RC Toulon : une recette qui marche mais qui agace

 Dossier réalisé par Nicolas DELTORT, Méridien MAG, novembre 2010

                                                                                         

La réussite sportive du RCT est la traduction sur le terrain de l’essor économique du club. Il le doit en grande partie au modèle économique installé par l’homme d’affaires, Mourad Boudjellal. Radiographie d’une ascension spectaculaire.

L’année 1995 a changé la donne et le vent nouveau est venu de l’hémisphère Sud, le rugby devenait professionnel. Pour autant, la France entendait à l’époque résistait au raz-de-marée. Réunie à Toulon, la Ligue Nationale de Rugby (LNR), annonçait alors une sorte d’« exception rugbystique à la française », loin de tous les excès de l’argent roi et préférant arborer les vertus cardinales de ce sport connu pour ses valeurs de fraternité et de convivialité. Quelques années plus tard en 2006, nouvelle tempête et cette fois, elle vient de façon inattendue du Sud-est de la France. Un millionnaire toulonnais, Mourad Boudjellal, à la tête des Editions du  Soleil (basées à Toulon), fait irruption dans le rugby. Nommé président du RCT  en mai 2006, il bouscule les règles du jeu et assoit ses méthodes de management avec la délicatesse d’un pilier de rugby : de la passion certes mais aussi de l’argent. C’est à coups d’importants chèques signés qu’il va débaucher des stars internationales à l’instar du demi d’ouverture anglais Wilkinson (Umaga, Gregan, Matfield ou Bill Williams). Si la méthode de l’homme d’affaires a le mérite de redonner du lustre au club au muguet, elle choque dans les rangs de l’ovalie.

Les plus pessimistes pensaient, il y a encore un an, que Toulon serait condamné par le « made in Boudjellal ». Juillet 2010, clin d’œil de l’histoire, le staff commercial des clubs du TOP 14 se réunissaient à Toulon pour se pencher sur les contours à donner au sport pour favoriser son essor économique. La méthode Boudjellal ferait-elle recette ? L’état de santé de la petite principauté de la Rade résistant à la morosité financière ferait-elle réfléchir ?

Interrogé dans Rugby Infos Toulon, le journal interne du RCT, le prédécesseur de Mourad Boudjellal, pourtant en désaccord avec ce management d’entreprise, reconnaît « qu’il dirige, assume et le fait bien » et qu’aujourd’hui, « la meilleure solution » pour que le rugby fonctionne est « d’avoir un gros chéquier pour acheter des joueurs ».

La politique dite dispendieuse de l’homme dérange tellement dans les cercles de l’Ovalie qu’il se refuse désormais à s’exprimer et a passé des consignes à l’ensemble de son staff. Sollicités à plusieurs reprises, toutes nos demandes ont été rejetées. L’homme, qui pratiquait jusqu’à présent le franc parler, tant dans ses commentaires sur les matchs que sur la gestion de son club, se met à l’économie verbale. Il faut dire que les rappels à l’ordre prononcés par la LNR, réunie à La Rochelle mi-juillet, aux « présidents de club donneurs de leçons ou pestant contre l’arbitrage », le visaient tout particulièrement au même titre que le Racing Metro de Paris, un autre « nouveau riche » du rugby français depuis quelques saisons. 

Faire du RCT l’OM du Rugby

« On va essayer de prendre de la hauteur. Jusqu’à maintenant, Toulon était un club rebelle, mais si on veut être un grand et s’insérer dans l’establishment, il faut policer son langage », déclarait-il comme un premier élément de à Var Matin le 11 septembre dernier. Alors finies les saillies contre les « faux cul du rugby qui nous font passer pour des mécènes, moi et Lorenzetti, le président du Racing Métro ».

L’homme agace pour sa gestion démesurée. Pourtant, selon le dernier bilan comptable de la DNACG relatif aux clubs de TOP14, le RCT ne serait déficit de quelques milliers d’euros (contre quelques millions pour d’autres et non des moindres, comme Montpellier ou Le stade français). Selon les observateurs du dossier, le RCT commencerait à présenter une vraie économie de gestion sportive avec des lignes de recettes que l’on ne voyait jusqu’à présent qu’à Toulouse. En d’autres termes, les Varois commencent à recueillir les fruits en matière de vente de produits dérivés.

Pourtant le club revient de loin. Le RCT, qui était pourtant le plus riche de France en 1995, affichait à l’orée des années 2000 un déficit cumulé de 10 millions de francs, ce qui lui valut une rétrogradation en deuxième division. Depuis la saison dernière, le XV de la Rade est monté en puissance quand il est resté invaincue à Mayol, devenu finaliste du Challenge Européen et barragiste du Championnat, l’hétéroclite armée de vedettes, marque de fabrique déposée depuis les tréfonds de la Pro D2 par le bouillonnant président, vaut au club varois d’être dans la course au titre encore cette saison.

Dans le projet Boudjellal, l’accession en Top14 est la première étape d’une reconquête qui s’articule en trois mouvements : remontée parmi l’élite, maintien du club et stabilisation en Top14, pour enfin batailler pour jouer les premiers rôles. Les résultats aidant, le RCT ne vit plus sous perfusion. Pour la deuxième année consécutive, le bouillonnant président, qui a injecté 6,5 M€ de ses deniers personnels au cours de ses trois premières années au club, n’injecte plus un seul euro de sa fortune personnelle. Quelle sera la dynamique toulonnaise les prochaines saisons ? Après la demi-finale de l’an passé, la logique voudrait que le peuple de Besagne investisse le Stade de France en juin prochain. Une victoire serait l’aboutissement pour celui qui n’a jamais caché vouloir faire de Toulon l’OM du rugby. Il ne lui resterait plus qu’à en faire « le Barcelone de l’ovalie », comme l’espèrent certains supporters. Mais Boudjellal est-il encore là pour longtemps ? Les futurs chantiers de la LNR (c.f. encadré) pourraient l’en dissuader. Une échéance arrive aussi pour lui le 30 juin 2011, puisque sa convention avec l’Association du club pour cinq ans arrive à échéance. Aujourd’hui, le RCT pèse 20 M€.  De quoi susciter des convoitises….

 Nicolas Deltort

Des chantiers encombrants pour les clubs de rugby

Les clubs de TOP14 ont été contraints d’accepter la fin au droit à l’image collective (DIC) des sportifs professionnels, suite à amendement, voté par une poignée de députés le 29 octobre 2009. Anodin en apparence, ce dossier est contraignant pour les clubs de rugby, plus fragiles que leurs homologues du football. Ce dispositif, mis en place en 2005, autorisait les clubs à exonérer de charges les salaires de leurs joueurs jusqu’à 30%. Aussi, afin de combattre l’inflation du TOP 14, la LNR a adoptée fin 2009, une réforme censée rétablir l’équilibre misant sur un plafonnement de la masse salariale des joueurs à 8 ME (en vigueur à partir de cette saison). Les équipes doivent également compter au moins 40 % de joueurs issus des filières de formation (60 % d’ici à 2012-2013). Les droits TV du rugby seront en renégociation fin novembre pour les saisons 2011-15. Le président du RCT espère qu’ils seront en adéquation avec l’évolution du rugby (la LNR reçoit chaque année 29 M€ contre 668 M€ pour le foot). Les droits TV ne devraient cependant pas s’envoler, Canal + étant le seul acheteur. Par ailleurs, la LNR planche sur une mutualisation d’une partie des recettes perçues par les clubs. Ce qui a fait sortir de ses gonds le président du RCT (Midi Olympique du 24 septembre) : « Que les membres de la Ligue s’appellent tous camarades, que Mayol devienne aussi le stade Lénine. Et puis on va aussi mutualiser l’incompétence ! Il y a des gens qui prennent des risques pour faire avancer l’économie de leur club et d’autres non. C’est leur choix, mais pourquoi elles recueilleraient les dividendes produits par les autres ? ».

 

 

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