François Trinh-Duc : « Le collectif avant tout »

Nicolas Deltort (Rugby – ActuSport34 N°15, septembre 2009)

François Trinh-Duc (photo N. Deltort)

François Trinh-Duc (photo N. Deltort)

Le nom du club a changé, passant de MHRC à MHR. Les ambitions des Héraultais se sont légèrement assombries, à l’image du nouveau maillot. Les « quatre fantastiques » ne sont plus que trois, dont François Trinh-Duc, à qui le staff technique a lancé le défi de passer du poste de demi d’ouverture à celui de trois-quart centre. Entretien.


Comme tous les mardis et jeudis en fin d’entraînement au stade annexe du Yves-du-Manoir, les joueurs du MHR ont l’obligation de se plier à l’exercice médiatique. « Ça fait partie de leur job », dixit le responsable communication du club. Séance autographes terminée, un cadeau d’un jeune supporter dans les mains, François Trinh-Duc accepte volontiers de nous parler à deux jours du déplacement au Stade Français. C’est dans la salle TV des joueurs qu’il reçoit, le soleil y tape un peu moins fort…

François, pas facile de s’entraîner par une telle chaleur on imagine…

C’est clair. Déjà, samedi dernier contre Perpignan en championnat, on a eu du mal à mettre la machine en route à l’échauffement. À l’entraînement, la chaleur n’est déjà pas évidente mais en match c’est encore plus dur. Pour preuve, Julien Thomas a fait une insolation.

La préparation et la récupération s’en retrouvent forcément modifiées ?

Effectivement. Déjà, durant la préparation d’avant saison, et sachant qu’on connaissait un été très chaud, le staff avait bien préparé son affaire. Après, c’est à nous, en dehors des entraînements et après les matchs, d’avoir une hygiène de vie encore plus appropriée que la normale pour que les organismes ne souffrent pas trop.

Oubliée la troisième mi-temps ?!

Non, pas jusque-là, la troisième mi-temps fait partie de la culture du rugby et elle existera toujours, mais c’est sûr qu’on ne va pas s’amuser à se bourrer la gueule tous les soirs (rires).

Revenons sur la saison passée. 5e avant les fêtes de Noël, l’équipe a semble-t-elle payé les conséquences de ce qui s’était passé en coulisse. Avec le recul, comment analyses-tu tout ça ?

Avec plus de recul, c’est vrai que l’arrivée de Philippe Deffins avec toutes ses ambitions et les annonces qui avaient été faites, nous a fait plus de mal que de bien. Cela nous a pas mal pompés d’énergie car l’aspect médiatique avait altéré le côté sportif. Annoncer que le club voulait gagner le Brennus d’ici deux ans avant d’affronter Toulouse et Clermont, ce n’était vraiment pas le bon moment de le faire. Peu de temps après, le départ de Deffins a encore bouleversé pas mal de choses.

Sur le plan personnel, tu n’as pas vécu ta meilleure saison l’an passé…

C’est sûr que ce n’est pas une saison à retenir pour moi. Même si j’ai fait des bons matchs et connu quelques sélections en équipe de France. Et j’avoue effectivement que j’ai eu un peu de mal avec cette image des quatre fantastiques qu’on avait voulu nous donner avec Ouedraoguo, Picamoles et Thomas, les trois autres internationaux.

« J’ai la conviction qu’il est possible de faire progresser le club »

Comment avait vous vécu le départ de Louis Picamole, votre pote de toujours, pour Toulouse ?

Son départ a été dur humainement et rugbystiquement car il apportait beaucoup au groupe sur le terrain et en dehors. Mais on a respecté son choix sportif et on l’a accepté. Il reste un ami et on lui souhaite bon vent, en espérant qu’on pourra un jour de nouveau jouer avec lui.

Que t’inspire le recrutement plutôt sage du MHR ?

Le recrutement a été bon, au niveau de nos moyens. On n’a pas de gros mécènes qui peuvent acheter des joueurs comme si on jouait à la PlayStation. On a pris de bons joueurs aux positions où on en avait besoin. Ce qui comptera avant tout cette saison, ce sera le collectif. On n’a pas une individualité capable de traverser tout le terrain pour aller marquer un essai.

Quel est ton sentiment à propos de ton repositionnent en trois quarts centre ?

On en avait parlé avec les dirigeants de l’équipe de France et ceux du MHR. C’est sûr que mon vrai poste, c’est celui de numéro 10 à l’ouverture. Mais cette opportunité s’est présentée et du moment où je joue et que je prends du plaisir, c’est un choix qui me plait.

Comment juges-tu les premières prestations de l’équipe après une lourde défaite à Brive et la victoire contre le champion de France à la maison ?

Le premier match a quelque part été catastrophique car on s’était parlé dans le blanc des yeux, en mettant en avant des valeurs à respecter comme les notions de défense, de solidarité et d’envie. Mais on s’est fait bouffer dans ces secteurs-là. On a su recadrer tout ça contre Perpignan, et il faut avoir la même attitude chaque weekend en prenant les matchs les uns après les autres.

Avec une équipe où la part belle est faite à la jeunesse, n’est-ce pas la saison de tous les dangers pour le MHR ?

On est un club où la formation est prépondérante. Il y a des jeunes qui poussent et qui vont avoir la chance de jouer et de progresser. On l’a vu contre Perpignan, même après deux phases de jeu, ils la « bouffaient ». On a besoin de cette fougue-là, ça fait partie d’un collectif. Après, c’est sûr qu’il est difficile de situer le MHR dans la hiérarchie du Top14. Surtout qu’il n’y a plus de petites équipes. C’est de plus en plus relevé, même les promus sont bien équipés avec le Racing qui a fait un super recrutement et Albi où il est très dur d’aller jouer. Le but est qu’on mette le maximum d’envie pour prendre le maximum de points et on fera les comptes en fin d’année.

Les jeunes sont appelés à exploser cette saison, quel est ton rôle vis-à-vis d’eux, toi qui est passé par là il n’y pas si longtemps ?

Il faut travailler dur et deux fois plus quand on est jeune car il est d’autant plus dur de répondre présent. Nous, on ne peut que leur donner un coup de main en leur parlant de ce qu’on a vécu, les bons et les moins bons moments par lesquels on est passé. Mais ils sont bien préparés.

La Ligue va imposer aux clubs français un taux de 50% puis de 70% de jeunes issus de la formation française à partir de la saison 2010/11. Cela ne peut que faire du bien au MHR, non ?

Logiquement, oui, puisqu’on est le meilleur centre de formation de France. On aura moins de mal à rentrer dans les quotas que les clubs où il n’y a qu’un seul Français dans l’équipe comme ceux qui recrutent des stars et des étrangers à la pelle.

On voit des joueurs discuter avec les arbitres de touche, le rugby à papa n’est-t-il pas définitivement mort ?

C’est sûr que le rugby évolue, il est devenu pro depuis longtemps et il y a quelques dérives. Mais il existe toujours les valeurs comme celles qui sont écrites sur ce mur (il pointe du doigt une affiche du club). Il y a de l’argent, je ne m’en cache pas, je suis un pro qui peut vivre de ma passion. Il y a peut-être des choses qui ne devraient pas se faire, mais le respect des arbitres sera toujours là et on ne verra jamais des hooligans comme dans le football.

« Gagner, la meilleure équipe du monde chez elle, c’est jouissif »

Justement, à propos d’argent, le club a certainement dû consentir un effort pour garder trois de ses fantastiques ? Certainement le meilleur recrutement de tous…

L’arrivée de Deffins avait tout chamboulé. Puis, du jour au lendemain, tout avait de nouveau changé. Si j’ai décidé de rester, c’est que j’ai la conviction qu’il est possible en l’état actuel des choses de faire progresser le club et également d’y franchir des paliers individuellement. Ce n’est pas un mauvais choix que de pouvoir travailler au niveau du management de l’équipe et comme un leader de ses leaders. On m’a demandé certaines choses en équipe de France, c’est bien de pouvoir les travailler en club.

Le poste de centre chez les Bleus n’est pas celui où il manque le plus de monde…

Il y a beaucoup de bons joueurs en effet. Mais le staff veut que j’y progresse, que je puisse y glisser pour voir certaines choses. Ce sera un moyen de grandir et d’apprendre avant de devenir un atout dans le futur.

Un mot sur la tournée en Nouvelle Zélande de juin dernier ?

Le premier match a été fabuleux pour moi. Gagner, la meilleure équipe du monde chez elle, c’est jouissif. Ça reste les Blacks, le très haut niveau dans le souci du détail. On voulait réaliser le doublé et entrer dans l’histoire mais le second match a été encore plus dur à cause de la météo et de l’arbitre…

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour cette saison ?

Qu’on fasse un parcours beaucoup plus régulier avec le MHR et qu’on monte en puissance en installant davantage notre jeu. Si on pouvait accrocher les quarts de finale du Top14, ce serait merveilleux. Avant ça, j’espère pouvoir faire partie de la sélection qui affrontera les Blacks, les îles Tonga et l’Afrique du Sud en automne. C’est un gros challenge.

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