une fibre identitaire, celle d’être héraultais, un sudiste. Il faut la défendre mais avec rigueur. Sans passer pour un clown », martèle le commentateur. Avec « Sersou », un surnom que lui a donné Louis Nicollin le président du MHSC – « Lui et moi, c’est toute une histoire… » – le gardien fait sa parade dans le salon et l’attaquant vendange dans la cuisine. En voilà un qui a trouvé la recette pour fidéliser l’auditeur. Le journaliste évoque aussi l’aspect physique du métier. « Le sport, c’est éphémère. Ca démarre, on est à fond les ballons et ça s’arrête. Bonsoir Clara, on passe à autre chose. Même s’il y a tout un travail en amont du direct. » Sers est un diesel qui se transforme en turbo au coup d’envoi. « Et il faut tenir… D’où l’importance d’une certaine hygiène de vie, surtout concernant le sommeil. Même si on n’est quand même pas des moines tibétains. » Un jour, il arrive complètement aphone au stade. « Et là comment on fait ? », demande-t-il. Pas question d’annuler. Il va chez le médecin qui lui donne de la cortisone. « Pendant trois heures, vous allez chanter Pavarotti mais, à 11h du soir, vous serez mort », lui dit-il. On imagine les ondes radios ce soir-là… Et puis il y a cet accent. Une sonorité de langage qui ferait passer la pire des vacheries pour un bonbon sucré : « Je ne pense pas que l’accent soit un handicap à la radio, au contraire », confirme-t-il avec l’œil rieur. « Il faut aussi mettre de l’humour. Le sport, ce n’est pas comparable à l’Irak. C’est du chaud, c’est de la musique ! Il faut placer les choses dans leur contexte, les ballons sont ronds ou ovales, pas en forme de roquette. »

« C’était Rock’n’roll…»

Plus de vingt ans sur les ondes induit des milliers de matches commentés et de sportifs suivis. Entre exaltations et déceptions, il reste  forcément beaucoup de souvenirs à ce passionné. Philippe vibre avec la Paillade lors de l’épopée en 1991. Il véhicule au département l’euphorie d’une qualification héroïque acquise sur le terrain d’Eindhoven à la fin d’un temps additionnel interminable. « Il va falloir prévoir le café et les croissants car Mr. Perroto semble laisser plus de temps qu’il n’en reste ! », commentait-il alors. Il est aussi du voyage, lors de la même campagne : le Montpellier Hérault va défier Manchester United et en ramène un bon match nul après que les supporters aient redouté le pire suite au but éclair des Anglais en première période : « Mes aïeuls, à ce rythme-là on va en prendre comme aux boules ! », le commentateur préfère toujours en rire qu’en pleurer. « J’ai aussi commenté le match retour de Montpellier à Bucarest avec Louis Nicollin comme consultant. Un moment fantastique, avec Loulou qui  n’avait strictement aucune notion des micros ouverts ou fermés. C’était Rock’n’roll …» Sans même l’avoir entendu, on veut bien le croire. Pas avare à l’égard des autres sports – « Il a fallu aussi se mettre le pif dans le rugby, le volley, le basket puis le hand » – Philipe a noué des liens très forts avec certains acteurs du milieu sportif ou autres supporters. « Je joui d’un capital sympathie indéniable. Les gens se retrouvent à travers mes commentaires. Il faut l’info, la mécanique pour fidéliser, puis un peu de rouge, un peu de bleu et les paillettes avec quelques formules du coin. C’est clair qu’on ne me regarde pas de la même manière qu’un inspecteur des impôts. »

Concernant son rythme de vie, Philippe Sers affirme que le commentateur sportif est un journaliste à part au sein de sa rédaction : « On a un emploi du temps « space » quand même ». Il n’a jamais aspiré à de grands voyages ou à une vie d’aventurier. Ses jours de repos, il les passe avec ses deux enfants issus d’une famille recomposée. Le plus souvent à Palavas-les-Flots – « un endroit magnifique » – où il vit une vie en inéquation avec l’image qu’il dégage au micro. Peu bavard, il aime la pétanque, la pêche et ces lieux où il peut « parler avec le silence ». Son rêve : acheter un bateau. « Mais ce n’est pas demain la veille », marmonne t-il.

Concernant le futur, que pense-t-il de l’arrivée prochaine de la radio numérique ? Tout aussi avant-gardiste qu’il est, il avoue ne pas encore avoir eu le temps de se pencher sur la question. « Je n’ai pas trop d’éléments de réponse mais j’ai vu évoluer les médias et la société d’une telle façon que je ne peux pas fermer les yeux sur ce sujet. » Selon lui, les résultats de la radio numérique s’en feront ressentir beaucoup plus tôt que ceux qu’avaient eu les radios locales à leur apparition dans les années 80 : « Je ne vois pas pourquoi cela ne connaîtrait pas le même succès que ce en quoi les gens ne croyait pas il y a 25 ans. »

S’il semble que Philippe Sers et France Bleu Hérault sont liés depuis une éternité, ce n’est pas pour autant que le commentateur est las de son métier. Conscient de la chance qu’il a de se lever en ayant l’envie d’aller bosser. « C’est un luxe. Et me passer de la radio, je ne me le suis jamais demandé. » De la même manière, les directs sportifs du département se passeraient difficilement de lui. Pourtant, un départ du commentateur serait dans l’air du temps. La voix de l’Hérault en est au stade de la réflexion. « A 47 balais, on se demande si on continue jusqu’au bout ici, avec tous les inconvénients du commentateur sportif. Ou si on va vers l’actu nationale. Cela serait également plus bandant de commenter l’OM qu’un MHSC s’encroutant en Ligue 2. C’est un luxe de se poser ce genre de questions. Mais il faut trouver les  bonnes réponses en pesant bien le pour et le contre. »

N. Deltort avec P-O. B.

(Mars 2009)

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