Mickael Guigou : « Rester humbles et concentrés »

Nicolas Deltort (INTERVIEW handball – ActuSport34 N°5, sept 2008)

Mickael Gigou lors de son retour à Montpellier après les J.O. de Pékin (photo N. Deltort)

Mickael Gigou lors de son retour à Montpellier après les J.O. de Pékin (photo N. Deltort)

L’ailier de poche du MAHB est le plus jeune des quatre joueurs montpelliérains champions olympiques à Pékin avec l’équipe de France de handball. Décisif, avec 19 buts durant la compétition dont 3 en finale, Mika revient sur ces JO en or et dresse un bilan de la situation du handball français.

Michaël, presque un mois après le retour de Pékin, l’euphorie est-elle redescendue ?

C’est vrai que l’accueil a été sympa partout où on s’est déplacé depuis notre retour en France. Mais j’étais blessé et je n’ai pas pu complètement savourer tout ça. Pour le premier déplacement du MAHB à Nantes, comme à Dunkerque hier, j’ai vu à la télé qu’il y avait de l’euphorie. Les JO sont toujours chauds dans la tête des gens et ils ont à cœur de revoir les champions olympiques.

Le regard des gens a-t-il changé ?

Oui complètement ! On est plus remercié, davantage reconnus car on a été davantage exposé durant ces JO. La diffusion de tous les matchs de l’équipe de France à Pékin a permis à beaucoup de gens de s’intéresser au handball. Alors qu’avant les chaînes retransmettaient uniquement la finale.

Penses-tu que cette ferveur va profiter au championnat de France ?

C’est certain. Déjà, en terme de diffusion, un nouveau contrat a été signé avec Orange et Eurosport. Les droits télé ont augmenté même si on reste loin derrière le rugby et le foot. On doit se servir des champions olympiques pour remplir les salles et en profiter pour demander aux villes et agglomérations en construire de meilleures. Car en France, elles ne donnent pas envie aux gens d’aller voir des matchs. René Bougnol a sa chaleur, son ambiance et un public. Malgré tout les collectivités locales vont faire en sorte qu’on ait une salle de 12000 places alors que dans le même temps Ivry a été champion avec une salle de 700 spectateurs il y a deux ans, c’est ridicule. En Allemagne, c’est du niveau de la NBA, avec 5000 à 20000 spectateurs par matchs ! Il faut franchir ce cap pour aussi attirer plus de sponsors, mettre des spectacles autour des matchs, des loges et salons VIP.

Le contrecoup post JO ne se fait-il pas ressentir quand on réattaque une nouvelle saison avec son club ?

C’est surtout râlant d’avoir fini les JO sans être au maximum de mes possibilités. De passer plus de temps à se poser des questions sur ma cheville blessée que du temps à me motiver. Cela a été une grosse frustration, aussi du fait de ne pas avoir pu profiter de tout ce qu’ont apporté les JO en compagnie de mes coéquipiers du MAHB au contact des gens autour des matchs. C’est ça, le contrecoup !

Qu’en est-il de ta blessure ?

J’ai eu une entorse à sur une cheville déjà opérée. Elle a gonflé avant les quart de finale des JO et j’ai joué trois matchs blessé. Mais sans mettre ma carrière en péril. J’ai repris l’entraînement tout seul cette semaine.

« Il faut de plus grandes salles en France »

Avec le recul comment revois-tu la saison historique du MAHB de l’an dernier ?

C’était une année essentielle pour le club dans le sens que c’était une saison de transition. Après le départ de joueurs cadres, tout le monde se devait de prendre ses responsabilités, ce qui a été fait. La victoire en Coupe de Ligue nous a vraiment lancé vers le triplet. Et même si on a pas les moyens d’autres clubs européens, on a réussi à sortir de très bon jeunes pour nous aider à atteindre nos objectifs. Je pense à Honrubia, Accambray ou Thomas.

La priorité va-t-elle désormais à l’Europe ?

C’est beaucoup plus dur d’y réussir qu’avant. L’Allemagne et l’Espagne ont trois ou quatre équipes engagées alors qu’elles n’en avaient que deux auparavant. Et toutes aussi fortes les unes que les autres ! On a une belle équipe en train de se former et si on peut rivaliser le temps d’une rencontre avec des Ciudad Real ou Hambourg, cela restera très dur en matchs aller/retour. Mais on va se battre pour ne pas avoir de regret comme l’an dernier. Pour cela, on doit progresser à l’extérieur pour aller plus loin dans la compétition. En commençant déjà par gagner dans quinze jours à Léon !

Votre effectif a peu changé, c’est plutôt une bonne chose…

Plus important, on a un nouveau gardien qui va faire une très belle paire avec Karaboué. Ce qui est très important en handball. En finale de Ligue des Champions il n’y a pas d’équipe avec un gardien à faible réputation ! On a les bases pour faire une belle saison, mais il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en jeu pour réussir.

Que vous manque-t-il pour arriver au niveau des grosses cylindrées allemandes ou espagnoles ?

Il manque de gros budgets ! A Montpellier, on est encore loin du compte. Il n’existe pas un gouffre avec ces équipes mais c’est conséquent. Surtout quand on rajoute le problème de notre système d’imposition et notre championnat moins attractif. Je le répète, il faut de plus grandes salles en France pour rivaliser. Et au niveau de l’exposition médiatique, cela n’a rien à voir non plus. En Allemagne, ils passent au moins un match de championnat par semaine sur des chaînes publiques.

Quel a été le discours de l’entraîneur en début de cette saison ?

De continuer à être présent dans ce championnat de France auquel Montpellier est très attaché. En sachant se battre tout au long de la saison pour montrer qu’on est les plus forts sur chaque match. Ce qui n’est pas facile quand il y a aussi la Champion’s League et l’équipe de France. Il faut rester humble et concentré pour se présenter sur n’importe quel parquet sans y être surpris.

Pour en revenir à Pékin, comment résumerais-tu cette aventure ?

Le plus dur c’était d’assumer notre rôle de favori, ce qui n’est pas chose aisée quand on voit les résultats des autres favoris français aux JO qui, en dehors de Alain Bernard, ont peu assumé leur rôle. Chaque équipe a une préparation optimale et cela se joue souvent sur des détails. Mais on a été supérieur à tout le monde. Sauf à la Croatie qui a fait jeu égal avec nous en demi finale. Cela a été « LE » match décisif. Mais on les connaissait puisqu’on les rencontre régulièrement depuis 2005 en quart ou demi finale. On sait qu’ils jouent sur un rythme très lent, avec des attaques très longues, et qu’on avait besoin de beaucoup de concentration face à eux. Ce qui a été le cas lors des dix dernières minutes quand on a su ne pas craquer à ce niveau-là.

Le handball français tient-il sa « dream team » ?

C’est sûr qu’à quasiment tous les postes, on a les meilleurs joueurs du monde. Quand on est en forme collectivement et individuellement, on est très fort. Lors du Championnat d’Europe de 2006 on a quand même battu de huit et neuf buts  la Croatie et l’Espagne en demi et finale ! Tous les clubs du continent s’arrachaient alors les joueurs français.

« Faire respecter notre titre et notre médaille »

Pourquoi avoir choisi de rester à Montpellier ?

J’ai été en contact avec Ciudad Real. Mais j’ai refusé pour la foi que j’ai en Montpellier. Le club a su faire un effort financier et a surtout monté un nouveau projet après avoir réalisé qu’après avoir laissé partir Fernandez, Dinard ou Karabatic, il fallait faire quelque chose. Il a su pousser les sponsors et Mr. Frêche à nous aider. C’est un tas de projets qui, à un moment donné, m’ont décidé à rester. Ici, j’ai aussi mes proches à côté. Quand on voit l’expérience à l’étranger de certains qui sont un peu malheureux, je me dis pourquoi changer quand on a ces conditions de vie là à Montpellier ?

Avec quatre médaillés olympiques, le MAHB est-elle l’équipe à battre cette saison ?

Forcément, cela amplifie les choses. Mais la motivation des autres équipes face à nous est bien là depuis plusieurs années déjà. Même quand Ivry a été champion, on était toujours l’équipe à taper. A nous de faire respecter notre titre et notre médaille.

La demi-finale de Coupe du Monde face à l’Allemagne en 2007 reste-t-elle votre pire souvenir ?

C’est forcément douloureux. Je récupère un ballon et vais marquer un but qui aurait dû être décisif s’il n’avait pas été refusé sans raison valable ! On s’est fait voler. Mais on aurait dû faire la différence avant cette fin de rencontre. Car tout au long du match les arbitres ont avantagé des Allemands qui jouaient chez eux. C’était évident qu’à un moment donné, s’ils pouvaient nous entuber, ils le feraient.

Parlez-nous de votre désormais célèbre intervention sur le plateau de Canal + il y a quelques semaines…

(Rires).En fait, « Chibre », c’est le surnom de ma copine. Il vient d’une soirée entre potes qui étaient tous célibataires ou qui venaient de se faire plaquer. Elle était la seule femme parmi nous. A un moment donné, un des gars a dit : « Qu’est-ce que ça fait du bien de passer une soirée entre chibres… » Et il s’est retourné vers elle en lui disant : « Mais toi aussi t’es un chibre ! » C’est resté et lors d’un enterrement de vie de garçon d’un pote, j’ai fait le pari de passer à la télé avec  ce t-shirt « J’aime le Chibre ».

REPERES :
Age : 25 ans
Taille : 1m79
Poids : 78 kg
Poste : Ailier gauche
Parcours : Apt (1988-98), Avignon (1998-99, MAHB (1999-08)
Palmarès : 107 sélections en Equipe de France – Médaille d’Or aux J.O. 2008, Champion d’Europe 2006, 3e au Championnat du Monde 2005, Champion d’Europe jeunes 2001, Ligue de Champions 2003, 6 fois Champion de France, 6 Coupe de France, 5 Coupe de la Ligue

Une de couv' d'ActuSport34 N°5, sept 2008 (photos N. Deltort)

Une de couv' d'ActuSport34 N°5, sept 2008 (photos N. Deltort)

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