Un « Sanglier » fêlé du casque !

Nicolas Deltort (PORTRAIT foot US – ActuSport34 N°5, sept. 2008)

Pdf de l'article (photos N. Deltort et archives)

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Pascal Dutillieux a été joueur à Montpellier avant d’être à l’origine des premiers pas du football américain à Sète au début des années 90. Ses Predators sont morts avant le nouveau siècle, vive Les Régulateurs ! C’est la nouvelle équipe qu’il tente de mettre en place avec le jeune président Vivien Giraud. Voici l’histoire d’un timbré de ballon ovale et de tampons !

« Ça parle trop encore, ça ne me plait pas ! », s’exclame Pascal Dutillieux en s’adressant aux juniors qu’il entraînent sur le stabilisé de l’Ile-de-Thau. Les seniors, eux, enchaînent les pompes un peu plus loin. C’est son compère de toujours, Christophe Herredia, qui tient le décompte à voix haute, façon J.I.  Car le foot made in USA est très strict. « Il y a une forte discipline militaire. Tu dis  » Vos gueules !  » et tout le monde se tait presque en disant  » Yes Sir ! «  » », explique Pascal. C’est un sport s’apparentant en effet à la guerre, où la tactique est celle du gagne terrain.

Le Sétois n’a pourtant pas l’allure d’un Général d’armée. Tatoué sur les deux bras, il est adepte des têtes de morts. « Comme la faucheuse, elles ne sont pas que synonyme de mort mais aussi de renouveau », justifie l’ex full-back, le premier coureur avec le ballon et aussi premier bouclier. Après avoir déjà été à l’initiative du premier club en terre sétoise au début des années 90, les Pretadors, il entend faire renaître le football américain en Ile-singulière avec le tout nouveau club des Régulateurs. Vous savez, ce dragon qui décide entre la vie et la mort. Décidément… 

Né à Lobbes en Belgique, Pascal a toujours oscillé entre la France et nos voisins Wallons où ses parents avaient des affaires. Avant de définitivement s’installer à Sète en 1986. C’est en Belgique, qu’à seize ans, il s’amourache pour ce ballon ovale pas encore connu chez nous mis à part des premiers téléspectateurs de Canal+. « Mon cousin avait une boite de nuit à côté d’une base militaire américaine et m’a proposé d’aller voir un match. J’ai de suite aimé les équipements, l’esprit chevaleresque qu’évoquent les casques. » Pascal comprend aussi que ce n’est pas un sport de contact mais de collisions ! « Quand un joueur t’arrive dessus plein fer, si tu n’es pas solide, c’est de suite la civière », raconte un Pascal à l’air malicieux, un brin tête brulée. Lui qui a toujours vécu dans le monde de la nuit, notamment comme videur de boite à l’île des loisirs au Cap D’Agde, n’a jamais eu peur de l’affrontement. Il s’en nourrit même. Dans un sport qui tire ses origines de la soule et du rugby à XIII, il est beaucoup question d’intimidation et de puissance. Une fois le ballon lancé, les coups de tromblons se font entendre et « il faut vraiment y aller ! A la fin du match tu vas voir ta maman, tu prends un bouillon de poulet et tu vas au lit », rigole Pascal. Aujourd’hui, à 47 ans, il a quasiment gardé le même physique qu’en son temps de joueur. Accusant 104 « bombes » à la balance, tout juste a-t-il concédé un excédant de 2 kg. Mieux, il pratique toujours de temps en temps. Mais surtout, c’est l’envie de partager son expérience et son amour de ce sport qui le motive : « J’aime entraîner ces juniors, car ils ont tout à apprendre.  Et personnellement, en vingt saisons que je suis dans ce sport, je ne sais pas encore tout, alors… Mon book ne s’est pas rempli en un jour… »

Au Bora Bora, c’était l’Amérique !

Tiens, parlons-en  des classeurs souvenir du « Sanglier »! Pascal était ainsi surnommé durant sa carrière. Même si il est plutôt fan de … Daffy Duck comme le prouve ce dessin du célèbre palmipède version foot US que sa femme lui a fait. A côté, les photos de stars, comme Joe Montana ou Favre, se succèdent entre autres souvenirs personnels amassés durant les tribulations du Sétois en France, Belgique et même en Floride ! Il a commence en octobre 1989 avec les Taureaux Immortels de Montpellier, sur l’annexe de rugby de la Mosson. On suivit les Prétoriens de Sète comme entraîneur/ joueur et les Predators d’Agde. « C’est l’Amérique… », à lire les affiches des soirées de l’époque au Bora Bora, s’était à croire qu’on y passait du Joe Dassin ! Erreur, les footeux y mettaient le « ouaï ». « Ah c’était la fine équipe… », se rappelle Pascal un brin nostalgique. « Ça fait longtemps que je n’ai pas ouvert ça ! Ah ça c’était contre les Flash, oh putain ce match que j’avais fait ! » Et des exploits, le videurs en a réalisé une palanquée. Notamment lors de cette victoire face aux Rebels de Marseille : trois Touch-down, dont un d’anthologie avec une course qu’on ne voit que tous les dix ans en NFL. Un de ses meilleurs souvenirs. « Quand le Quater-Back t’envoit le ballon, que c’est à toi de faire le travail,  que tu arrives à percer la ligne adverse et que tout s’ouvre devant toi, c’est un bonheur immense ! »

Le talent, Pascal n’en manquait donc pas. Ses qualités ? « Je suis fou (rires) ! C’est la vérité, il faut être un dingue pour joueur au Foot US. » Comme en témoigne, le pire K.O. auquel il ait assisté aux USA. Un jouer tenta de sauter la ligne adverse à l’horizontale avant que quelqu’un ne le percute de plein fouet par le côté. « J’ai cru que le gars allez s’envoler en l’air car il a fait l’hélicoptère sur plusieurs tours avant de retomber par terre ! »

Les USA, un autre monde…

Un jour, Pascal a décidé de s’exiler à Marseille. Pour rejoindre les Rebels et franchir un cap. Il avait bien été international belge à quelques reprises, mais c’est en Provence que son entraîneur John Mugglebee, un professeur de français à l’université américaine, lui obtient en 1994 un visa pour effectuer un training camp d’un mois au USA. Réservé aux meilleurs d’Europe. Il part vers donc vers Tallahassee avec son « petit frère », Christophe Herredia qui a suivi Pascal dans tous les clubs où il est passé. Dès leur arrivée à l’aéroport, ils s’aperçoivent du statut de demi-dieu qu’on les footballeurs au pays de Uncle Sam : « Quand les bagagistes ont vu nos affaires de sport, ils sont venu nous voir au contrôle des passeports pour nous demander des autographes ! » Non, là-bas c’est une autre planète. A Tallahasse où Pascal joue devant 80 000 spectateurs et s’entraînent sur des pistes d’athlétismes d’intérieur quand il fait un peu trop…chaud. A son retour en France, il signe chez les Argonautes d’Aix-en-Provence, « le nec plus ultra du foot US en France ». Mais l’ambiance est loin de ce qu’il avait connu à Sète ou même plus tard chez les Ours de Blagnac-Toulouse, « des vraies familles ». Après quelques années supplémentaires dans divers clubs, Pascal raccroche. Ce n’est pas pour autant qu’il ne suit plus ce sport. Toujours fan invétéré qu’il est des Chicago Bears par exemple. « Dans les années 80, un entraîneur avait réussi son pari de former une équipe composée uniquement de repris de justice en devenant champion de NFL. Le club a conservé ce statu d’équipe qui fait peur et j’ai aimé cette histoire qui a prouvé qu’on devait toujours donner une seconde chance aux gens. » A Sète, le football américain a une deuxième chance d’exister. « Et il y a vraiment moyen de faire quelque chose de bien quand tu vois ces quarante joueurs venir s’entraîner sur un stabilisé… », termine Pascal avant d’aller donner de la voie : « Allez, position caca ! Et c’est parti ! » Le football américain n’est pourtant pas un sport de « chieur ».

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Une réponse à “Un « Sanglier » fêlé du casque !

  1. excellent ce petit reportage, que sont devenus ces petits seniors?des grands dragons? 😉

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