Lilian Compan : « Quand j’ai vu ce stade… »

Nicolas Deltort (INTERVIEW football, ActuSport34 – juin 2009)

L'avant centre du MHSC célébre un but contre Ajaccio (photo N. Deltort)

L'avant centre du MHSC célébre un but contre Ajaccio (photo N. Deltort)

Embêté par une blessure survenue au printemps, l’attaquant de pointe est revenu en forme au moment du sprint final, marquant des buts décisifs face à Angers et Ajaccio. Pesant de tout son poids et de son expérience dans la conquête du Graal par le MHSC.


Lilian, comment se passent tes vacances ?

Je suis parti en Turquie dès le lendemain du dernier match. Lors des deux montées précédentes que j’ai vécues avec St-Etienne et Caen, je n’avais pas savouré en famille. J’en avais vraiment besoin car, après ma blessure, j’ai beaucoup forcé pour revenir en forme.

Quel est ton sentiment aujourd’hui, celui du devoir accompli ?

Ah oui ! Quand je suis arrivé en cours de saison, tout le monde pensait qu’atteindre la Ligue 1 était impossible. Mais au fond de nous-mêmes, on croyait en nous et on n’a jamais baissé les bras.

Jusqu’à ces derniers matchs d’un niveau de jeu exceptionnel, qui ont fait taire les pessimistes…

Quand on voit nos prestations face à Angers, venue à la Mosson pour nous empêcher de croire à l’accession, ce match de haut-vol à Tours, celui de Strasbourg ou même Guingamp… On a su hisser notre niveau jusqu’à celui d’une équipe de Ligue 1, dans l’intensité notamment. Ce qu’on n’avait pas su faire avant les six derniers matchs de la saison.

Que retiens-tu de votre parcours ?

Deux choses. Nos deux belles séries face aux mêmes équipes à l’aller et au retour, fin décembre tout d’abord, quand on était super bien physiquement, et puis en fin de saison. On jouait bien au football, complètement libérés. Je retiens aussi que chaque fois qu’on a eu la pression d’être dans le trio de tête, on n’a pas su la tenir. A la fin, cela a été complètement l’inverse. Plus la pression montait, plus on était bien !

Quel moment du championnat a été décisif à tes yeux ?

Je retiendrais notre victoire face à Angers 1-0 dans les arrêts de jeu. Je n’avais jamais vu autant de joie après l’un de nos buts. Dans les yeux des joueurs, on pouvait lire : « Putain, on est encore là ! » Cela a été le déclic et un signe annonciateur. Ce n’était pas le fruit du hasard de gagner à Troyes et contre Angers en fin de match.

Qu’est-ce qui vous a manqué pour ne pas jouer avec les nerfs de tous les fans jusqu’à l’ultime seconde du championnat ?

D’être plus réguliers. Mais faire une saison complète en Ligue 2 est impossible physiquement et moralement. On a eu des blessures, une équipe changeante, certains cadres en méforme et, peut-être, un peu trop de jeunesse dans le groupe. On a eu un peu tous nos torts.

Rolland Courbis a beaucoup été critiqué pour certains de ses choix…

Il a aussi eu ses passages à vide. Mais il a toujours cru en nous, même s’il a dû avoir un moment de doute quand on n’a montré aucun fond de jeu à Vannes ou Bastia. C’était pourri. Puis il a eu la bonne idée de changer la tactique et de finir la saison en 4-4-2 en repositionnant Montaño et Delaye alors que personne ne pensait qu’il allait le faire. Il nous manquait un meneur de jeu et Phillou nous a fait énormément de bien. Rolland a eu du flair, redevenant ainsi un très bon coach.

Quel sentiment prédominait après le match de Tours où vous auriez pu l’emporter sans deux maudits tirs sur les poteaux ?

On était déçus mais aussi contents, car cela avait été très dur face à une équipe intraitable à domicile cette saison. On a su les maintenir contrairement aux autres prétendants qui ont chuté là-bas.

Cela vous mettait cependant dans l’obligation de gagner face à Strasbourg pour être surs de monter…

Ce n’était pas plus mal. Si on avait pu se contenter d’un match nul, on aurait commencé à faire des calculs et ça, on ne sait pas faire.

Comment avez-vous géré la semaine précédant ce dernier match ?

C’était sérieux, rigolade et détente au menu. La pression n’est venue que petit à petit. Aux entraînements, beaucoup moins de joueurs déconnaient à l’approche du jour J. Avec l’enjeu qu’il y avait, au fond de nous, on se disait qu’on n’avait pas fait tout ça pour échouer à la dernière marche. Je me suis surpris à ressentir une grosse pression. Dans le vestiaire, on voyait qu’on voulait tous clôturer ça au plus vite.

Quelle était la tactique préconisée par le coach face à Strasbourg ?

Une chose était importante : ne pas se précipiter et se jeter dans la gueule du loup pour se faire contrer, ce dont on avait le plus peur. L’objectif était de me trouver le plus rapidement en point d’appuis. A moi alors de donner le ballon derrière leurs stoppeurs, qui n’étaient pas rapides, pour que Victor et Karim aillent provoquer leurs excentrés. On a bien réussi à les écarter.

Quel a été son discours à la mi-temps alors que Strasbourg venait juste de réduire le score ?

Rolland a mis l’accent sur le fait qu’on soit à 2-0 ou 2-1 à la pause, c’était toujours nous qui menions. On n’avait pas à avoir peur. Au retour des vestiaires, on a connu notre meilleure période dans le jeu, la conservation du ballon et l’utilisation des espaces.

Et un but signé Compan injustement refusé …

Il était valable et ça fait suer car j’avais fait le pari avec ma femme que je marquerais le but de la montée !

Comment vois-tu le MHSC en Ligue 1 la saison prochaine ?

Si on garde le même niveau qu’en fin de saison, on peut faire quelque chose de sympa. Mais on ne sera pas capables de le maintenir pendant dix mois. Il faut donc plus de joueurs d’expérience de la Ligue 1, qui se fondent bien dans notre état d’esprit autour des joueurs en pleine éclosion comme Costa et Marveaux, les cadres et les jeunes du club.

Penses-tu que les jeunes pros ou les vainqueurs de la Gambardella peuvent percer au plus haut niveau ?

Ce n’est pas qu’ils peuvent, c’est qu’ils doivent ! Montpellier en a besoin. S’ils ne passent pas le cap de la L1, le MHSC sera en difficulté dans le futur. Certains ont largement le niveau dans leur tête. Karim Aït-Fana est devenu un homme cette saison, mais il doit confirmer, ce qui est le plus dur. Comparé aux jeunes de Caen, il y a beaucoup plus de potentiel ici pour réussir à se maintenir. A nous, les cadres, d’essayer de bien les orienter.

Tous le monde est unanime pour dire qu’on a retrouvé l’état d’esprit pailladin…

Quand j’ai vu ce stade plein, je me suis dit : quand les Strasbourgeois vont découvrir ça, ils vont se dire que ça va être chaud. On a réussi à emballer le match et se mettre le public dans notre poche. C’était la meilleure configuration possible pour retrouver cet état d’esprit disparu.

Cela te donne-t-il encore plus envie de continuer l’aventure au MHSC ?

Je suis très fier d’avoir réussi mon pari en venant ici. On m’avait dit que j’étais fou d’aller à Montpellier ! Qu’il y avait de meilleurs choix à faire, plus sages. Mais les challenges, j’adore ! Avoir vécu ça, cette ferveur, c’est fantastique. Cette montée a été la plus dure à acquérir des trois que j’ai connues. On est allés la chercher au fond de nous-mêmes.

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