Le kiff de la méthode Keiffer

N.Deltort et L.Mucret (ActuFoot34)

Le coach avec les Benjamins du GC Lunel (photo N. Deltort)

Le coach avec les Benjamins du GC Lunel (photo N. Deltort)

Mercredi 3 décembre, les benjamins du Gallia Lunel ont eu une séance particulière au Stade Fernand Brunel. Leurs entraîneurs, Sébastien Garcia et Stéphane Christen, ont laissé l’animation de l’entraînement à François Keiffer, dont ils suivent la méthode depuis le début de la saison.

Qui est François Keiffer ? Il est l’auteur du livre « Plaisir et performance, la pédagogie de demain » dans lequel l’Avignonnais préconise une méthode de management basée sur le le jeu. Depuis la sortie de son livre en février 2007, sa méthode dépasse le Vaucluse et s’exporte un peu partout en France, notamment au Gallia Club de Lunel. L’entraîneur Sébastien Garcia, éducateur depuis huit ans, est un adepte : « J’ai été enthousiasmé par son blog et son livre. J’en suis les conseils depuis le début de saison et je vois des améliorations dans l’organisation et le jeu de mes joueurs. » Il sollicite donc Kieffer par internet pour que celui-ci vienne rendre visite à ses joueurs et que ceux-ci voient à qui ils doivent leur nouvelle approche d’entraînement. Une méthode que Sébastien qualifie de révolutionnaire. « Je ne me suis pas levé un matin en inventant un truc », rectifie Kieffer qui s’est basé sur ses sources d’inspirations privilégiées : des pédagogues, des scientifiques ou écrivains philosophes comme Jean-Jacques Rousseau et Descartes, des instituteurs, des médecins etc.…

« Je préconise un apprentissage par le jeu, comme dans la rue, la mise en situation et l’implication de tous. » Une méthode qui rappelle celle ayant formé des générations de joueurs talentueux du côté du stade de La Beaujoire. « La formation à la Nantaise, le jeu en mouvement, c’est fini. On ne voit plus que des duels, des longs ballons. Quand on mène 3-0, ça commence à jouer. Sinon… », constate Sébastien Garcia, nostalgique.

Arsène Wenger : « C’est la quête du plaisir et de la performance associées qui fait rêver, et qui est le moteur essentiel du sport, et du football en particulier.»

Vers 14h30, Sébastien Garcia réunit ses 24 benjamins pour leur présenter François. Ils sont impressionnés par cet homme présenté comme le collègue d’Arsène. « Je ne suis pas son collègue, précise l’intéressé. Je l’ai rencontré pour lui présenter mon livre et il en a réalisé la préface ». Le coach d’Arsenal ne l’aurait pas faite si sa méthode n’avait pas énormément de similitudes avec celle de Keiffer…

Une méthode où l’entraîneur résolve des problèmes avec la collaboration active de ses joueurs. Une expérience exportée du Japon où Wenger a entraîné de 1995 à 1996 ? Là-bas, les employés d’usines, notamment chez Toyota, travaillent de manière autonome, savent corriger leurs erreurs, et trouvent eux-mêmes les améliorations de leur œuvre. On retrouve ces grandes lignes dans le management de Wenger et la méthode Keiffer. « Même les joueurs les moins doués ont un cerveau », explique ce dernier. Son but n’est pas de donner de nombreuses consignes, mais de poser de simples questions orientées vers les réponses qu’il attend et qui s’encrent ainsi dans la mémoire de ceux qui ont fait l’effort de les trouver.

Confucius : « Raconte-moi, j’oublierai, Démontre-moi, je me souviendrai, Implique-moi, je comprendrai. »

En début de séance, Keiffer met en place un jeu de passes dans un petit périmètre avec un ballon pour deux. Il observe, puis interrompt : « Je vois des ballons qui vont n’importe où, ou des joueurs qui en reçoivent deux ! Pourquoi ? » Les joueurs répondent : « On ne lève pas la tête, on ne fixe pas le joueur.» Keiffer est satisfait. Il ne veut pas donner tout de suite les réponses aux joueurs, « Sinon, on en fait des GPS. Rabâcher des consignes génère aussi une dépendance envers l’entraîneur. »

Les gammes et les cycles ralentissent la progression

« Vous jouez beaucoup avec le pointu ? », demande Keiffer. Certains enfants répondent non. Pas étonnant quand on sait que la FFF déconseille ce genre de tir… Romario était-il un piètre finisseur ? «Le pointu est interdit par la Fédé … », rigole Sébastien. Ce n’est pas le seul reproche à faire à une FFF qui « se concentre trop sur les gammes et pas assez sur le jeu en situation de match, selon Keiffer. Les séances à blanc dénaturent le joueur. Certains pensent qu’il faut acquérir la maîtrise du geste avant de l’utiliser en match.» On lui demande alors ce qu’il préconise. « Le mieux, c’est d’apprendre en situation et en globalisant l’ensemble alors que d’autres préconisent des cycles d’apprentissage de gestes qui formatent les joueurs et qui ralentissent leur progression. Il ne faut rien isoler et comme c’est le cas avec les gammes. »

Pourquoi la FFF ne s’est-elle pas encore intéressée à Keiffer. « Certains disent : « Mais ce que vous dites, on le fait déjà tous… » Au contraire, la Coupe du Monde 1998 a fait du mal à la formation, il n’y a plus eu de remise en question après celle-ci », explique l’Avignonnais. On dit que la formation à la française est toujours la meilleure. Pourtant, les Espoirs ont raté les deux derniers Euros et les J.O. Pour François, l’exemple à suivre est l’Espagne, avec une formation basée sur le plaisir et le jeu, comme par hasard. Il suffit d’aller assister à un entraînement des jeunes ou des seniors du Barça ou du Real. Aujourd’hui, ils sont vainqueurs de l’Euro en A et en moins de 17 ans. Dans le même temps, les jeunes français partent à l’étranger. « Mais où vont- ils? », demande Keiffer. En Angleterre ! La formation y est quasiment inexistante alors on vient chercher les jeunes français bon marché. « Si nos joueurs étaient si bons que ça, ils partiraient à FC Barcelone !»

Keiffer continue sa séance, questionne toujours et encore : «  Ne pas s’énerver, qu’est-ce que ça apporte ? On n’est pas stressé. Le ballon ne va pas vous brûler le pied ! » Ses conseils portent leurs fruits. Il y a des sourires, des rires. Chaque garçon est attentif et concentré, même s’il est inactif. C’est le but qu’il recherche. « Le joueur doit toujours être en éveil », confirme Sébastien Garcia.

Devenir le meilleur de soi-même

Après trois quarts d’heure d’entraînement, c’est repos. Exactement le temps d’une mi-temps… Qu’est-ce que la méthode Keiffer préconise au moment de l’intervalle ? Le maître mot reste le dialogue: « Quand ça se passe mal, les entraîneurs ont tendance à gueuler. Je préfère faire réfléchir les joueurs car, la plupart du temps, ils ont les réponses. »

Les gens peuvent alors penser qu’une séance « Keiffer » doit être la foire. Trop de dialogue, l’entraîneur n’est plus le maître de la situation. « Au contraire, il y a un cadre défini et tout joueur qui en sort est sanctionné. On reste le boss qui peut taper du point sur la table quand il le faut. »

De retour sur la pelouse, Keiffer propose un nouvel exercice où les joueurs doivent se faire des passes entre trois séries de plots bien séparées sur la largeur du terrain et entre lesquelles il faut se passer la balle pour marquer un but. Les benjamins comprennent vite que l’exercice consiste à prendre l’habitude d’élargir le jeu. Keiffer n’a même pas eu à l’expliquer et n’arrête pas d’encourager les joueurs.  «J’essaye toujours de positiver, de valoriser, déclare-t-il. Je veux que le joueur devienne le numéro un de lui-même. Ma méthode répond à ça. »

Un gamin demande alors s’ils vont bientôt faire un match. « Oui, on est là pour ça », répond Keiffer. La séance se termine donc par une opposition sur demi-terrain. Pendant cinq minutes, Keiffer observe le match. Les benjamins ont tendance à retomber dans le travers de dribbles inutiles. Il les interrompt et interroge : « Le football est un jeu de quoi ? » Les gamins : « De passes  » Keiffer : « Et de ? » Les gamins : « De dribbles ! » Keiffer : « Si on a le choix, qu’est-ce qu’on choisit ? » Les gamins : « La passe ! » La fin du match se déroule avec un collectif plus solide.

« Je vais déranger »

Place au débriefing à l’intérieur du siège du Gallia en présence des parents. Keiffer s’adresse à eux : « Il faut encourager mais ne pas guider vos enfants au risque de les dénaturer. Il faut accepter les erreurs, puis laisser les éducateurs les corriger. » Si certains parents restent à convaincre, les benjamins repartent avec la « banane », serrant à tour de rôle la main de leur éducateur d’un jour. Est-ce que la Direction Technique Nationale appréciera autant sa méthode lors du colloque sur « Les nouvelles technologies en matière d’apprentissage » ? Celui-ci a lieu à Saint-Étienne le 16 décembre et le Vauclusien est invité. « Je vais déranger », prédit-il. De notre côté, on « kiffe » grave !

Lien : http://methodefk.rmc.fr/

Les Benjamins du GC Lunel à l'entraînement (photo N. Deltort)

Les Benjamins du GC Lunel à l'entraînement (photo N. Deltort)

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