Bouba : « Le Bleu et Orange marque les esprits »

Nicolas Deltort (INTERVIEW supporter MHSC, ActuSport34 -avril 2009)

Cédric Perez, alias "Bouba", ici au coeur de "sa" Butte Paillade (photo N. Deltort)

Cédric Perez, alias "Bouba", ici au coeur de "sa" Butte Paillade (photo N. Deltort)

Cédric Pérez, alias Bouba – vice-président du groupe d’ultras montpelliérains  « Butte Paille 1991 » -, livre ses impressions quant au choix des dirigeants du MHSC de sonder les supporters concernant les futures couleurs du maillot du club. Il revient aussi sur le monde des supporters d’une manière générale et sur celui de ceux de la Paillade en particulier.


Bouba, on imagine que la question des futures couleurs du maillot doit faire parler au sein du groupe Butte Paillade 1991…

Oui, tout le monde en parle. C’est bien que le club ait demandé l’avis des supporters sans imposer son choix comme cela avait été le cas il y a trois saisons. A l’époque, on s’était posé la question si nous aussi allions troquer le bleu et l’orange pour le rouge. On est finalement resté tel quel car ce sont les couleurs sous lesquelles jouait l’équipe quand est né notre groupe en 1991.

Doit-on entendre par là que votre choix est fait ?

Oui, pour moi et ceux qui ont grandit avec le bleu et orange, on est pour le retour à ces couleurs. Je suis de la génération de supporters qui a été marquée par l’épopée en Coupe de France 1994. Et puis il n’y a que nous qui jouions avec ces couleurs ! Des équipes en rouge et blanc, il y en a plein, à commencer par Nîmes… Maintenant, c’est vrai qu’il y a les anciens supporters qui sont nostalgiques du maillot rouge.

Changer à nouveau de couleurs, seulement trois ans après être revenu au rouge, cela ne ferait-il pas du MHSC un club girouette comme certains critiquent ?

On doit être le seul club à avoir changé de couleurs trois fois au cours des trente dernières années… Ce qui sera important, après la décision concernant le nouveau maillot, c’est qu’on garde ces couleurs une bonne fois pour toutes ! Il n’y a qu’à regarder la tribune, il y a quinze couleurs différentes. Moi, j’ai cent maillots du MHSC chez moi et il n’y en a que trois qui soient à peu près similaires.

Penses-tu qu’un retour au bleu et orange serait bon pour l’identité du club, malgré le fait que cela ne soient pas les couleurs des origines du club ?

On est dans une ville où il n’y a plus beaucoup de gens nés ici, alors les couleurs des origines ne signifient pas grand-chose pour la majorité. Ceux qui arrivent doivent s’identifier à quelque chose et ce bleu et orange marque les esprits, donc il est très bien pour notre identité. Mais de toute façon, l’esprit d’un club, ce n’est pas sur un maillot qu’on peut en juger, mais sur la mentalité des gens et en gardant des valeurs. Regardez aujourd’hui combien de joueurs viennent nous saluer systématiquement à la fin des matchs. Quelques-uns. C’est rare qu’ils viennent tous ensemble, ils n’ont pas envie. C’est un véritable crève cœur. Pionnier est le seul enragé, lui c’est le type même du vrai pailladin. Comme Rudy Riou à l’époque. Le petit jeune qui vient à la Butte, qui se défonce et qui n’est pas remercié après le match, il ne restera pas. Nous, le noyau, cela ne changera rien.

Pourquoi selon toi, le MHSC n’a pas un véritable public de football en dehors de ses groupes ultras ?

C’est une ville étudiante, les gens viennent quelques années et repartent. La culture foot n’existe pas car c’est une ville de bourgeois. Nous, on veut recréer une identité, avec un noyau qui ne lâche rien. Lors de nos tifos, aussi, on essaye de prendre des symboles locaux, comme « Notre Dame des Tables » face à Nîmes. On s’intéresse à l’histoire de la ville. Dans le mouvement ultra, on est reconnu comme étant peu mais bon. On a la qualité. Il y a quelques jeunes qui se sont greffés peu à peu et cela ira en grandissant si on monte en Ligue 1. Il faudra ensuite les fidéliser.

Que représente le MHSC pour toi ?

La passion. Ca ne se comprend pas, ça se vit. Même si j’ai pris du recul, je ne peux pas ne pas venir au stade un jour de match. Pour moi, le Montpellier Hérault c’est ma famille et Nicollin, un oncle. Le club a été ce qu’il a été grâce à lui. Je l’ai vu grandir car je regardais les matchs depuis la fenêtre de ma chambre juste à côté du stade avant qu’ils ne construisent les tribunes et que la BP91 naisse. J’ai seulement du rater quatre ou cinq matchs à domicile depuis.

Et la Butte ?

Si ça par en couille dans la tribune, je m’énerve car je ne veux pas que les gens cassent son image. La Butte, elle fait partie de moi. Je suis né ici, juste en face dans un quartier difficile. J’en ai pris plein la gueule quand j’étais môme et ma seule bouffée d’oxygène c’était ce putain de stade. J’ai été supporter de Montpellier avant d’aimer le foot. On serait en Division d’Honneur, ça serait pareil.  Si un jour il n’y avait plus la bâche « Butte Paillade 1991 », je suis sûr que le Président serait triste. La Butte, c’est le stade.

Etre supporter du MHSC, cela implique quoi ?

Le foot et le groupe dirigent nos vies. On pose nos jours de congés en fonction du calendrier et des matchs à l’extérieur. Tous les membres actifs ont d’ailleurs perdu au moins un ou deux jobs et une femme, pour certains, à cause de cela. Moi, je travaille le weekend, mais je me suis toujours arrangé pour ne jamais louper un match le vendredi soir.

Etre ultra a généralement une connotation péjorative dans la majorité des médias, qu’en penses-tu ?

Le problème, c’est la répression de l’Etat envers nous. On va davantage payer pour un fumigène allumé en tribune que quelqu’un qui aura agressé une petite veille dans la rue. C’est la vérité, on risque la prison ! Il faut être lucide… Après, les gens généralisent : supporter égale bandit. Celui qui a gagné le Vendée Globe, est-ce qu’il a été embêté par la Justice quand il a « craqué » son fumigène lors de son arrivée au port devant des milliers de gens ? Sans déconner, ils feraient mieux de nous responsabiliser que d’être dans la répression à tout-va.

C’est difficile parfois de le concevoir ainsi, surtout après ce qui s’est passé avant le derby face à Nîmes…

Il faut reconnaître l’erreur des membres de notre groupe qui étaient impliqués. Au début, ce n’était pas mal intentionné, ni prémédité, avant que cela devienne n’importe quoi. Nous, les anciens, on n’était pas content et on l’a fait savoir aux jeunes responsables, croyez-moi. Je pense qu’ils ont retenu la leçon et qu’ils ne voient plus les choses de la même manière, en plus de s’être punis tout seuls en se privant de ce derby.

Le match retour à Nîmes ne risque-t-il pas d’être tendu entre supporters ?

Au contraire, il sera plus calme. De notre côté, on n’a pas du tout envie de reconnaître les mêmes problèmes.

En général, comment se passent vos déplacements à l’extérieur ?

Généralement, c’est rare quand on ne se fait pas insulter et provoquer par les flics ! A Clermont Foot, ils n’ont pas voulu qu’on rentre nos drapeaux. On n’a pas pu discuter trois minutes qu’on s’est fait gazer. A Grenoble, un membre s’est fait fracturer le crâne et ils n’ont pas accepté qu’il porte plainte. Après, les gens s’étonnent qu’il y ait des problèmes.

Quelle est la philosophie de la BP91 ?

On lutte contre le foot business. Les politiques et certains dirigeants souhaitent éradiquer les ultras car ils veulent des spectateurs qui payent leur place cinquante euros, qui achètent leur hot-dog, qui s’assoient et qui ferment leur gueule. C’est ce que fait de plus en plus Aulas à Lyon, en augmentant le prix des places. C’est le prototype même de club qu’on n’aime pas avec son futur stade OL Land, OL coiffure, OL pizza… Il faut rester populaire et arrêter de vouloir changer les matchs de foot en spectacle de rugby. Chacun doit garder ses caractéristiques et je pense que notre président veut que ça vibre. On lutte aussi contre le foot le vendredi et le lundi, car ça tue tout !

Pour parler un peu ballon toute de même, la montée, vous y pensez ?

Si on ne monte pas cette année, on ne montera plus jamais. Même si je ne crois pas Louis Nicollin quand il dit que c’est sa dernière tentative. Le MHSC, c’est sa fille, et comme pour moi, son plus grand rêve c’est de la revoir en Ligue 1.

Repères :
Nom : Pérez Prénom : Cédric
Né le 09/02/1978 à Montpellier
Capo du groupe de supporters de la « Butte Paillade 1991 » par alternance entre 1996 et 2006 – Vice président depuis 2003
Meilleur souvenir de supporter : la finale de Coupe de France 1994
Travail : Agent de sécurité
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