Emir Spahic : « Gagner, rien d’autre ne m’importe »

Nicolas Deltort (Football – ActuSport34 N°15, 11 septembre 2009)

MHSC-PSG, 8 août 2009 (photo N. Deltort)

MHSC-PSG, 8 août 2009 (photo N. Deltort)

Arrivé depuis le Lokomotiv Moscou à l’intersaison, le capitaine de l’équipe nationale de Bosnie-Herzégovine est la belle affaire de l’été au MHSC. Le club tient sa star et les supporters, leur idole. Maniant les « fuck » dans son langage aussi bien que les tacles sur le terrain, le Bosniaque n’est pas un client facile.


Emir, comment es-tu venu au football ?

(Il grimace). Vous avez tout ça sur internet.

Pourquoi avoir choisi Montpellier alors que de nombreux clubs semblaient être également sur les rangs à l’intersaison pour te faire signer ?

Pour les belles filles (d’un ton froid).

Sérieusement ?

Si, si. T’as qu’a marquer ça : pour les belles filles, le soleil et la plage. Puisque c’est ce qui a été dit dans tous les journaux. C’est vraiment du grand n’importe quoi.

Ok… Alors comment se passe ton adaptation ici ?

Pfff, je n’ai toujours pas d’appartement, je ne sais pas pourquoi. Mon frère est ici avec moi mais si je veux m’installer avec ma famille, il me faut un appartement, bordel !

Sur le terrain, les choses se sont plutôt bien passées avec des débuts de rêves contre le PSG et une égalisation que tu as arrachée de la tête dans le temps additionnel ?

Des débuts de rêves ? Avec un but à la dernière seconde de la rencontre, tu trouves qu’on a fait un bon match ? C’était pourri, on n’a pas été bons.

Avais-tu eu affaire au Président Louis Nicollin avant qu’il ne t’enlace littéralement après ta tête victorieuse face au PSG ?

Bien sûr… Il est formidable et proche de ses joueurs. C’est important pour le club, l’équipe et pour nous qu’il continue d’être passionné comme ça.

Tes performances impressionnent depuis le début de saison. A quel degré de forme es-tu selon toi ?

(Il soupire) Je ne sais pas. On verra par la suite, mais ça va, je me sens bien. (Cette interview a été réalisée à sa sortie d’entraînement prématurée le mercredi 26 août et avant que le club ne réalise qu’il avait contracté le virus de la grippe A)

Avec Nénad Dzodic, tu formes une charnière centrale très solide. La présence d’un compatriote parlant la même langue que toi dans l’équipe a-t-elle joué un rôle au moment de signer ici ?

Évidemment. Sans lui je ne sais pas comment je me débrouillerais. On parle tout le temps. De tout, et bien entendu de nos pays. Sur le terrain on parle notre langue, le Yougoslave, et j’essaie de communiquer en anglais avec les autres joueurs. Mais il va falloir améliorer tout ça pour une entente encore meilleure avec tout le monde.

Parler en Yougoslave, c’est une bonne astuce pour que les attaquants adverses ne comprennent pas ce que vous mettez en place avec votre capitaine…

Il n’y a pas d’astuce (d’un ton sec) ! On joue pour être les meilleurs possibles sur le terrain et je m’applique à défendre de mon mieux sans compter sur le fait que les adversaires ne nous comprennent pas. C’est tout.

« C’est René la raison principale de ma venue à Montpellier. »

Comment juges-tu l’équipe et son potentiel ?

Le début de saison n’est pas trop mal mais on aura besoin d’acheter quelques joueurs de plus car le championnat est long.

Et les jeunes du club ?

Ils sont extrêmement bons et ils ont beaucoup de potentiel. C’est à nous, les plus expérimentés, de les guider en leur parlant le plus possible.

Ton impression sur les méthodes du coach René Girard ?

Elles sont très bonnes, mais surtout ce que je peux dire sur lui, c’est que son discours a joué un rôle important en ce qui concerne mon arrivée ici. René a toujours été droit avec moi et savait ce qu’il voulait, dès nos premiers contacts pour un possible transfert. Ce qui n’était pas le cas dans les nombreux autres clubs qui me voulaient à l’intersaison. C’est lui la raison principale de ma venue à Montpellier.

Que connaissais-tu du championnat français avant de venir ?

Marseille bien sûr, mais aussi Paris, Lyon…

As-tu des souvenirs de grandes équipes ou grands joueurs français du passé ?

(Il lève les yeux rêveurs). Bien entendu. Qui ne se souvient pas des merveilleux joueurs qui ont joué pour la France…

Comme qui par exemple ?

Je ne vais pas donner de nom. Je ne fais jamais cela.

Tu es passé prêt de la suspension suite à un rapport de la commission de visionnage pour ce qui était jugé comme un coup de coude à la tête d’un joueur de Lorient…

(Il s’emporte). Mais c’est uniquement dans le championnat français qu’on peut voir un joueur amené devant la commission de discipline pour quelque chose comme ça ! Si quelqu’un pense que mon geste était intentionnel, c’est qu’il n’y comprend rien. Tout ça pour un foutu journaliste de je ne sais quel journal qui a écrit quelque chose sur mon geste !

« Je peux également être une ‘pâte’ et paraître quelqu’un d’autre. »

Les supporters des pays des Balkans étant extrêmement chauds, quelle impression t’ont fait ceux du MHSC ?

Le moins qu’on puisse dire c’est que pour l’instant le public joue son rôle à merveille, que ce soit à domicile ou à l’extérieur où il est bien présent derrière nous. Il faut aussi que ça continue car on a besoin d’eux. Les supporters jouent un rôle très important.

Tu apparais comme quelqu’un ayant beaucoup de caractère sur le terrain et en dehors…

Effectivement, je peux être caractériel et plein de choses peuvent me passer par la tête. Mais je peux également être une « pâte » à côté de ça et paraître quelqu’un d’autre.

Jouerais-tu pour une équipe nationale regroupant tous les anciens pays des Balkans comme à l’époque de l’ex-Yougoslavie ?

Mais tu imagines si tous les joueurs de ces pays étaient réunis sous le même maillot ?! Ça serait une sacrée équipe… Maintenant on joue tous pour notre propre pays et on est tout aussi fiers.

L’équipe nationale de Yougoslavie était réputée pour son beau jeu et on appelait ses joueurs les « Brésiliens de l’Europe ». Est-ce que ta philosophie du football est aussi de bien jouer sur le terrain ?

Ma philosophie, c’est gagner.

Mais encore ?

Gagner ! Rien d’autre ne m’importe à part de faire mon boulot défensif du mieux possible.

Que fait Emir Spahic en dehors du football ?

J’aime jouer au tennis et aussi au basket, qui est un sport très important chez nous.

Parles-nous de l’équipe nationale de Bosnie-Herzégovine dont tu es le capitaine…

On a une bonne petite équipe et on espère se qualifier pour la Coupe du Monde en Afrique du Sud. On est actuellement deuxième de notre groupe derrière l’Espagne et devant la Turquie, qu’on va recevoir très bientôt à Sarajevo. Jouer en équipe nationale, c’est ma plus grande fierté, le sentiment le plus fort, mon meilleur souvenir de footballeur. Je suis prêt à tout pour elle. Et en être le capitaine est quelque chose d’inexplicable.

Que choisirais-tu entre un super parcours avec Montpellier cette saison et une qualification pour la Coupe du Monde ?

Faire un bon parcours avec Montpellier mais ne pas aller avec l’équipe nationale en Afrique du Sud – ou vice versa –, ça serait une saison de merde pour moi. Je veux les deux. Et toujours gagner.

Tes objectifs après l’exercice en cours ?

Je n’en ai pas. Je vis au jour le jour.

Un Emir à Montpellier (photo Nicolas Deltort)

Un Emir à Montpellier (photo Nicolas Deltort)

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