Bruno N’Gotty, au nom de l’amour foot

Nicolas Deltort, Midi Libre – Edition du samedi 15 janvier 2011

(photo David CRESPIN)

A 39 ans, l’ancien joueur de l’OL, le PSG, le Milan AC, l’OM ou encore Bolton, vient de s’engager avec l’AS Lattes (Hérault). Dès dimanche, l’ancien international français rechaussera les crampons en Division d’Honneur contre la Clermontaise.

Jeudi soir, entraînement de l’équipe senior de l’AS Lattes, qui évolue en division d’honneur. Yohann Febrer, le coach, a choisi une opposition face aux jeunes du club pour préparer la reprise du championnat, ce dimanche. Quand le gardien des U19 dégage un long ballon vers son avant-centre, pas plus haut que trois pommes, ce ne sont pas moins de 644 matches pros qu’il sent arriver dans son dos. Bruno N’Gotty vient de signer une licence avec les sang et or, cette semaine. L’ex-international n’a pas à sauter bien haut pour s’imposer dans le duel aérien. “Nounours”, comme il était surnommé à ses débuts chez les pros avec l’Olympique lyonnais, en 1988, n’a guère changé. Même léger surpoids, même frappe de mule – celle qui avait offert la Coupe des coupes au PSG, en 1996 -, on est là pour le constater. Dès son entrée sur le terrain, il décoche une frappe sèche en direction d’un but amovible sur la ligne de touche. « Ça fait du bien. » Quelques petits jongles, un changement de direction plein d’autorité pour orienter le jeu durant l’opposition, les signes ne trompent pas. On a bien affaire à Bruno N’Gotty, l’unique Français, avec Basile Boli, buteur et vainqueur en finale de Coupe d’Europe !

Le secret était bien gardé jusqu’à la semaine dernière, quand les premières rumeurs concernant sa présence à l’ASL circulaient autour des terrains amateurs. « On avait un deal avec Bruno, explique Yohann Febrer. Après quasiment deux ans sans jouer, on avait dit qu’on n’annoncerait quelque chose au groupe qu’après avoir vu s’il pouvait et s’il avait complètement envie de reprendre. »

Alors, depuis fin novembre, les deux hommes se sont d’abord abonnés au footing tous les matins, loin des regards des autres joueurs. Pas que Bruno leur était encore méconnu, loin s’en faut. Des années que ce dernier vient régulièrement à Lattes pour y voir jouer son filleul, évoluant actuellement avec les U17 du club. « C’est le fils de mon meilleur ami vivant à Castelnau-le-Lez, révèle N’Gotty. Je suis devenu son parrain, l’encourageant dans le football tout en suivant son parcours depuis qu’il est poussin. Au début, on rigolait en disant que, peut-être, un jour, on jouerait ensemble ! »

Ce n’est plus qu’une question de temps, puisque N’Gotty a donc officiellement atterri du côté de Fangouse. Par amitié mais pas seulement, comme il l’explique : « J’avais fini ma carrière avec une rupture du tendon d’Achille, ma première et unique blessure grave en vingt ans de foot pro. Après deux ans passés à me ressourcer, je me suis demandé : “Pourquoi terminer là-dessus ? » Alors, les « Vas-y, mets ton maillot avec nous ! » – « ces petits mots toujours lancés en rigolant à mon attention, quand je croisais les gens à Lattes » – sont devenus du concret. Depuis un mois, Bruno N’Gotty est passé du foncier à l’entraînement avec le reste du groupe de Febrer. « Au début, mes partenaires étaient surpris que j’aie accepté le challenge mais ils savent que si je le fais, c’est pour le faire à 100 %. Pour être avec des gens que j’aime, leur apporter mon expérience et redonner un peu au foot ce qu’il m’a donné. »

Des paroles aux actes à l’entraînement : « Vas-y Virgo, appelle ! », « Empêche, John ! », « Garde, garde, 10 ! » L’ex-international n’oublie pas de chambrer, alors que Ghislain Touchat s’apprête à tirer un coup franc de 30 mètres : « Vas-y, Ghis, gonfle les jambes ! » À la mi-temps des deux périodes de 30 minutes, Bénézech, le gardien de l’ASL, avoue par ailleurs : « Bruno, c’est un mec bien, il a vraiment pas le cigare. » Tout le monde confirmera qu’N’Gotty s’est parfaitement fondu dans le moule du foot amateur, prenant part, notamment, aux parties de poker organisées par ses coéquipiers. L’intéressé confirme : « Faire plaisir aux gens qu’on connaît, c’est aussi bien que de jouer dans un stade de 80 000 places où il n’y a pas de contact direct avec les spectateurs. Là, je peux serrer la main des gens, parler avec eux. Un club, pour bien vivre, il faut des sorties, et ces jeux de cartes. S’il y a union, même si on est moins bon sur le papier que d’autres, on peut avoir de meilleurs résultats qu’eux si, dans leur équipe, ils ne se parlent pas. Le foot, ce n’est pas que dire bonjour et au revoir. » On sent l’expérience. Demain, c’en est une différente de tout ce qu’il a pu vivre jusqu’à la fin de sa carrière pro. « Ce sont deux choses distinctes mais je m’amuse autant en amateur que chez les pros. Je me mets à leur service. J’espère qu’il y aura du respect avec nos adversaires. Car le respect, je ne parle pas forcément à mon égard, est une chose primordiale dans le football. » L’AS Lattes, non contente d’avoir réalisé le coup du mercato, semble aussi avoir fait signer un vrai bon mec.

Nicolas Deltort, Midi Libre – Édition du samedi 15 janvier 2011

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s