« On en a pris 4 mais on a bien rigolé »

Nicolas Deltort, Midi Libre – Edition du lundi 28 novembre 2010

(Photo © Nicolas Deltort)

FOOTBALL – Samedi dernier, 1 500 Pailladins se sont déplacés à Marseille pour assister à Marseille-Montpellier.

« Eindhoven, Manchester, le Portugal, on suit La Paillade depuis longtemps mais je ne connais pas encore le Vélodrome ! » Marie et Gilbert, 60 ans tous les deux, n’ont pas hésité à braver le froid pour se rendre, dès samedi midi, au point de ralliement des supporters du MHSC sur le parvis de La Mosson.  « Onze bus, plus toutes les voitures, on va la faire péter cette tribune ! », lâche Sylvain, capo de la Butte.

À quelques mètres, Chloé est la plus jeune abonnée de l’histoire du MHSC. Elle a reçu sa première carte de ‘socio’ à 3 ans. Âgée désormais de 12 ans, elle va effectuer son premier déplacement pour un match du MHSC à l’extérieur. La maman :   « J’appréhende un peu car c’est quand même spécial mais les bus sont bien encadrés. »

13 h 30, les autocars du pays lodévois s’apprêtent à quitter La Paillade. Mamelle : « Oh Crusty tu viens pas ? » Réponse de l’intéressé : « Non je dois voir une coquine cet après-midi. » Avant de se reprendre : « Non mais tu crois que j’ai cousu des drapeaux toute la semaine pour ne pas venir au match (rires) ? » Je t’aime plus qu’une belle coquine, je t’aime toi le Montpellier Hérault. C’est la chanson qui le dit.

13h35, le convoi démarre enfin. Bernard, Marseillais de naissance à la cinquantaine bedonnante, signe le pain avant d’y enfiler merguez et côtelettes.   « Quand je suis arrivé à Montpellier, il y a trente-cinq ans, l’OM, c’était fini. Je suis devenu pailladin ! » Premières pluies au péage d’Arles où six motards de la gendarmerie et deux RG de Montpellier attendent le convoi.   « On est là pour que tout se passe bien et donner aux différentes forces de l’ordre qui vont encadrer le convoi jusqu’à Marseille les infos qu’on a collectées en amont. » La totalité des bus réceptionnés, ils les envoient, encadrés des motards, jusqu’à l’aire du Merle Sud, où une cinquantaine de policiers les attendent. L’un d’eux monte à bord.   « Les recommandations : vous sortez avec les bouteilles et tout objet suspect. S’il y en a trop, on procédera à une fouille minutieuse. Faites en sorte que tout se passe bien si vous ne voulez pas arriver à la mi-temps du match. »

Les supporters s’exécutent puis lancent des chants et craquent des fumigènes sous la neige fondue. Alain Tholey, chauffeur attitré de la BP91 depuis deux ans, évite la saisie d’alcool.   « Je connais les lois ! » Les bouteilles finissent cependant dans les soutes à bagages jusqu’à Marseille.

Tout ce petit monde quitte l’aire, gyrophares et warning enclenchés, sans s’arrêter au péage ou feux rouges dans la cité phocéenne. Le cortège entre par la Belle de Mai, sous la double voix aérienne. Concert de klaxons de tous les bus.   « On vous prend au pastis ! On vous prend au pastis ! » On passe devant une affiche géante Drogba bientôt de retour à Marseille (avec Chelsea en champion’s League, ndlr). « Faites le venir plus vite pour vous aider car ce soir on va gagner ! » C’est parti pour l’habituel chambrage d’avant-match avec les locaux et un demi-tour à 180 degrés après une erreur de parcours des policiers. «   Alain, t’es un pilote, tu pourras faire le rallye des Cévennes ! » Heureusement que notre chauffeur, outre le fait de connaître les lois, sait aussi manœuvrer dans l’urgence. Sinon on s’emplâtrait le bus de devant « en raison de l’habituelle guéguerre entre gendarmerie et police… »

Un de leur responsable nous avait dit qu’il se gardait le choix de l’itinéraire dans Marseille « jusqu’au dernier moment en fonction du trafic ou des événements… » Bref, on renquille jusqu’à place Castellane puis, 17 h 40 : arrivée au Parc Chanot du Vélodrome. Dans le parking réservé aux visiteurs, six escadrons de la gendarmerie mobile de Gap et Nîmes procèdent aux ultimes fouilles. Sous les yeux de deux unités de la Sir (12 joggings bleus). « On peut être deux ou trois unités de plus selon les matches, ici, à Marseille », explique un responsable. La sécurité du MHSC est aussi présente. En rouge. Niveau contrôles ça devrait suffire et la dernière vague de supporters entrera dans le stade vingt minutes après le coup d’envoi. Ca vous étonne ?

Quelques fumigènes et un gros pétard « acheté dans un magasin de farces et attrapes » font parler la poudre à l’entrée des joueurs sur le terrain et devant les caméras de surveillance de la Sir (sécurité d’intervention rapide). Les RG sont également présents derrière les grillages, observent la petite embrouille entre Armata et BP91 quant au bâchage. « Vous voyez pas qu’ils attendent que ça, qu’on se prenne la tête entre nous et qu’on se divise ? » Tout finira bien entre les groupes. Quatre-vingt-dix minutes plus tard : 3-0, une belle déculottée. Le parcage décide de mimer un but montpelliérain et explose de joie… dix secondes avant le quatrième pion marseillais. Franche rigolade des ultras qui n’ont pas la défaite amère.

« Ce n’est pas lui qui a craqué un fumigène ! », clament des supporters ne voulant pas quitter le parc Chanot après que la Sir a embarqué l’un des leurs sur ordre du procureur. Mauvais cheval. Le Serbe, embarqué, était tranquille à côté d’un collègue qui discutait à travers le grillage avec les RG à la fin du match. Quand il remonta les marches vers la sortie, la Sir accourait pour l’attraper par le coup et le tirer vers le stade, où menotté, le Serbe était donc embarqué. « Le bus ne repartira pas sans lui », avertit son pote.  Le nôtre restera aussi stationné dans le Parc Chanot.  « Mettez des gens compétents devant vos caméras. » Réponse de la commissaire :   « N’allumez pas des fumigènes. » Puis les RG : « C’est interdit par la loi. Vous allez voir en 2011… » Bref, après 2 h 30 de palabres, les RG finissent par amener un ami du « soupçonné » jusqu’au commissariat afin qu’il puisse lui remettre de l’argent pour rentrer en train le lendemain. Le bus redémarre à 23 h 35. Sylvain :   « On en a pris 4, il a plu mais on a bien rigolé ! » ‘Caja, lui, demande des numéros au hasard pour passer le temps. Il cite tous les départements et chefs-lieux correspondants. Incollable.

Alors, les ultras pailladins, bons ou mauvais élèves ? Tout dépend de quel côté de la barrière on se place.

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