On refait le match dans les vignes

Nicolas DELTORT, Midi Libre – Edition du 18 septembre 2010

Sur le pré ou à la vigne, le même esprit d'équipe (photo ND)

Football – À Nizas, ils troquent les crampons pour le sécateur.

7 h 30, Nizas est debout, ou plutôt la tête dans les vignes. Certains footballeurs « mangent la feuille de match », d’autres préfèrent aller taquiner celles des ceps de grenache appartenant à Pascal Dagany. Depuis vingt-cinq ans, l’entraîneur de l’ES Paulhan partage son temps entre les terrains de football et ses vignobles de la petite commune héraultaise.

Nizas ne manque pas de charme, nichée entre Pézenas et les vallons du Coeur d’Hérault. Comme dans le vestiaire, le coach y cultive l’art de fédérer ses troupes. Hier, et depuis plus d’une semaine, une poignée de footballeurs sont venus l’aider à ramasser les grappes servant à la fabrication du célèbre rosé de Fontès. Sept hectares de souches entre le plantier et les roseaux du lieu-dit Les Combettes, à un jet de pierre de Nizas.

« C’est une super colle de vendangeurs ! », s’exclame le viticulteur, présentant tour à tour Jean-Luc Muzet, entraîneur de la Clermontaise, Vivian Dors, joueur de Paulhan, Sabrina et Cindy, footballeuses de l’équipe féminine de Pézenas/Tourbes, puis Mariane, étudiante. « On passe la journée à parler ballon. » On s’en serait douté ! D’autant plus que la veille, les matches de Coupe de France ont tourné en faveur des Héraultais.

Le footballeur est chambreur, quelques piques sont lancées entre les souches. « Oh, Cindy, va ramasser le raisin à Bordeaux, comme ça tu le verras, ton Carrasso ! » La demoiselle a un penchant pour le gardien des Girondins dont elle n’a pas manqué d’apprécier la prestation face à Lyon.

« Il faut anticiper. En ce sens, les métiers d’entraîneur et de viticulteur se ressemblent »

Pendant ce temps, les seaux se déversent dans la benne du tracteur. Cette année, Jeannot, le chef de colle, n’est pas là pour le conduire. Le père de Pascal récupère d’un pépin de santé. Mais le fiston veille au grain, ceux de grenache sont plutôt petits et de belle couleur. « Cette année, il n’y a pas la quantité mais la qualité est là, avec du raisin à 14,5°, se réjouit Dagany, avant d’expliquer : On ne peut jamais prévoir. Il faut sans cesse anticiper. En ce sens, les métiers d’entraîneur et de viticulteur se ressemblent. » Il regroupe ses troupes pour le repas de midi. Direction le centre du village. « Le lundi, tu peux être sûr que les petits vieux vont te parler des résultats du week-end », averti Muzet, quinze ans de vendanges auprès de son ami footballeur. En 1995, lui et Dagany opéraient sous les couleurs de l’US Lodève. Ses premiers coups de sécateur, Muzet les a donnés en guise de rééducation, à la suite d’une opération des croisés du genou… Depuis, chaque année en septembre, c’est la même histoire. Il pose quinze jours de vacances, par amitié et pour vendanger aux côtés de son acolyte. C’est lui qui lance les hostilités avec les habitués de la place du village : « Oh, la Butte Paillade, qu’est-ce qui s’est passé samedi ? » William, un ancien habitué de La Mosson, toujours fervent supporter du MHSC, répond du tac au tac : « Purée, ils ont pris trois oranges dans la musette. Tu me diras, ils ne sont pas difficiles à nourrir ! » Le bougre ne paraît pas s’alarmer après la défaite de La Paillade à Saint-Étienne.

À table, « on mange et c’est reparti jusqu’à 17 h », avertit Dagany. Pas question de traînasser, l’entraînement du lundi soir n’attendra pas. « Quand tu as gagné le dimanche, c’est plus facile d’enchaîner vendanges la journée et foot le soir », reconnaît-il. Fanny, « super intendante » de la Clermontaise, sonne à la porte. Elle apporte le DVD du match gagné, la veille, par l’équipe de Muzet face à Carcassonne. « Le football amateur se professionnalise », sourit Vivian Dors. Le joueur tourne au petit-suisse, pas question de perdre la ligne pour celui qui a été « le meilleur passeur de National avec Sète, il y a trois saisons », selon son entraîneur actuel. Le latéral s’est également entraîné avec le Real Madrid quand il était jeune. Mythonage ? Non, à table, point d’ocre rouge. « Comment tu veux le vendre, ton vin, si tu n’en sers pas à table ? », allume Muzet.

Mariane, elle, quitte la bande de joyeux lurons pour aller suivre un cours de coaching sportif. Elle ne manque pas de proposer ses services. Pour les deux entraîneurs, qui sont dans le circuit depuis l’an pèbre, un renouvellement de méthode ne serait peut-être pas superflu. Muzet et Dagany encaissent le tacle, puis repartent à la vigne. Dans une semaine, ils en auront fini avec leur double vie. Viendra l’heure de la soulenque, le traditionnel repas de fin de vendanges. Sous le figuier, ils referont le match, encore et encore…

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