L’OM VU D’ARGENTINE

N. Deltort (OM.net, site officiel de l’Olympique de Marseille – 15 nov 2009)

Argentins avant un match a Gimnasia La Plata

© Nicolas Deltort

Sur le sol argentin pour les deux matches décisifs face au Pérou et l’Uruguay il y a quelques semaines, notre correspondant a testé la popularité de l’OM chez les « gauchos ». Et si Marseille aime tant l’Argentine, ce pays aime aussi Marseille.

roland et diego

© Nicolas Deltort

Ni l’OM, ni Marseille ou Marsella, les Argentins appellent le club phocéen « L’Olympique ». Pour les « gauchos », il n’y a aussi qu’un seul Olympique en France, celui de Marseille. « El Lyon est la deuxième équipe gauloise à gagner à Anfield », voilà ce qui revenait invariablement sur les plus grands médias argentins suite à la victoire des Gones à Liverpool le mois dernier en Ligue des champions.
Les Argentins, rois des statistiques, connaissent aussi l’histoire du football mondial sur le bout des doigts. « Celui qui suit le football se rappelle évidemment du grand Olympique de Bernard Tapie », commente ainsi Pablo Vicente, journaliste spécialiste de la sélection argentine pour le quotidien national Olé. Il avoue par ailleurs que le grand public argentin a seulement découvert en février dernier la popularité dont jouit la sélection albiceleste à Marseille, à l’occasion du France–Argentine disputé au Vélodrome : « Tout d’abord, on a en a un peu parlé dans les médias en faisant le rapprochement en raison de la similitude entre les couleurs que nous partageons.. Puis on a réalisé qu’il s’agissait bien plus que de cela quand le public local a davantage encouragé en notre faveur ! »
Surpris du soutien des Marseillais, les Argentins ? Oui et non. « Vous savez, on pense toujours qu’on a le meilleur football du monde et, qu’à la limite, c’est normal qu’on aime notre équipe nationale ! », rigole Juan Kuproviesa, le joueur de Boca Juniors, furtivement passé par l’OM il y a deux saisons. Le 24 octobre dernier, il disputait le Superclásico River-Boca, le jour même où aurait dû se disputer le clásico français OM-PSG. Le parallèle « Boca et OM, les clubs de la classe populaire, River et PSG, ceux des classes aisées », a-t-il lieu d’être selon lui ? « Club des pauvres ou des riches, c’est de la légende tout ça. Les gens qui vont au stade, ici, sont majoritairement de la classe moyenne ou pauvre, en ce qui concerne les virages. Après, il y a de tout en latérale. »
L’OM a cependant l’image du club français ayant les supporters se rapprochant le plus de ceux de Boca, le club le plus populaire d’Argentine et aux supporters les plus fervents du pays. « C’est vrai, on a cette image-là de l’Olympique, confirme Maximiliano, le frère cadet de Lucho González rencontré à Buenos Aires. Mon frère m’a d’ailleurs confirmé que les supporters de Marseille étaient ceux qui vivaient le plus le foot comme à Boca. Toute la famille est donc fan de l’OM ! »

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© Nicolas Deltort

Norberto Alonso et les femmes du sud de la France

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À Buenos Aires, le football est partout. Les taxis aussi, de vieilles 504 pour la plupart d’entre eux. « Buena machina ! », comme disent les Argentins. Meilleur moyen de locomotion et, aussi, pour entamer une discussion de football. « Ah oui, vous êtes de Marseille ? » Une fois la course terminée, la conversation se prolonge souvent. « Vous étiez au match Argentine –Hollande de la Coupe du monde 1998 ? Ce Bergkamp, il nous a tué… » C’est en effet surtout à l’occasion du Mondial organisé par la France, que les compatriotes de Maradona ont appris à connaître la citée phocéenne. Comme Claudio Giglioni, qui couvrait ce match en tant que journaliste d’une radio de Rosario : « Quelle ville, et quel stade ! On a vraiment passé de bons moments là-bas sur le Prado. » Norberto Alonso, plus grande gloire de River Plate avec Enzo Francescoli et passé à l’OM à la fin des années 1970, confirme : « Ah Marseille, Nice, Cannes, Monaco… Qu’est-ce que les femmes françaises étaient belles. » Voilà peut-être la réponse à l’incompréhensible bide de ce grand joueur au stade Vélodrome !
Quartier de Palermo à Buenos Aires : nous montons dans un bus à l’étrange décoration. Le tableau de bord étant partagé entres les couleurs de San Lorenzo et celles d’un club rival. « On a dû trancher avec l’autre chauffeur, explique le conducteur qui nous amène au stade Monumental. Pas question de conduire un bus aux couleurs de ces aigris d’Independiente ! Qui y-a-t-il d’’autre comme club à Marseille à part l’Olympique ? Personne ?! » Nos amis argentins sont souvent surpris d’apprendre qu’aucune ville française ne compte plus d’un club de haut niveau entre ses murs.

Impressionnés par le Vélodrome

© Nicolas Deltort

Ce qui les surprend encore plus, c’est l’organisation du public en groupes de supporters. « Ici, quatre ou cinq groupes comme à Marseille, c’est impossible ! Déjà, quand il y en a deux, il y a des mains qui se lèvent, alors cinq… », rigole Renato Civelli, l’ex-défenseur argentin de l’OM.
Marcial, lui, a eu la chance de venir assister à un match au Vélodrome en 2006. C’était face à Nice (photo plus haut). « Nous avons été impressionné par l’organisation de ces groupes, comparé à ici où c’est le bordel complet. Chez vous, même les virages opposés se répondent : ‘Aux Armes !’ ». Lui et ses amis de La Plata ne sont pas prêts d’oublier leur passage à l’OM. Emilia confirme : « On savait vaguement que les Marseillais aimaient notre pays et qu’ils s’identifiaient au Ché et Maradona. Mais de là à imaginer qu’on verrait un énorme drapeau argentin dans la tribune… Le plus terrible, ce fut à la fin du match quand les supporters de l’Olympique ce sont mis à chanter ‘ Vamo Argentina ! Vamo Massilia !’. C’était trop pour le croire. Vraiment un sentiment bizarre. Aujourd’hui encore, on continue d’en parler en Argentine.»
Hernan Paladino, lui, est un fidèle supporter de la sélection de Maradona (photo ci-contre). Pas un match sans qu’il ne porte le maillot du centenaire de l’OM qu’un ami français lui a offert : « Le jour où je l’ai mis, l’équipe a gagné. Alors même si ça ne marche pas à tous les coups (rires), je peux au moins vous dire que, là où il y a l’Argentine qui joue, l’Olympique est présente ! »
Les Argentins suivent-t-ils davantage l’OM du fait que Lucho et Heinze y jouent désormais ? Comme pour tout joueur argentin d’un championnat européen, leurs performances sont mentionnées brièvement dans les médias. Cela pouvant s’étaler sur une page entière de journal comme quand Heinze marqua le but de la victoire des Phocéens à Zurich en Champion’s League sur une passe de Lucho : «Goal 100% argentino », titrait ainsi le journal Olé. Sinon, le championnat français souffre d’un déficit de diffusion en Argentine. Pareil dans les boutiques de maillots de Buenos Aires. Difficile de trouver un maillot français aux côtés de ceux du Barça, de l’Inter ou d’Arsenal, les clubs favoris des Argentins.

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© Nicolas Deltort

Un maillot olympien dans le cortège de Newell’s

© Nicolas Deltort

Mais ici et là, on peut voir un maillot de l’OM, voire du PSG ou de Monaco, les deux seuls autres clubs français un peu populaires en Argentine. Sur plusieurs matchs, nous avons aussi débusqué des fans argentins arborant la tunique olympienne, comme dans un cortège de supporters de Newell’s, le club de Rosario (photo ci-dessus), ou au Racing (club albiceleste comme l’OM). Parfois, une écharpe française est noyée au milieu de celle de la vingtaine de clubs de Buenos Aires. Celle de la remontée de l’OM en Ligue 1 en 1996, a ainsi été aperçue dans un stand de rue à La Boca.
C’est dans ce quartier que nous avons rencontré Hernan, supporter boquense prenant le bus avec nous. « Maradona avait failli signer à Marseille, non ? » Il est un des rares argentins à savoir que Diego aurait en effet pu venir jouer au Vélodrome en 1989. Car ses compatriotes associent davantage l’OM à Francescoli. En Argentine, tout le monde connaît l’anecdote de Zidane ayant appelé son fils, Enzo, car il était fan de la gloire du football uruguayen quand il était ramasseur de balle au Vélodrome.
Marcelo Simoniani, un des plus grands agents de joueurs du pays, connaît aussi l’histoire du rendez-vous manqué entre Diego et Marseille : « Un jour, à l’époque où j’étais son agent lors de son retour en Argentine, Diego m’en a parlé. Je pense qu’il aurait connu une autre fin de carrière si le transfert s’était fait… Et l’histoire d’amour entre Marseillais et Argentins en aurait été d’autant plus forte ! »

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© Nicolas Deltort

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