Max, l’aventurier des salles perdues

Nicolas Deltort (PORTRAIT Cinéma – La Gazette de Montpellier, 7 mai 2009)

Max dans son appartement lunellois (photo N. Deltort)

Max dans son appartement lunellois (photo N. Deltort)

Une rencontre avec Max Brunel est un voyage nostalgique à travers l’âge d’or du « septième art », au temps des balcons et des strapontins, quand le cinoche était un rite. Dans son appartement de Lunel, le temps semble s’être arrêté.


Max nous accueille en compagnie de son « premier colocataire », Guy Marchand, acteur dont l’affiche taille réelle est placardée on ne peut plus visiblement dans l’entrée de son 35 m2. Un souvenir du temps où cet esthète du cinéma de 75 ans travaillait comme inspecteur de salle au Capitole de Montpellier. « J’avais l’exclu de la publicité, je me régalais. Je découpais, je collais…Je faisais de ces vitrines. Ah, ça avait de la gueule », explique Max. Né à Vauvert, dans le Gard, ce diable de cinéphile arrive à Lunel en 1939. Ses parents tiennent une épicerie dont la façade donne sur l’enseigne du cinéma Athénée. « Cela a été le déclic de mon engouement pour le cinéma, et comme vous le voyez, ça me poursuit ! »

S’il nous en fallait encore la preuve du béguin du Pescalune pour le 7ème art, la suite finit de nous convaincre. Dans le petit salon, les rideaux sont tirés. En face de l’écran télé, au centre de la pièce, un vieux fauteuil de démonstration en cuir rouge plante définitivement le décor. « Il en a accueilli des fesses célèbres ! Emmanuelle Béart, Marthe Villalonga et à un degré moindres, celles de Roger Hanin », rigole Max à qui le gérant du Capitole lui avait donné ce fauteuil de démonstration.

Des films, Max en vue. Beaucoup. A en choisir un en particulier, sa préférence irait pour La strada de Federico Fellini. « Bouleversant et plein de philosophie sur le passage de l’homme sur cette terre. »

Une formidable collection

Lui qui a vite basculé et passé sa vie du côté des salles obscures, préfère désormais son petit chez soi au parfum de dernière séance plutôt que les complexes modernes. « Je ne vais plus beaucoup au cinéma. Ils sont tellement éloignés des séances d’antan ». Divorcé, Max vit tout seul. Enfin, presque… Après Guy Marchand, il nous présente Serge Gainsbourg, ou plutôt une statue de bois à son effigie placée dans un coin de la pièce. « C’est mon second colocataire ! Au moins, il ne fait pas de bruit et il ne m’embête pas trop quand je regarde un film ! »

Sur ses étagères, Max empiles les livres dont une bonne partie est bien sûr consacrée au 7e art. Les murs sont décorés de vielles affiches de films sous verre, comme celles de La passante du sans-souci ou Arènes Sanglantes. « J’en ai eu une ribambelle à une époque », affirme le collectionneur. Il sort alors des classeurs où sont méticuleusement rangées photographies, programmes et articles anciens consacrés aux cinémas de Montpellier. C’est parti pour un historique d’avant guerre d’une bonne heure.

Cet amour fou du cinéma, Max le vit également comme contrôleur dans une salle pescalune de 1964 à 1971. Avant de rentrer aux P.T.T. et d’ouvrir, parallèlement, une salle à Lunel-Viel. Puis il s’occupe d’un circuit en format réduit itinérant qui lui sert de tremplin pour acquérir une salle à la Grande Combe. Récession minière et ouverture de complexes à Nîmes et Montpellier le forcent à céder ses affaires. « Les films m’arrivaient comme des citrons pressés à Lunel. Et puis, qui n’allait pas acheter une paire de soulier à Montpellier ou quel homme n’allait pas voir le football le dimanche, pendant que leurs dames et enfants allaient au cinéma ? »,

Suivent alors quinze années comme employé au Capitole, et sa salle en théâtre italien, qui lui tiennent particulièrement à cœur. A la retraite, ce « pêcheur de lune »* n’en démord pas de sa passion. Il se lance dans l’écriture de l’ouvrage Que reste-t-il de nos Cinés ?, consacré à toutes les salles ayant pu exister à Montpellier. Ce qui lui vaut sa « petite » heure de gloire littéraire en 1995, l’année du centenaire du 7ème art. « Ça c’est la bible ! La bible ! », martèle Max en brandissant le livre des deux mains A quand la canonisation ?

*Traduction de Pescalune, habitant de Lunel

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