Albert Rust, un gardien en or

Nicolas Deltort (INTERVIEW football, ActuFoot34, 14 mars 2008)

Albert Rust, chez lui à St-Georges d'Orques proche de Montpellier (photo N. Deltort)

Albert Rust, chez lui à St-Georges d'Orques proche de Montpellier (photo N. Deltort)

L’ancien gardien du MHSC a été désigné pour porter, en compagnie d’autres sportifs, la flamme olympique lorsqu’elle passera à Paris, le 7 avril. En tant que capitaine de l’équipe de France de football championne olympique aux Jeux de 1984 à Los Angeles. Voici l’occasion de revenir avec lui sur cette aventure américaine ainsi que sur le reste de sa riche carrière.


Albert, qu’est-ce que cela vous fait de porter la flamme olympique ?
Cela va rappeler de très beaux souvenirs et on va se réunir avec tous les joueurs de l’équipe victorieuse aux JO de 84 car on ne l’avait jamais fait depuis.

Vous attendiez-vous à aller jusqu’au bout de cette compétition ?
Y aller était plus une récompense qu’autre chose. On partait un peu à l’aventure pour défendre les couleurs du pays et pour l’amour du sport. L’argent ne rentrait pas en compte. On a eu chaud en poule mais on a atteint les demi-finales au cours desquelles on bat les Yougoslaves, des sacrés joueurs, 4-2 après prolongations. Puis le Brésil en finale devant plus de 100 000 spectateurs… Gagner la médaille d’or, c’était fabuleux ! Mon meilleur souvenir avec la finale de Coupe gagnée avec Montpellier.

En ce qui concerne l’équipe de France A, est-ce un regret de n’avoir été que la doublure de Joël Bats à l’Euro 84 et au Mundial 86 de Mexico ?
Cela reste fabuleux et un honneur d’avoir fait deux saisons pleines avec ce groupe France. Après on se plie aux choix de l’entraîneur. Les Olympiques m’ont quelque part un peu desservi. Car pendant que je jouais les éliminatoires je n’ai pas pu participer à un seul match amical durant les deux ans qui ont précédé l’Euro qu’on organisait.

N’as tu jamais eu le cafard comme Lama ou Coupet vis à vis de Barthez ?
Pour l’anecdote, trois jours avant le 8e de finale contre l’Italie au Mexique, on me dit, « prépare-toi, tu vas jouer ». Bats était blessé au genou. L’intendant me demande même avec quelle couleur je veux participer. La veille du match, avant le repas du soir, j’apprends que Joël allait finalement être le titulaire. Là j’ai pris un coup de blues et je n’ai même pas mangé.

Pourquoi les Bleus n’ont pas gagné cette Coupe du Monde ?
Avant la demi-finale face à la RFA, j’entendais « Les Allemands ils ne vont pas nous refaire le coup de 82 ». Il y a eu un excès de confiance chez certains. Plus le fait que Michel Platini n’ait pas été à 100% à cause d’une tendinite. L’ambiance de 84 s’était aussi un peu effritée avec des petites jalousies entre les stars.

En club vous avez passé quinze ans à Sochaux qui connaît une époque dorée au début des années 80…On avait une belle équipe à cette époque, avec des jeunes comme Ruty, Zandona, Genghini ou Stopyra qui sortaient du centre de formation créé en 74. Ils étaient bien entourés par de très bons anciens comme Durkalic ou Patrick Revelli.

Les lionceaux enchantent même la France qui vit un peu dans la nostalgie des Verts…Oui il y avait de l’engouement. La plus belle pelouse de France, mais le stade était trop vétuste et à l’intérieur des usines. Les gens sortant du boulot n’avaient pas forcément envie de revenir sur leur lieu de travail alors on ne faisait que 7000 spectateurs de moyenne.

Peugeot n’avait-il pas construit ce club pour divertir ses employés ?
Si tout à fait. Et pour la passion qu’il avait pour le foot. Car ce n’était pas ça qui lui faisait vendre des voitures. Il tenait le club à bout de bras tout en restant raisonnable au niveau des finances En formant des joueurs alors qu’il aurait eu les moyens de faire la plus belle équipe de France s’il l’avait voulu.

Sochaux était déjà un des meilleurs centres de formation de France ?
Avant la philosophie était de former puis faire jouer. De l’équipe de Gambardella vitorieuse en 83, dix jeunes étaient rentré dans le groupe des pros ! De celle gagnée en 2007, seulement deux joueurs ont intégré les pros. Certains ont été prêté ou vendu. Ce n’est plus du même niveau même s’ils forment toujours de bons jeunes.

Pourquoi, après quinze saisons à Sochaux, pars-tu pour le MHSC en 87/88 ?
Le coach, Pierre Mosca, que j’avais côtoyé durant les trois saisons précédentes à Sochaux, m’a pris dans ses valises.

Comment expliques-tu la saison fabuleuse de Montpellier le promu [NDLR, 3e en championnat et meilleure attaque] ?
Déjà, avec une charnière Stojkovic, Julio Cesar, tu peux voyager ! Et sur les côtés, avec Baills et Luchesi qui étaient là quand il fallait se faire respecter, c’était chaud. Comme les garçons de devant faisaient des choses qui sortaient de l’ordinaire, c’était minimum quatre buts à chaque match à La Mosson ! Les gens voyaient du spectacle et il y avait cet état d’esprit montpelliérain qui impressionnait et faisait notre force.

Peux-tu en dire plus sur cet état d’esprit ?
A domicile on rentrait avec le couteau entre les dents, en se disant que pour nous battre il faudrait qu’on nous marche dessus. Avec l’envie de rester le patron chez soi même quand on n’était pas super bon. On ne ressent plus ces choses quand on va voir les matchs aujourd’hui alors que les gens n’attendent que ça, voir des joueurs qui ont la passion ! Car pour moi ce n’est pas un métier, c’est une passion.

Cela ne s’est-il pas un peu perdu d’une manière générale dans le foot français ?
Si. Les joueurs gagnent beaucoup, tant mieux, mais à un moment donné il faut qu’il y ait un retour, qu’ils montrent qu’ils aiment ça. Je cite toujours Beckham en exemple. Il est multimillionnaire mais il se met chiffon. Pareil quand je regarde mes trois matchs anglais le samedi. Là-bas, on voit que les gens sont contents. En France, quand ça ne joue pas assez, on est résigné et ce n’est pas normal. Aussi toutes les responsabilités sont sur l’entraîneur alors qu’on a donné le pouvoir de décider aux joueurs. C’est à eux de prendre leurs responsabilités. Nous, quand on avait un souci avec des joueurs dans l’effectif, les anciens prenaient les choses en main et remettaient de l’ordre !

De votre carrière à La Paillade, on se souvient surtout de la demi-finale de Coupe 1990 à St Etienne où vous sortez un match énorme avec Julio Cesar [victoire 0-1]…Il fallait aller y gagner, devant 45 000 spectateurs et sous la pluie ! Un match type de Coupe, très dur, très engagé et avec une grosse performance de toute l’équipe. On voulait vraiment la finale car c’était le moyen de sauver notre saison ! On l’a gagnée et chaque fois que je passe place de la Comédie, je nous revois, toute l’équipe au balcon, brandissant le trophée devant tout ce monde ! C’était génial.

Quels sont les gens du club qui vous ont marqué ?
J’ai apprécié le président, passionné pour son club et pour qui on essayait d’apporter tout ce qu’on pouvait. Sur le terrain il y avait des joueurs de qualité mais, plus important, des porteurs d’eau symbolisant l’esprit pailladin : Lemoult, Baills, Lucchesi, Ferhaoui et j’en oublie. Ils se mettaient minables. Sans cela les stars ne peuvent pas exister.

Tu as rapidement commencé une carrière d’entraîneur, en DH à Castelnau-Le Crès…
Oui, c’est là que j’ai appris le métier et fait mes armes. Avec le recul je pense que c’était la meilleure école car ce n’est pas facile d’entraîner des amateurs. Et je ne me sentais pas capable d’entraîner en L1 à l’époque. Je ne comprend pas qu’un joueur puisse entraîner à ce niveau dès la fin de sa carrière.

Vous êtes aussi passé par le FC Sète en 2002/03, comment c’était ?
Cela reste un bon souvenir même si avec Emile Anfosso cela a parfois été un peu tendu car c’est un sanguin. Mais cela n’est pas pour me déplaire, je préfère ça à des clubs où ça ronronne. On avait une bonne équipe de National mais des déplacements délicats. Par exemple, avant un match important à Rouen, on part le matin même en TGV. on mange à Paris avant de prendre un bus pour Rouen et de s’arrêter pour une collation sur une aire d’autoroute. C’était un peu le lot du National même si les choses ont changé depuis.

Le foot, c’est fini ?
Non, mais je ne repartirai pas dans une galère. J’attends de trouver un club ayant un projet ambitieux en National ou L2. J’ai encore l’ambition d’entraîner en L1 que je n’ai pas encore eu la chance de connaître. Comme c’est un circuit assez fermé, le meilleur moyen d’y arriver c’est de faire monter un club.

Quels gardiens pour l’Euro ?

La situation n’est pas aussi bonne que certains le disent. Derrière Coupet, indéboulonnable, je préfèrerais Frey et Ramé. L’expérience est importante dans une phase finale, il faut quand même de la bouteille. J’aime bien Lloris qui est tonique et avec une grande qualité technique. C’est clair que lui ou Mandanda mériterait d’y être. Mais cela va faire tôt.

L’actu pour vous c’est aussi les élections municipales…Oui j’ai été sollicité à St-Georges d’Orques. Je suis ici depuis 90, j’y joue au tennis et parfois avec les anciens du foot. Peu importe la couleur, comme je suis disponible, j’aimerais pouvoir aider au niveau des sports. Car, vu l’état des infrastructures sportives, on prend peur.

Comment s’est passé la campagne ?
Cela m’a beaucoup apporté. Je pensais que cela ne serait pas évident de faire du porte à porte et finalement cela permet de connaître des gens qu’on n’aurait pas connus. Et on s’aperçoit qu’en fait on connaît beaucoup de monde sur le village !

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