Les Gauchos de l’OM vus d’Argentine

Nicolas Deltort (OM.net, oct. 2009)

Lucho et Heinze à l’entraînement avec la sélection © N.Deltort

Depuis 2003 et leurs débuts en sélections argentines, les joueurs « gauchos » de l’OM représentent les deux visages du foot argentin. Heinze, en terme de « pura garra », et Lucho, pour ce qui est de la technique et du « buen juego » made in Argentina. Mais , les deux joueurs n’ont jamais vraiment réussi à s’imposer comme des intouchables de l’Albiceleste. Que ce soit comme personne et/ou pour des raisons purement footballistiques.

Lucho attend son heure

Appelé respectivement 43 et 56 fois sous Bielsa, Pekerman, Basile et désormais Maradona, rien ne laissait présager avant 2003 que Lucho González et Gabriel Heinze connaîtraient une carrière internationale aussi prolifique : victoire aux Jeux Olympiques (2004), finales de Copa América (2005 et 2007), et quart de finale de Coupe du Monde (2006).

Le milieu de terrain de l’OM était si maigre à ses débuts, que seul le club d’Huracan lui donna la possibilité de faire un essai avec ses équipes de jeunes. Heinze, quant à lui, avait seulement disputé huit rencontres de championnat avec le club de Newell’s Old Boys de Rosario, avant de quitter le pays dans l’anonymat total pour jouer en Espagne.

Après trois saisons étonnantes à Huracan de Buenos Aires, Lucho était transféré chez le prestigieux River Plate. Aujourd’hui, il est resté l’idole des jeunes supporters du club en manque de titres depuis le départ du milieu de terrain vers l’Europe. Mais les plus vieux partisans du club sacré le plus grand nombre de fois champion d’Argentine, ont connu d’autres générations dorées avant celle de González. Comme celle d’Aimar, « une vraie star durant son apogée à River, et bien meilleur que Lucho », estime Carlos, le supporter « numéro 1 » des Millonarios.

Cela n’a pourtant pas empêché Lucho de faire équipe avec l’actuel joueur de Benfica en sélection. Après seulement six mois sous les couleurs de River, il le rejoignait lors de sa première cape face au Honduras. Il faut dire qu’avec River, où il était associé en milieu de terrain avec Javier Mascherano, Lucho cassait la baraque sur la scène nationale et continentale. Très amis sur le terrain et dans la vie, la paire Gonzalez-Mascherano se retrouvait naturellement en sélection nationale. Remportant les Jeux Olympiques et brillant également lors d’une Copa America 2005 durant laquelle le pays se réconcilia avec sa sélection nationale, suite au désastre de la Coupe du Monde 2002. Le duo semblait alors avoir de beaux jours devant lui.

Mais trois ans après, la sélection était « Mascherano et dix autres », comme commentait Diego Maradona lors de son arrivée à la tête de l’équipe nationale en 2008. Lucho n’a jamais réellement fini de s’imposer comme un titulaire indiscutable, au contraire du joueur de Liverpool, désigné capitaine de l’Albiceleste par Maradona. « Même si Lucho est un joueur de classe, il a trop souvent fait des allées et venues en sélection à cause de blessures ou méformes. Son duo avec Mascherano n’a jamais réellement pu exister dans la continuité », explique Pablo Vicente, spécialiste de la sélection argentine pour Olé, le principal quotidien sportif du pays.

« En Argentine, on lui reproche aussi son manque de caractère. » Un détail important de la personnalité de Lucho lui ayant certainement porté préjudice quand la sélection était justement critiqué pour son manque de caractère, la raison, selon les spécialiste, des ses mauvais résultats malgré la présence de nombreuses stars sur le terrain.

C’est dans l’optique de transcender l’équipe nationale argentine, que Maradona avait été choisi pour remplacer Basile au poste de sélectionneur. Lucho n’a alors disputé qu’un seul match de qualification pour la Coupe du monde 2010, face à la Bolivie en avril dernier. Avant d’être appelé à la surprise générale pour les deux ultimes rencontres de ce mois d’octobre. « Même si Lucho est un des joueurs actuels auquel les Argentins s’identifient le plus de part ses capacités techniques, Maradona lui préfère des joueurs courant davantage et qui mettent le pied », ajoute Pablo Vicente. Lucho ne cadre pas avec le profil de joueur athlétique dont Maradona se sert afin de couvrir certaines carences des défenseurs latéraux argentins liées à leur grande taille. « Il n’est cependant pas dit, qu’avec tous les changements que la sélection a connus depuis trois ans, que Lucho ne se retrouve pas dans les petits papiers du sélectionneur s’il arrive à flamber avec l’OM », laisse malgré tout entendre le journaliste.

Heinze : chouchou et mal aimé

Heinze ballon au pied (© Nicolas Deltort)

Si le onze de départ de l’équipe d’Argentine n’a que rarement était le même depuis trois ans, Heinze est le seul joueur, avec Messi, qui a été utilisé lors de tous les matchs de l’ère Maradona. «Diego apprécie beaucoup El Gringo », explique un membre de l’encadrement de l’équipe nationale en parlant du défenseur de l’OM. Lors de l’entraînement de jeudi dernier, on a ainsi pu voir le sélectionneur rigoler et multiplier les accolades avec Heinze. « Il a quelque chose qui a séduit tous les entraîneurs avec qui il a travaillé, explique Pablo Vicente. Sa grande personnalité et sa force de caractère. »

Mais Heinze est loin de connaître la même popularité avec tout le monde. Il semble être en froid avec Lionel Messi, avec qui il aurait eu une engueulade avant le match de septembre dernier face au Brésil. L’Olympien avait même évité de passer le ballon au joueur de Barcelone durant tout le match. « C’est un joueur qui divise le public, les médias et ses partenaires. Celui que personne ne veut dans la sélection à cause de sa façon de se comporter », toujours selon Pablo Vicente. El Gringo de Rosario n’accorde ainsi que très rarement du temps à la presse. Et si ses erreurs ponctuelles en sélection ne lui ont pas attiré l’admiration des fans, il se les est surtout mis à dos lors de la défaite des Argentins face au Brésil. Suite à un des trois buts concédés par son équipe, Heinze s’en est pris à son partenaire Sébastian Dominguez, lui reprochant son erreur de marquage à la vue de toutes les caméras de télévision du pays. « En Argentine, les gens pardonneront tous les loupés d’un joueur du moment qu’il donne tout sur le terrain. Mais ils ne n’accepteront pas un manque de solidarité comme celui d’Heinze lors du match face au Brésil », explique Florent Torchut, le correspondant de L’Equipe à Buenos Aires.

Mauvais caractère mis à part, Heinze a pourtant tout pour séduire ses compatriotes dans la lignée des numéros 6 impitoyables qu’a connu le football argentin. « Il est de la trempe d’Oscar Ruggieri, Roberto Sensini ou Walter Samuel, reconnaît Sergio Rec, journaliste de la chaine Fox Sports, mais bien en deçà del Gran Capitan Daniel Passarella. » Malgré cela, le fait qu’Heinze ait été baladé entre la défense centrale et le poste de latéral gauche peut être une autre explication au manque de reconnaissance dont il pâti. «Latéral, c’est un poste que Bielsa lui a inventé, comme Passarella l’avait fait avec Chamot alors qu’on n’avait jamais vu des latéraux peu techniques en sélection avant eux. C’est aussi ça qui a tué Heinze aux yeux des gens », expliquait un supporter argentin avant Argentine-Pérou de samedi dernier.

À 31 ans, l’unique façon pour Heinze de devenir enfin populaire dans son pays, c’est de « s’imposer définitivement au poste de défenseur central et que l’équipe nationale affirme son caractère, pense un ancien international argentin. Et à deux jours d’un match qui sera davantage un combat qu’autre chose comme l’ont toujours été les Uruguay-Argentine, la sélection ne peut compter que sur un seul joueur ayant l’envie de contaminer le reste de l’équipe avec sa rage de vaincre : Gabriel Heinze. »

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Une réponse à “Les Gauchos de l’OM vus d’Argentine

  1. Gaby heinze reste un trés grand défenseur mais je reste persuadé que sa vraie place est défenseur central

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